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mardi 22 septembre 2026

Ming'an (Mad Fate) de Soi Cheang (2023) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Auteur du démentiel Limbo en 2021 et de l'extraordinaire City of Darkness en 2023, le réalisateur, scénariste, producteur et acteur hongkongais Soi Cheang signa entre ces deux chefs-d'œuvre du septième art un Ming'an (Mad Fate) qui semble-t-il apparaît beaucoup moins riche et impressionnant. Et pourtant l'on retrouve ici la patte de ce cinéaste de génie qui compte au moins autant dans le cinéma asiatique et mondial que l'auteur de l'incroyable Gokseong (The Strangers), le sud-coréen Na Hong-jin qui avait déjà fait très fortement parler de lui avec ses deux précédents longs-métrages Chugyeogja (The Chaser) et Hwanghae (The Murderer) ou que les deux compatriotes de ce dernier, Park Chan-wook avec Oldeuboi (Old Boy) et Kim Jee-Woon avec Akmareul Boatda (J'ai rencontré le Diable). S'agissant de Ming'an, Soi Cheang signe une œuvre relativement déstabilisante. Entre drame, thriller psychologique, folklore, comédie noire et réflexion philosophique. Autant dire qu'il y a ici, de quoi faire un véritable festin de cinéphilie dès lors que l'on accepte un concept parfois et même très souvent alambiqué. Un trait de caractère que partagent d'ailleurs toutes ces œuvres que n'importe quel cinéphile ou cinéphage a l'obligation de ''s'infliger'', qu'il aime ou nom le cinéma asiatique et ses différentes et très particulières circonvolutions scénaristiques ! Sans y voir ne serait-ce qu'une once de racisme visant la population asiatique ni aucune manifestation de type ''ironie'' sur la ressemblance des uns et des autres, il est vrai que l'exercice impose parfois aux spectateurs occidentaux un petit temps d'adaptation pour différencier certains acteurs et donc, certains personnages. Ici, en revanche, pas d'effort particulier à entreprendre puisque les quelques protagonistes autour desquels évolue le récit sont parfaitement définis à travers, justement, leur apparence et non plus leur attitude au sein de l'intrigue. Car c'est justement là où le cinéaste impose une certaine contradiction entre les apparences physiques et la psychologie de chacun d'entre eux. Si les modes de fonctionnement intellectuels du flic incarné par Berg Ting-Yip Ng et du tueur en série interprété par Charm Man Peter Chan qui sévit en s'en prenant exclusivement aux prostituées sont faciles à détecter, le véritable et en réalité seul intérêt du récit tourne autour d'un Maître de feng shui campé par Gordon Lam Ka-tung et d'un étudiant mentalement perturbé quant à lui incarné par Lokman Yeung...


Plus riche qu'il n'en a l'air, le long-métrage de Soi Cheang est en fait comme les deux autres films du cinéaste hongkongais cités plus haut, un modèle de mise en scène, d'écriture et de narration. Tandis que l'on attend fiévreusement ses prochains films dont la production de Penghu Hai Zhan est achevée et dont le tournage de Jiu Long Cheng Zhai · Zhong Zhang a déjà commencé, Ming'an nous plonge au cœur d'un récit où les intrigues s'entremêlent pour finalement se rejoindre lors d'un final absolument remarquable. Pour simplifier le concept, le film du cinéaste hongkongais pourrait être définit à travers de simples et courtes phrases, telle ''naissance OU fabrication d'un monstre'', ''contrôle de la destinée'', ''voyance et manipulation'' et autres petites joyeusetés qui compilées les unes aux autres fabriquent une œuvre qui peu, alors oui, être parfois ardue à suivre pour les néophytes mais qui au fond reste d'une richesse hors du commun. Si la femme est rendue à l'état de ''subalterne'' avec sa prostituée incarnée à l'écran par Wing-Sze Ng dont la parole ne sera donnée qu'en de très rares occasions et du moins jusqu'à ce qu'elle passe entre les griffes du tueur en série, Ming'an est bien évidemment porté par l'incroyable performance de Lokman Yeung, en jeune psychopathe qui relève du tueur en série potentiel agissant d'abord sur les animaux égarés et de Gordon Lam Ka-tung en Maître de Feng Shui lancé dans une mission de sauvetage visant à éviter à l'étudiant de tomber dans le meurtre. À la photographie l'on retrouve le fidèle Gordon Lam Ka-tung qui avait déjà notamment travaillé sur Limbo et que l'on revit donc au générique de City of Darkness en 2024. Si Ming'an peut apparaître parfois anecdotique en comparaison des deux grands classiques de son auteur, une seconde projection sera peut-être nécessaire pour certains spectateurs comme ce fut d'ailleurs le cas pour votre serviteur afin d'en saisir toute la portée. Mais au final, que l'on préfère se lancer dans l'une ou l'autre de ces trois expériences de cinéma, la récompense est toujours à la hauteur. Bref, vous savez quoi faire...

 

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