Derrière le pseudonyme
de Mark Ubell se cache le réalisateur, scénariste, producteur,
monteur et acteur américain Chuck Vincent. Décédé à l'âge de
cinquante et un ans, il aura tout de même eu le temps de réaliser
plus d'une cinquantaine de longs-métrages dont un certain nombre de
films pornographiques dans le courant des années soixante-dix avant
de se lancer dans la série B dans le milieu des années
quatre-vingt. En 1972, il signe le très étrange Voices of
Desire
que les amateurs bien avisés considèrent comme une version
''adulte'' (puisque érotique), psychédélique et underground du
Répulsion
de Roman Polanski. En effet, dans le cas de Voices
of Desire
comme dans celui de Répulsion,
les deux longs-métrages mettent en scène une jeune femme
psychologiquement fragile. Là où l'un et l'autre prennent des
chemins différents concernent leur attitude vis à vis de la
sexualité. Si en 1965, Carol (Catherine Deneuve) éprouvait de
grandes difficultés de communication avec les hommes en l'enfermant
dans une psychose provoquant chez elle une véritable révulsion
envers eux, le portrait d'Anna (Sandra Peabody) est déjà beaucoup
plus difficile à dépeindre. Mais tout comme chez Roman Polanski, la
narration passe chez Chuck Vincent par des phases hallucinatoires
qu'il est complexe de dissocier des quelques séquences lors
desquelles la jeune femme semble avoir repris ses esprits. Une
première chose saute aux yeux : le budget ! Estimé à
neuf mille dollars, il rejoint celui de petites productions
indépendantes de l'époque parmi lesquelles l'on peut notamment
citer le film culte Carnival of Souls
de Herk Harvey auquel Voices of Desire
est parfois comparé pour son approche surréaliste. Profitons
d'ailleurs de cette occasion pour citer l'excellent
Messiah of Evil
de Willard Huyck et Gloria Katz, autre grand classique de l'horreur
psychologique qui faisait également la part belle à un
environnement anxiogène, peuplé d'êtres étranges impliqués dans
un univers plus ou moins onirique...
S'agissant
de Voices of Desire,
le film met donc tout d'abord en scène la jeune Anna lors d'un
interrogatoire mené par un détective puis un psychiatre pour
lesquels Chuck Vincent choisit d'entretenir une certaine ambiguïté
en choisissant de ne pas relier ces personnages au nom de leur
interprète respectif. Un choix qui semble être directement lié
avec cette volonté d'entretenir le doute entre ce qui relève du
réel et ce qui tient du fantasme. Si l'on comprend graduellement que
l'interrogatoire mené par le psychiatre est directement lié aux
événements qui seront ensuite relatés, il est par contre assez
difficile de connaître les intentions du détective lorsque à son
tour il interroge la jeune femme. Aurait-elle commis un crime ?
Toujours est-il que l'on découvre l'un des nœuds du problème :
Anna est en effet assaillies en permanence par des voix. Qu'elle se
trouve chez elle ou dans la rue, des voix masculines l'enjoignent de
les rejoindre. D'évidence, l'intention de Chuck Vincent n'est pas
ici de résoudre l'épineux problème qui ronge littéralement son
héroïne même si l'on comprendra plus tard l'une de ses origines. À
l'issue d'un récit branlant, qui sent très fortement l'amateurisme
et le manque de moyens, la situation finale s'avère la même qu'au
départ. Et même s'ils s'y mettent à deux pour l'aider, Anna semble
condamnée à revivre sans cesse la même situation. D'une durée
n'excédant pourtant pas les soixante et onze minutes et malgré
qu'il soit considéré comme un film culte par un petit groupe
d'individus pour son approche du septième art franchement atypique
et underground, Voices of Desire
est souvent pénible à regarder. Déjà fort mal maîtrisé par un
Chuck Vincent qui hésite entre érotisme, fantastique, épouvante,
horreur psychologique et visions surréalistes (des thèmes qui
pourtant restent fascinants), le long-métrage est surtout constitué
d'une bonne moitié de scènes de nudité lors desquelles l'actrice
Sandra Peabody entre en contact physique avec des personnages de sexe
masculin et féminin. Une multitude de séquences qui ont énormément
de mal à éveiller la libido tant elles sont répétitives et tout
sauf aphrodisiaques ! C'est long, très long, trop long et
toujours accompagné d'une musique dont la répétitivité finit par
taper sur les nerfs ! L'un des rares atouts du film se situe
surtout dans cette vision de l'érotisme sur grand écran qui dénote
totalement avec ce que l'on a l'habitude de voir. Au final, la
promesse de vivre une expérience similaire aux quelques exemples de
longs-métrages cités plus haut n'est pas vraiment tenue et Voices
of Desire
ne reste au fond qu'une curiosité que l'on n'aura pas forcément
envie de voir une seconde fois...
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