Derrière le titre
Shí ren sha
se cache en fait un énième film de requin tueur. Et si la
principale originalité du long-métrage réalisé par Huanxiang Chen
provient du fait qu'il soit originaire de Chine, l'autre minuscule
intérêt de l’œuvre se situe peut-être dans son approche
beaucoup plus sérieuse de son sujet face à une cohorte de films
généralement originaires des États-Unis et qui pour une grande
partie d'entre eux ont choisi entre autres séquences plus ou moins
gore de donner dans un humour potache relativement misérable... Le
film qui à l'internationale est sorti sous le titre Shark
Evil
s'ouvre sur la traque d'un grand requin blanc par des braconniers qui
vont réussir à le harponner mais sans parvenir à le tuer. Bien au
contraire, ce sont ces hommes qui vont mourir entre les mâchoires de
la bête qui parviendra à fuir tout en étant cependant raccordée
par une chaîne au chalutier désormais déserté de toute présence
humaine... L'intrigue se poursuit ensuite avec des jeunes diplômés
venus fêter leur réussite à bord d'un yacht loué pour l'occasion.
Piégés en pleine mer et traqués à leur tour par le requin, nos
quatre vacanciers vont devoir apprendre à survivre au danger qui
rode tout autour d'eux... Le lieu de l'action étant donc très
limité malgré la vaste étendue d'eau qui s'offre à nos
personnages, le réalisateur ainsi que son scénariste Gao Feng n'ont
tout d'abord pas d'autre choix que de remplir les vides du script par
des lignes de dialogue aussi interminables qu'inintéressantes. À
leur arrivée sur le quai avant qu'ils ne prennent le large, le
cinéaste tente de créer des tensions entre certains individus. Et
notamment entre Chen TongYan et Cheng YuFei qu'interprètent
respectivement les actrices chinoises Xiaoxuan Wei et Fan Dong. La
première est la petite amie de Wu Liang (Xin Zer Tan) tandis que la
seconde est une vieille connaissance du beau jeune homme qui prépare
avec cette dernière une surprise pour Chen TongYan. L'occasion pour
Huanxiang Chen de multiplier les quiproquos dans ce qui semble n'être
pour l'instant qu'une comédie romantique pour adolescent(e)s en
fleur sur le visages desquel(le)s bourgeonnent leurs premiers boutons
d'acné !
Malgré
l'américanisation du titre qui une fois traduit signifie en réalité
''Requin mangeur
d'hommes'',
l'on pourrait croire à une énième variante hybridant l'une des ces
puissantes créatures marines à des mythes ancestraux du cinéma
fantastique et d'épouvante parmi lesquels l'on trouve notamment un
requin fantôme (Ghost Shark),
un requin à plusieurs têtes (dont le record semble avoir été
obtenu avec 6-Headed Shark Attack),
un requin-pieuvre (Sharktopus
et ses suites), un requin qui évolue dans le sable (Sand
Shark),
un requin vampire (Sharkula),
des requins déboulant après lors d'avalanches (Avalanche
Sharks),
un requin robot (Roboshark)
et bien évidemment des requins transportés par des tornades avec la
série des Sharknado
dont le nouvel épisode devrait sortir sous peu. Beaucoup moins agité
du bocal et malgré sa ''traduction'' en anglais, Shark
Evil
se rapprocherait donc potentiellement du style beaucoup plus premier
degré des Dents de la mer
de Steven Spielberg même si l’œuvre du cinéaste chinois s'en
éloigne drastiquement d'un point de vue émotionnel et qualitatif.
Ici, il ne se passe pas grand chose. Et si le requin, créé en
images de synthèse, a parfois plutôt belle allure en comparaison de
la majorité des créatures qui évoluent dans ce type de
long-métrage, il faut reconnaître que l'on se fait souvent chier
devant ces allers-retours incessants entre la surface et les fonds
marins. Le film finit par opposer les deux jeunes femmes dont les
''accompagnateurs'' de sexe masculin sont déjà en train d'être
digérés par la bête lors d'un dernier acte se déroulant à bord
du chalutier appartenant aux braconniers. En dehors d'une toute
petite exploration des lieux que l'on aurait sans doute aimé
finalement voir se prolonger, là encore, Huanxiang Chen peine à
exploiter les failles psychologiques de ses deux héroïnes et le
reste du long-métrage n'est qu'une succession de séquences
émotionnellement vides jusqu'à un acte final que l'on devine déjà
bien en amont. Pour enfoncer le clou, Shí ren
sha
n'est même pas doté de la moindre petite séquence gore. Lorsqu'une
victime finit dans l'eau, désormais entre les mâchoires du requin,
seules quelques bulles de sang remontent à la surface. En dehors de
la blessure exposée sur la jambe droite de Chen TongYan, il n'y a
donc rien à se mettre sous la dent. Bref, le long-métrage de
Huanxiang Chen n'est à conseiller qu'aux fans purs et durs du genre.
Les autres risquent de s'ennuyer ferme...

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