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vendredi 19 juin 2026

Backrooms de Kane Parsons (2026) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Pour bien comprendre ce qu'est une Backroom et surtout l'usage qui en est fait depuis maintenant sept ans lorsque en 2019 apparut sur le forum anonyme anglophone 4chan un fil de discussion (ou thread) d'un genre très particulier, il faut donc remonter aux origines. Et comprendre que tout est parti d'un concept finalement assez simple. Avant que n'intervienne le youtubeur et vidéaste américain Kane Parsons, des internautes conçoivent et ajoutent alors par couches successives, des niveaux ancrés dans des espaces liminaux. Des lieux que l'on peut décrire comme étant des secteurs généralement vides, immenses, à l'architecture parfois bancale, voire même improbable, dont certains paraissent avoir été inspirés par l'Escalier de Penrose que le généticien britannique Lionel Penrose conçu en 1958 avant que l'artiste graphique néerlandais Maurits Cornelis Escher n'en reprenne le principe deux ans plus tard avec sa célèbre lithographie Klimmen en Dalen (Montée et descente) dans laquelle celui-ci imaginait un objet impossible contredisant les lois physiques ! Mais pour mieux comprendre le concept, plutôt que de réduire le principe à quelques mots, le plus simple reste finalement d'aller découvrir si ce n'est déjà fait, les trois vidéos réalisées par l'excellent youtubeur français Feldup, lequel les a donc consacrées au sujet des Backrooms... Nous sommes ensuite en 2022. C'est à dire à une date qui n'est au fond pas très éloignée dans le temps. Âgé de dix-sept ans seulement, Kane Parsons imagine mettre en images ce que des internautes avaient tout d'abord conçu sous forme de graphiques. The Backrooms (Found Footage) est alors, et sans mauvais jeu de mots, la porte d'entrée idéal pour pénétrer cet univers. Une vidéo courte puisque ne durant que neuf minutes mais durant laquelle l'on assiste à ce qui semble être tout d'abord un reportage ou au tournage d'un petit film d'amateur dans la rue lorsque le cameraman fait une chute et se retrouve propulsé dans l'une de ces fameuses Backroom. Kane Parsons envisage alors les lieux comme un dédale constitué de salles immenses, de couloirs sans fin, d'architectures invraisemblables, de puits sans fonds, de pièces qui ne donnent nulle part ou d'escaliers qui n'aboutissent à rien. Un lieu qui se voudrait être paisible à raison d'une unité de ton homogène mais qui pourtant délivre une authentique anxiété chez le spectateur.


Sans compter que lors de cette première et involontaire escapade du cameraman, il semblerait que celui-ci ne soit pas tout à fait seul... À peine un an plus tard, la société indépendante américaine de production et distribution cinématographique A24 envisage de produire aux côtés d'autres maisons de production, une version cinéma de ce qui est devenu depuis la diffusion de The Backrooms (Found Footage) une web-série. Offrant à Kane Parsons l'opportunité de réaliser lui-même le long-métrage sur la base d'un script écrit par le créateur et showrunner de la série DMZ avant que le scénario ne soit finalement remanié par le scénariste Will Soodik auquel l'on doit notamment l'écriture d'épisodes pour les séries Homeland et Ash vs Evil Dead. Bien que l'idée puisse s'avérer excitante, on sait combien adapter un court-métrage ayant fait sensation sur Internet au point de devenir véritablement viral est particulièrement risqué. L'un des meilleurs exemples demeurant probablement l'excellent Lights Out de David Sandberg qui après avoir attiré puis effrayé des millions d'internautes s'est vu adapté sur grand écran avec pour conséquence principale de forcer sur des éléments qui à l'origine n'appartenaient directement au concept de ce court-métrage de deux minutes trente environ. Trop long et finalement peu inspiré, l'on continue toujours de redécouvrir la version d'origine tout en éludant sa beaucoup trop ''élastique'' transposition sur grand écran... Maintenant qu'est sorti sur nos écrans le tant attendu Backrooms dans une version revisitée et au scénario ''étendu'', qu'en penser ? Le film de Kane Parsons vaut-il vraiment le coup que l'on se déplace dans les salles de cinéma ? A-t-il réellement des chances d'avoir le même impact que le court de neuf minutes partagé quatre ans auparavant sur les réseaux sociaux ? Le conseillera-t-on davantage à celles et ceux qui ne connaissent pas le projet d'origine ou au contraire aux fans qui connaissent sous toutes ses coutures la web-série ? Pas évident en réalité de répondre à ces questions tant différentes données entrent en interaction. Il se peut que les néophytes connaissent quelques troubles de l'audition et de la vision, sans même parler des risques de tachycardie que pourraient engendrer chez eux certaines séquences prétendument effrayantes, plongeant ainsi les spectateurs dans une certaine forme de torpeur face à un univers qu'ils n'avaient jusque là jamais appréhendé.


Pour ceux qui connaissent déjà l’œuvre séminale, cela devient déjà nettement plus compliqué. Ne serait-ce que pour le public français, nourri à la web-série et au formidable travail de recherche de Feldup, Backrooms peut être observé comme le parfait exemple de projet inutile. Convoquant certainement l'engouement des fans tout en leur proposant un spectacle sans doute un peu trop ''bigarré'' pour retenir son attention jusqu'au terme du récit... En soit, Backrooms n'est pas un mauvais film. Mais alors que le court-métrage d'origine demeure encore aujourd'hui comme une expérience anxiogène parmi les plus efficaces, il n'est pas certains que l'on se souvienne très longtemps de son adaptation sur grand écran. Contraint de nourrir son intrigue afin d'éviter toute redondance, le réalisateur et son scénariste ajoutent à l'exploration des espaces liminaux des séquences supplémentaires qui font surtout figure de remplissage. Justifiant sans doute pour ses auteurs la durée ''excessive'' du long-métrage, le film se concentre parfois sur des dialogues entre Clark (Chiwetel) et sa thérapeute Mary (Renate Reinsve). Les deux héros de ce récit lors duquel on apprend que le premier supporte mal d'être séparé de son ex épouse tandis que la psychologue tente de lui faire remonter la pente. Ancien alcoolique qui a arrêté de boire depuis peu, Clark découvre dans le sous-sol de son magasin que l'un des murs donne sur une autre ''dimension''. Un vaste complexe à la géométrie variable, empli de bric et de broc. Un décor proche de ce que l'on connaît déjà des backroom. Aidé par deux amis (Lukita Maxwell et Finn Bennett dans les rôles de Kat et Bobby), Clark tente d'approfondir ses recherches s'agissant d'un lieu qu'il explore maintenant depuis plusieurs jours. Mais lorsque le patient de Mary finit par ne plus donner de ses nouvelles, la jeune femme décide de se lancer à sa recherche malgré des propos qui lors de leur dernière rencontre lui ont semblé incohérents... C'est avec un certain plaisir que l'on retrouve donc l'univers des backrooms, ici parfaitement retranscrits. Mais est-ce par habitude, l'effet escompté relève désormais plus du subterfuge que d'un réel génie qui s'efface derrière une succession de séquences extérieures au contexte parfois inintéressant et qui ruinent donc en partie l'immersion. Ces retours réguliers dans le monde réel rompt avec ces espaces inquiétants, d'autant plus que l'on se fout à peu près de tout ce qu'impliquent les échanges entre Mary et Clark. Malgré tout, Kane Parsons est parvenu à retranscrire durant des séquences immersives parfois angoissantes l'univers dont il fut lui-même à l'origine. Image parasitée, décors jaunes dans la majorité des cas et musique produite par le compositeur canadien Edo Van Breemen viennent appuyer un concept qui au fond fonctionne mal à l'état de fiction qu'en tant que creepypasta qui à l'époque pouvait, au pire, être traité comme une légende urbaine intégrée dans la conscience collective comme un phénomène réel. Les spectateurs étant désormais écartelés entre l'idée de découvrir un simple film d'horreur et celle d'être plongés dans les méandres d'un univers qui, pourquoi pas, serait réellement accessible...

 

2 commentaires:

  1. "Nous sommes ensuite ensuite en 2022". Y'a un "ensuite" en trop... :-)
    Ah ben merde, j'y vais samedi, normalement (ou un peu plus tard)... Du coup, c'est mieux d'être dans la première catégorie. Malgré tes liens (encore merci), j'avoue avoir eu un peu la flemme de beaucoup me pencher sur ce projet nébuleux et sa conception.

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  2. Oh! encore un beau travail pour mettre en avant ce film ."Backroom" me tente bien tant il y a ici quantité de bons ingrédients pour faire un bon long métrage avec la qualité qui prime .

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