Après le très
dérangeant L'homme qui voulait savoir de
George Sluizer, il fallait bien une comédie franchouillarde de
l'acabit de celle-ci pour se changer les idées. Du moins pouvais-je
le supposer jusqu'à ce qu'au bout des quatre-vingt six minutes de
projection, je m'aperçoive que j'avais placé à mes côtés, un
verre rempli d'eau, une boite complète de somnifères, une lame de
rasoir et qu'une corde était suspendue au dessus de ma tête,
raccordée au lustre du plafond! Autant il m'arriva souvent de me
demander ce qui pouvait passer par la tête de David Lynch ou
Alessandro Jodorowsky au moment de concevoir leurs films, autant Le
trouble-fesses
de Raoul Foulon me paraît lui mériter d'être étudié en
profondeur afin de comprendre ce qui pousse un homme à écrire et
réaliser un tel projet ! N'étant dès le départ pas au dessus
de tout soupçon puisqu'une bonne partie du casting ne laisse aucun
doute quant au contenu du long-métrage, Raoul Foulon se lance dans
l'élaboration d'un projet qui n'a rien de véritablement conceptuel
puisqu'il s'inscrit dans une vague de comédies (très) légères et
extrêmement nombreuses mêlant quiproquos et érotisme éthéré...
Nous sommes au beau milieu des années soixante-dix et alors que le
porno fait florès dans certaines salles de cinéma parisiennes, la
comédie dite franchouillarde s'invite dans un domaine avec lequel
elle partage tout d'abord une forme d'indigence que l'on ne rencontre
que dans ces deux seuls courants cinématographiques. Mais alors que
la pornographie possède des moyens concrets d'exciter ses
spectateurs, la comédie nanardesque à la française se doit
d'assumer son incompétence lorsqu'il s'agit de faire rire son
public. Et ça n'est certes pas avec Le
trouble-fesses
que Raoul Foulon parviendra à maintenir celui-ci en haleine. Car à
moins d'être atteint de mazophilie (ou fétichisme des seins), rien
ne va ! Autant la poitrine de Bernadette Lafont parvient-elle à
une ou deux occasions de très courte durée à détourner
l'attention du spectateur vers autre chose que les indigestes mise en
scène, interprétation et scénario, autant le reste élève le film
au niveau de purge qui sur une échelle de cinq arrive péniblement à
gravir le tout premier échelon. Accompagnant la brune à l'imposante
poitrine, Michel Galabru et Maurice Risch complètent un trio
d'interprètes principaux qui jonglent entre mauvais mots et
situations parfois gênantes. Si le premier incarne Eugène Lajoux,
un cadre d'entreprise adultère marié à Dany (qui est donc
interprétée par Bernadette Lafont), le second interprète Ernesto
Capoli, le neveu du patron de l'entreprise en question, qui après
avoir été surpris dans le lit d'une jeune femme dont le père est
un mafieux est contraint de quitter l'Italie pour rejoindre la
capitale française...
Un
queutard, qui dès qu'une jupette ou un décolleté se profile à
l'horizon est systématiquement guidé vers sa propriétaire afin de
tenter de coucher avec elle. Lorsque l'on pense que Maurice Risch est
tout de même celui qui incarna le gros dégueulasse du film éponyme
que réalisa la décennie suivante Bruno Zincone, on a un peu de mal
à l'imaginer en séducteur ici, dans ce Trouble-fesses
dont
l'appellation lui est entièrement consacrée. En dragueur compulsif,
Ernesto traque toutes celles qui se présentent volontairement ou non
devant lui. Ce qui donne lieu à des séquences qui de nos jours
paraissent invraisemblables. Ou du moins, désormais inenvisageables.
On force un baiser, on soulève une jupe, on se colle sans que cela
ne gêne personne sauf la jeune femme concernée. En contrepartie,
l'homme est représenté de manière fort ridicule et les femmes,
pourtant contraintes d'assouvir tous les désirs de leurs
''patrons'', sont bien celles qui en réalité mènent la barque.
Ayant consacré la quasi totalité de sa carrière artistique dans le
domaine de la photographie de plateau, Raoul Foulon signait là son
seul long-métrage en tant que réalisateur et scénariste. Une grave
erreur de parcours pour celui qui tout de même travailla auprès
d'André Hunebelle sur Le capitan,
Bernard Borderie sur Les quatre mousquetaires
ou encore sur La rupture
de Claude Chabrol. Le trouble-fesses
est cependant un digne représentant de la vague de comédies
franchouillardes des années soixante-dix. Pathétique, mal branlé,
atrocement creux et d'une confondante bêtise ! Bref, si vous
avez le courage de vous lancer dans l'aventure, rassurez-vous, vous
n'aurez pas un centime à débourser puisque de généreux
contributeurs ont eu la bonne idée de proposer le film sur
différentes plateformes. Dont YouTube...
Bon courage, tout de même...



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