Derrière le rigorisme et
l'austérité de son titre, L'Ordre et la Sécurité du monde
du
réalisateur et scénariste français Claude d'Anna cache
effectivement un sujet sous-jacent relativement complexe à détailler
sous sa forme purement politique et financière mais le cinéaste,
fort heureusement, nous épargne les détails les plus laborieux à
déchiffrer pour le commun des mortels pour mieux se concentrer sur
l'étonnante rencontre qui a lieu entre Hélène Lehman interprétée
par l'actrice Marie-France Bonin qui sous son habituel pseudonyme de
Laure Deschanel apparaîtra deux ans plus tard en 1980 dans le film
érotique de David Hamilton, Tendres cousines et
un journaliste. Ici, elle incarne l'épouse d'un homme riche qu'elle
trompe avec un amant qu'elle a prévu de rejoindre à Zurich. Dans le
train qui l'emmène de Paris jusqu'en Suisse, elle fait par hasard la
rencontre du journaliste Lucas Richter qu'incarne le toujours
impeccable Bruno Cremer. Détenant un dossier compromettant dont
l'existence doit servir à faire plier une multinationale américaine
afin qu'un adversaire obtienne d'importantes parts dans un marché
concurrentiel, lui aussi se rend à Zurich afin d'y rencontrer
certaines personnes. Partageant le même compartiment, lors du
contrôle de leur passeport par un douanier, ceux-ci sont intervertis
et Hélène se retrouve avec celui de Lucas. La jeune femme ne s'en
rend compte qu'une fois arrivée à l'hôtel et cherche à joindre le
journaliste qu'elle sait devoir reprendre tout comme elle le train
vers la France le soir-même. Téléphonant chez Lucas afin d'avoir
des informations sur le lieu hypothétique de son rendez-vous à
Zurich, elle se rend devant son hôtel et patiente. Jusqu'à ce qu'un
américain relativement inquiétant n'exige d'elle qu'elle lui
remettre le passeport de Lucas. Ce qu'Hélène, bien entendu,
refuse...
Produit
par Dedalus
Productions,
Le Seuil
Audiovisuel
et FR3 Cinéma,
L'Ordre et la Sécurité du monde
met en scène des interprètes d'origines diverses. Outre les
français Bruno Kremer, Marie-France Bonin ainsi que Michel Bouquet
qui de son côté incarne le banquier Muller et Pierre Santini celui
de Martial Kauffer, l'on retrouve l'italien Gabriele
Ferzetti dans le rôle de Herzog, un personnage appartenant à
certains réseaux de pouvoir et autres sphères financières. Autre
acteur international, l'américain Dennis Hooper qui ici incarne le
mystérieux Medford, l'homme qui retrouva Hélène devant l'hôtel de
Lucas et exigea d'elle le passeport du journaliste. L'on découvre
bientôt qu'il est armé. Il s'agirait donc sans doute d'un assassin
chargé de récupérer les documents qu'a en sa possession Lucas.
Dennis Hooper incarne donc un personnage relativement menaçant qui
ne cesse de traquer nos deux héros, jusqu'à même prendre place
dans le wagon qui les ramène ensuite en France. L'occasion
d'assister plus tard à une course-poursuite entre le journaliste et
lui avec à la clé, une mort plutôt saisissante ! Notons enfin
la présence de l'acteur britannique Donald Pleasence qui lorsque à
l'époque n'est pas en train de traquer l'un des plus fameux tueurs
masqués dans la série de films originaux de la franchise Halloween
interprète donc ici l'un des éléments essentiels d'un réseau
d'espionnage. Pourtant, malgré l'importance du personnage, l'acteur
est malheureusement sous employé et n'apparaît que de manière très
sporadique à l'image. Œuvre relativement austère comme le
définissent assez bien le titre et le contexte du récit, L'Ordre
et la Sécurité du monde
se divise en diverses étapes entrecoupées d'interventions
extérieures au séquences consacrées au duo principal. Débutant et
se concluant pratiquement sur des scènes tournées à bord de trains reléguant Paris à Zurich et vice versa, le film propose au
programme un climat lourd et ascétique ce qui ne l'empêche pas
malgré tout d'être plutôt divertissant. Une œuvre majoritairement
tournée à Zurich, de nuit, pour une imprégnation totale de son
atmosphère nocturne particulièrement marquante. Surtout lorsque le
personnage d'Hélène se retrouve seule ou poursuivie par Medford,
déambulant dans une cité enluminée et pourtant très anxiogène.
Une ambiance lourde notamment accentuée par la bande originale
composée par Claude Nougaro et Maurice Vander. Une œuvre méconnue,
atmosphérique, sombre et ma foi, très intéressante à
(re)découvrir...
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