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lundi 27 juillet 2026

L'homme qui voulait savoir (Spoorloos) de George Sluizer (1988) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Stanley Kubrick, l'homme derrière l'adaptation cinématographique du roman de Stephen King Shining, confiait que la projection de L'homme qui voulait savoir (Spoorloos) du réalisateur et scénariste néerlandais George Sluizer était la plus terrifiante à laquelle il eu pu assister dans toute toute son existence. Une œuvre beaucoup moins connue que les références sur lesquelles s'attard(ai)ent notamment Steven Spielberg (Psychose d'Alfred Hitchcock, Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper, Alien de Ridley Scott ou La nuit des morts-vivants de George Romero), David Cronenberg (Psychose, encore, L'exorciste de William Friedkin, Les innocents de Jack Clayton ou Les dents de la mer de Steven Spielberg) ou bien David Lynch (l'immense Persona de Ingmar Bergman ou Boulevard du crépuscule de Billy Wilder)... Auteur de plus de trente longs et courts-métrages en une cinquantaine années de carrière, George Sluizer signait en 1988 l'une des œuvres sinon les plus étranges du moins, parmi les plus troublantes. Entrant dans le domaine des thrillers axés sur la traque d'un tueur, L'homme qui voulait savoir diffère cependant de la majeure partie des films qui traitent de ce genre de sujet. Ici, pas d'enquête policière. Et même si le fait-divers est vaguement évoqué à travers des médias qui reviennent dessus lorsque l'intrigue fait un bond de trois ans après la disparition d'une jeune touriste néerlandaise du nom de Saskia Wagter (Johanna ter Steege), on ne trouve ici nulle trace de la police. Le cinéaste préférant ainsi directement raccrocher l'intrigue au compagnon de la jeune femme. Rex Hofman (Gene Bervoets), qui le jour de sa disparition était en vacances avec elle, en France, avant qu'elle ne s'évapore dans la nature lors d'un arrêt dans une station-service située en bordure d'une autoroute très fréquentée. Tandis que le titre original Spoorloos signifie chez nos ''Sans laisser de trace'', les distributeurs français lui préfèrent celui de L'homme qui voulait savoir...


Et pour une fois que le choix de ne pas respecter le titre original s'avère plutôt bien senti, exprimons notre gratitude au distributeur, au producteur ou au personnel du service marketing qui eut l'idée ingénieuse de semer le trouble. Car si comme bon nombre de spectateur notre première impression laisse à penser que cette recherche de savoir est directement liée au personnage de Rex Hofman, l'on est en droit de penser qu'il peut directement viser le responsable de la disparition de Saskia. Notons d'ailleurs que l'homme en question, le français Raymond Lemorne, est incarné à l'écran par l'excellent Bernard-Pierre Donnadieu dont les premiers (petits) rôles au cinéma lui permettent tout de même de croiser la route de Roman Polanski, de Claude Lelouche ou encore de Jean-Jacques Annaud avant qu'il ne brille par sa présence dans Le professionnel de Georges Lautner, Rue Barbare de Gilles Béhat et plus encore dans le formidable Retour de Martin Guerre de Daniel Vigne dans lequel il se confrontera en fin de récit à Gérard Depardieu... L'homme qui voulait savoir reste peut-être son plus grand rôle. En sociopathe ivre de connaître le ''grand frisson'' inspiré du roman Het Gouden Ei (L'Œuf d'Or) de l'écrivain néerlandais Tim Krabbé, l'acteur français s'avère juste terrifiant. Non parce qu'il incarne le prototype même du Grand Méchant Loup, caricatural au possible et doté d'une imagination débordante en matière de sadisme mais parce qu'au contraire, il interprète un homme théoriquement au dessus de tout soupçon, marié, et père de deux filles. Si la première partie de ce récit en trois actes se penche sur la recherche désespérée de la jeune disparue par son compagnon, la seconde montre l'approche méthodique du prédateur. Un individu qui d'ailleurs fait montre de maladresses, s'entraînant à commettre l'acte en question...


Un homme plutôt taiseux mais intelligent. Celui-là même que l'on pourrait imaginer être l'homme du titre. Car d'un côté comme de l'autre, il y a Rex, qui veut savoir la vérité sur la disparition de Saska. Préférant d'ailleurs la savoir morte que de rester dans l'inconnu. Et puis, Raymond, qui semble vouloir de connaître ce que l'on ressent lorsque l'on enlève une personne et qu'on la tue ! Deux obsessions s'affrontent. Celle de Rex et celle de Raymond, les deux hommes finissant fatalement par se rencontrer. Ici, pas de débordements de violence. Pas une goutte de sang et un corps que l'on ne retrouvera finalement jamais. Mais un Rex désespéré face à un Raymond froid, impassible et dénué de morale. L'on est donc plus proche du thriller psychologique que du pur film d'horreur. Sans jamais entrer directement dans la tête du tueur et à travers une vision beaucoup frontale que ses concurrents, George Sluizer parvient à faire entrer son film dans des cases des grands traumatismes du genre que sont Le voyeur de Michael Powell, L'Obsédé de William Wyler, Angst de Gerald Kargl, Maniac de William Lustig ou encore Henry: Portrait of a Serial Killer de John McNaughton. Un choc !

 

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