Auteur du démentiel Limbo
en 2021 et de l'extraordinaire City of Darkness
en 2023, le réalisateur, scénariste, producteur et acteur
hongkongais Soi Cheang signa entre ces deux chefs-d'œuvre du
septième art un Ming'an (Mad
Fate)
qui semble-t-il apparaît beaucoup moins riche et impressionnant. Et
pourtant l'on retrouve ici la patte de ce cinéaste de génie qui
compte au moins autant dans le cinéma asiatique et mondial que
l'auteur de l'incroyable Gokseong (The
Strangers),
le sud-coréen Na Hong-jin qui avait déjà fait très fortement
parler de lui avec ses deux précédents longs-métrages Chugyeogja
(The
Chaser)
et Hwanghae (The
Murderer)
ou que les deux compatriotes de ce dernier, Park Chan-wook avec
Oldeuboi
(Old Boy)
et Kim Jee-Woon avec Akmareul Boatda
(J'ai rencontré le Diable).
S'agissant de Ming'an,
Soi Cheang signe une œuvre relativement déstabilisante. Entre
drame, thriller psychologique, folklore, comédie noire et réflexion
philosophique. Autant dire qu'il y a ici, de quoi faire un véritable
festin de cinéphilie dès lors que l'on accepte un concept parfois
et même très souvent alambiqué. Un trait de caractère que
partagent d'ailleurs toutes ces œuvres que n'importe quel cinéphile
ou cinéphage a l'obligation de ''s'infliger'', qu'il aime ou nom le
cinéma asiatique et ses différentes et très particulières
circonvolutions scénaristiques ! Sans y voir ne serait-ce
qu'une once de racisme visant la population asiatique ni aucune
manifestation de type ''ironie'' sur la ressemblance des uns et des
autres, il est vrai que l'exercice impose parfois aux spectateurs
occidentaux un petit temps d'adaptation pour différencier certains
acteurs et donc, certains personnages. Ici, en revanche, pas d'effort
particulier à entreprendre puisque les quelques protagonistes autour
desquels évolue le récit sont parfaitement définis à travers,
justement, leur apparence et non plus leur attitude au sein de
l'intrigue. Car c'est justement là où le cinéaste impose une
certaine contradiction entre les apparences physiques et la
psychologie de chacun d'entre eux. Si les modes de fonctionnement
intellectuels du flic incarné par Berg Ting-Yip Ng et du tueur en
série interprété par Charm Man Peter Chan qui sévit en s'en
prenant exclusivement aux prostituées sont faciles à détecter, le
véritable et en réalité seul intérêt du récit tourne autour
d'un Maître de feng shui campé par Gordon Lam Ka-tung et d'un
étudiant mentalement perturbé quant à lui incarné par Lokman
Yeung...
Plus
riche qu'il n'en a l'air, le long-métrage de Soi Cheang est en fait
comme les deux autres films du cinéaste hongkongais cités plus
haut, un modèle de mise en scène, d'écriture et de narration.
Tandis que l'on attend fiévreusement ses prochains films dont la
production de Penghu Hai Zhan
est achevée et dont le tournage de Jiu Long
Cheng Zhai · Zhong Zhang a
déjà commencé, Ming'an
nous plonge au cœur d'un récit où les intrigues s'entremêlent
pour finalement se rejoindre lors d'un final absolument remarquable.
Pour simplifier le concept, le film du cinéaste hongkongais pourrait
être définit à travers de simples et courtes phrases, telle
''naissance OU fabrication d'un monstre'', ''contrôle de la
destinée'', ''voyance et manipulation'' et autres petites joyeusetés
qui compilées les unes aux autres fabriquent une œuvre qui peu,
alors oui, être parfois ardue à suivre pour les néophytes mais qui
au fond reste d'une richesse hors du commun. Si la femme est rendue à
l'état de ''subalterne'' avec sa prostituée incarnée à l'écran
par Wing-Sze Ng dont la parole ne sera donnée qu'en de très rares
occasions et du moins jusqu'à ce qu'elle passe entre les griffes du
tueur en série, Ming'an
est bien évidemment porté par l'incroyable performance de Lokman
Yeung, en jeune psychopathe qui relève du tueur en série potentiel
agissant d'abord sur les animaux égarés et de Gordon Lam Ka-tung en
Maître de Feng Shui lancé dans une mission de sauvetage visant à
éviter à l'étudiant de tomber dans le meurtre. À la photographie
l'on retrouve le fidèle Gordon Lam Ka-tung qui avait déjà
notamment travaillé sur Limbo
et que l'on revit donc au générique de City of
Darkness
en 2024. Si Ming'an
peut apparaître parfois anecdotique en comparaison des deux grands
classiques de son auteur, une seconde projection sera peut-être
nécessaire pour certains spectateurs comme ce fut d'ailleurs le cas
pour votre serviteur afin d'en saisir toute la portée. Mais au
final, que l'on préfère se lancer dans l'une ou l'autre de ces
trois expériences de cinéma, la récompense est toujours à la
hauteur. Bref, vous savez quoi faire...
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