Pour bien comprendre ce
qu'est une Backroom et
surtout l'usage qui en est fait depuis maintenant sept ans lorsque en
2019 apparut sur le forum anonyme anglophone 4chan
un fil de discussion (ou thread)
d'un genre très particulier, il faut donc remonter aux origines. Et
comprendre que tout est parti d'un concept finalement assez simple.
Avant que n'intervienne le youtubeur et vidéaste américain Kane
Parsons, des internautes conçoivent et ajoutent alors par couches
successives, des niveaux ancrés dans des espaces liminaux. Des lieux
que l'on peut décrire comme étant des secteurs généralement
vides, immenses, à l'architecture parfois bancale, voire même
improbable, dont certains paraissent avoir été inspirés par
l'Escalier de Penrose
que le généticien britannique Lionel Penrose conçu en 1958 avant
que l'artiste graphique néerlandais Maurits Cornelis Escher n'en
reprenne le principe deux ans plus tard avec sa célèbre
lithographie Klimmen en Dalen
(Montée et descente)
dans laquelle celui-ci imaginait un objet impossible contredisant les
lois physiques ! Mais pour mieux comprendre le concept, plutôt
que de réduire le principe à quelques mots, le plus simple reste
finalement d'aller découvrir si ce n'est déjà fait, les trois
vidéos réalisées par l'excellent youtubeur français Feldup,
lequel les a donc consacrées au sujet des Backrooms...
Nous sommes ensuite en 2022. C'est à dire à une date qui
n'est au fond pas très éloignée dans le temps. Âgé de dix-sept
ans seulement, Kane Parsons imagine mettre en images ce que des
internautes avaient tout d'abord conçu sous forme de graphiques. The
Backrooms (Found Footage) est
alors, et sans mauvais jeu de mots, la porte d'entrée idéal pour
pénétrer cet univers. Une vidéo courte puisque ne durant que neuf
minutes mais durant laquelle l'on assiste à ce qui semble être tout
d'abord un reportage ou au tournage d'un petit film d'amateur dans la
rue lorsque le cameraman fait une chute et se retrouve propulsé dans
l'une de ces fameuses Backroom.
Kane Parsons envisage alors les lieux comme un dédale constitué de
salles immenses, de couloirs sans fin, d'architectures
invraisemblables, de puits sans fonds, de pièces qui ne donnent
nulle part ou d'escaliers qui n'aboutissent à rien. Un lieu qui se
voudrait être paisible à raison d'une unité de ton homogène mais
qui pourtant délivre une authentique anxiété chez le spectateur.
Sans
compter que lors de cette première et involontaire escapade du
cameraman, il semblerait que celui-ci ne soit pas tout à fait
seul... À peine un an plus tard, la société indépendante
américaine de production et distribution cinématographique A24
envisage de produire aux côtés d'autres maisons de production, une
version cinéma de ce qui est devenu depuis la diffusion de The
Backrooms (Found Footage) une
web-série.
Offrant à Kane Parsons l'opportunité de réaliser lui-même le
long-métrage sur la base d'un script écrit par le créateur et
showrunner de la série DMZ
avant que le scénario ne soit finalement remanié par le scénariste
Will Soodik auquel l'on doit notamment l'écriture d'épisodes pour
les séries Homeland et
Ash vs Evil Dead.
Bien que l'idée puisse s'avérer excitante, on sait combien adapter
un court-métrage ayant fait sensation sur Internet au point de
devenir véritablement viral est particulièrement risqué. L'un des
meilleurs exemples demeurant probablement l'excellent Lights
Out
de David Sandberg qui après avoir attiré puis effrayé des millions
d'internautes s'est vu adapté sur grand écran avec pour conséquence
principale de forcer sur des éléments qui à l'origine
n'appartenaient directement au concept de ce court-métrage de deux
minutes trente environ. Trop long et finalement peu inspiré, l'on
continue toujours de redécouvrir la version d'origine tout en
éludant sa beaucoup trop ''élastique'' transposition sur grand
écran... Maintenant qu'est sorti sur nos écrans le tant attendu
Backrooms
dans une version revisitée et au scénario ''étendu'', qu'en
penser ? Le film de Kane Parsons vaut-il vraiment le coup que
l'on se déplace dans les salles de cinéma ? A-t-il réellement
des chances d'avoir le même impact que le court de neuf minutes
partagé quatre ans auparavant sur les réseaux sociaux ? Le
conseillera-t-on davantage à celles et ceux qui ne connaissent pas
le projet d'origine ou au contraire aux fans qui connaissent sous
toutes ses coutures la web-série ? Pas évident en réalité de
répondre à ces questions tant différentes données entrent en
interaction. Il se peut que les néophytes connaissent quelques
troubles de l'audition et de la vision, sans même parler des risques
de tachycardie que pourraient engendrer chez eux certaines séquences
prétendument effrayantes, plongeant ainsi les spectateurs dans une
certaine forme de torpeur face à un univers qu'ils n'avaient jusque
là jamais appréhendé.
Pour
ceux qui connaissent déjà l’œuvre séminale, cela devient déjà
nettement plus compliqué. Ne serait-ce que pour le public français,
nourri à la web-série et au formidable travail de recherche de
Feldup,
Backrooms
peut être observé comme le parfait exemple de projet inutile.
Convoquant certainement l'engouement des fans tout en leur proposant
un spectacle sans doute un peu trop ''bigarré'' pour retenir son
attention jusqu'au terme du récit... En soit, Backrooms
n'est pas un mauvais film. Mais alors que le court-métrage d'origine
demeure encore aujourd'hui comme une expérience anxiogène parmi les
plus efficaces, il n'est pas certains que l'on se souvienne très
longtemps de son adaptation sur grand écran. Contraint de nourrir
son intrigue afin d'éviter toute redondance, le réalisateur et son
scénariste ajoutent à l'exploration des espaces liminaux des
séquences supplémentaires qui font surtout figure de remplissage.
Justifiant sans doute pour ses auteurs la durée ''excessive'' du
long-métrage, le film se concentre parfois sur des dialogues entre
Clark (Chiwetel) et sa thérapeute Mary (Renate Reinsve). Les deux
héros de ce récit lors duquel on apprend que le premier supporte
mal d'être séparé de son ex épouse tandis que la psychologue
tente de lui faire remonter la pente. Ancien alcoolique qui a arrêté
de boire depuis peu, Clark découvre dans le sous-sol de son magasin
que l'un des murs donne sur une autre ''dimension''. Un vaste
complexe à la géométrie variable, empli de bric et de broc. Un
décor proche de ce que l'on connaît déjà des backroom. Aidé par
deux amis (Lukita Maxwell et Finn Bennett dans les rôles de Kat et
Bobby), Clark tente d'approfondir ses recherches s'agissant d'un lieu
qu'il explore maintenant depuis plusieurs jours. Mais lorsque le
patient de Mary finit par ne plus donner de ses nouvelles, la jeune
femme décide de se lancer à sa recherche malgré des propos qui
lors de leur dernière rencontre lui ont semblé incohérents...
C'est avec un certain plaisir que l'on retrouve donc l'univers des
backrooms, ici parfaitement retranscrits. Mais est-ce par habitude,
l'effet escompté relève désormais plus du subterfuge que d'un réel
génie qui s'efface derrière une succession de séquences
extérieures au contexte parfois inintéressant et qui ruinent donc
en partie l'immersion. Ces retours réguliers dans le monde réel
rompt avec ces espaces inquiétants, d'autant plus que l'on se fout à
peu près de tout ce qu'impliquent les échanges entre Mary et Clark.
Malgré tout, Kane Parsons est parvenu à retranscrire durant des
séquences immersives parfois angoissantes l'univers dont il fut
lui-même à l'origine. Image parasitée, décors jaunes dans la
majorité des cas et musique produite par le compositeur canadien
Edo Van Breemen viennent appuyer un concept qui au fond fonctionne
mal à l'état de fiction qu'en tant que creepypasta qui à l'époque
pouvait, au pire, être traité comme une légende urbaine intégrée
dans la conscience collective comme un phénomène réel. Les
spectateurs étant désormais écartelés entre l'idée de découvrir
un simple film d'horreur et celle d'être plongés dans les méandres
d'un univers qui, pourquoi pas, serait réellement accessible...
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"Nous sommes ensuite ensuite en 2022". Y'a un "ensuite" en trop... :-)
RépondreSupprimerAh ben merde, j'y vais samedi, normalement (ou un peu plus tard)... Du coup, c'est mieux d'être dans la première catégorie. Malgré tes liens (encore merci), j'avoue avoir eu un peu la flemme de beaucoup me pencher sur ce projet nébuleux et sa conception.
Oh! encore un beau travail pour mettre en avant ce film ."Backroom" me tente bien tant il y a ici quantité de bons ingrédients pour faire un bon long métrage avec la qualité qui prime .
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