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vendredi 6 mars 2026

Nosferatu de Robert Eggers (2024) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

S'attaquer à un mythe tel que le légendaire film expressionniste allemand Nosferatu, eine Symphonie des Grauens réalisé par Friedrich Wilhelm Murnau en 1922 est une prise de risque que prit tout d'abord brillamment son contemporain Werner Herzog en 1979 à travers l'excellent Nosferatu: Phantom der Nacht. Après une première œuvre que tout bon cinéphile ou cinéphage compte parmi les chefs-d’œuvre du septième art et un premier remake aux qualités indéniables et littéralement habité par son principal interprète, l'acteur Klaus Kinski, on peut se demander où se situe l'intérêt d'une nouvelle itération en ce premier quart du vingt et unième siècle qui a trop souvent l'habitude de manquer d'inspiration en matière de terreur... Et pourtant, quelle plus rassurante annonce aurions-nous pu attendre que celle d'une toute nouvelle adaptation signée d'un cinéaste se situant assurément tout en haut de la liste des réalisateurs dont on peut avoir une confiance quasi absolue ? Car c'est bien de fiabilité dont on parle au sujet de l'américain Robert Eggers, qui entre 2015 et 2022 a signé trois grands longs-métrages. The Witch, The Lighthouse ainsi que The Northman. Trois œuvres originales rejointes donc en 2024 par une quatrième, s'inscrivant dans une longue, très longue lignée d'adaptations cinématographiques reposant sur l'un des plus célèbres ouvrage de la littérature fantastique mondiale, le Dracula de Bram Stoker..... Et dire que le Nosferatu, eine Symphonie des Grauens de Friedrich Wilhelm Murnau faillit nous passer sous le nez. Car bien qu'ayant pris certaines précautions en renommant son vampire en Comte Orlok (incarné à l'époque par l'acteur allemand Max Schreck) et en ne citant pas le nom de Dracula mais celui de Nosferatu, personnage inspiré par des ouvrages ethnographiques évoquant certaines croyances roumaines d'après l'écrivain britannique, la plupart des copies du tout premier Nosferatu a voir le jour sur grand écran furent détruites après que la veuve de Bram Stoker ait gagné son procès pour plagiat !


L'une des différences fondamentales entre le vampire du romancier et celui du cinéaste allemand reposant sur leur aspect physique respectif. Tandis que Dracula a majoritairement été personnifié par des interprètes physiquement conformes à l'apparence humaine, les deux premiers Nosferatu à voir le jour sur grand écran apparurent sous celle de créatures humanoïdes, certes, mais symbolisant l'apparence d'un rat (ou d'une chauve-souris), allusion à la peste qui ravage le récit dès l'entrée du vampire dans la ville de Wisborg (en lieu est place de Londres dans le roman d'origine). Des mains aux longs doigts griffus, un crâne chauve, de longues incisives et des oreilles en pointes... De cette créature iconique, Robert Eggers se débarrasse de l'apparence pour lui prêter un aspect beaucoup plus ''crédible'' en ce sens où l'on pourrait éventuellement accorder au vampire la capacité de séduire celle qu'il tentera de s'accaparer. On parle bien évidemment d'Ellen, interprétée par Lily-Rose Depp, fille de Vanessa Paradis et de Johnny Depp, jeune femme en proie à différentes crises dont certaines de somnambulisme, victime d'une connexion avec le Comte Orlok qui de son côté est incarné par l'acteur suédois Bill Skarsgård, connu pour avoir notamment joué le rôle de Pennywise dans les différentes adaptations cinématographiques et télévisées du roman Ça de Stephen King entre 2017 et 2025. On pourra (ou pas d'ailleurs) reprocher ce choix esthétique de la part du cinéaste qui trahit donc l'apparence du vampire originel conçu à l'origine par Friedrich Wilhelm Murnau et par le directeur artistique Albin Grau mais pour le reste, son Nosferatu est une expérience de cinéma qui vaut pourtant le détour. Sans trop trahir l’œuvre originale bien que la version de 2024 passe tout logiquement comme celle de 1979 du muet au parlant !


L'on passe ensuite de l’expressionnisme allemand au gothique, dans un ensemble de décors reconstituant un dix-neuvième siècle impressionnant. Des décors de Craig Lathrop, en passant par les costumes de Linda Muir et plus encore la photographie de Jarin Blaschke, fidèle du cinéaste américain puisque les deux hommes collaborèrent ensemble sur les trois précédents longs-métrages de Robert Eggers, Nosferatu est une claque visuelle de tous les instants. Chaque plan ou presque est l'occasion d'admirer la finition du moindre petit détail projeté à l'écran. Une merveille picturale. Une série de tableaux animés s'enfonçant peu à peu dans une noirceur irrémédiable... Dans cette nouvelle version, le réalisateur aborde le personnage d'Ellen de manière beaucoup plus profonde que par le passé. Chargeant la mule de cette curieuse relation, cette connexion entre la jeune femme et cet aristocrate monstrueux qu'elle a involontairement invoqué dans son désir de trouver amour et compagnie au tout début du récit. Fidèle, donc, dans ses grandes largeurs, d'une beauté à couper le souffle et notamment incarné par un Bill Skarsgård à la voix rauque buvant le sang de ses victimes dans un bruit de déglutition absolument terrifiant, Nosferatu tente à démontrer que sans être en pleine possession de son propre script, Robert Eggers est pourtant incapable de marquer par de profonds engagements littéraires, la différence entre les œuvres de 1922, de 1979 et la sienne. Du coup, Nosferatu version 2024 pourra apparaître pour les nostalgiques des anciennes versions, comme une inutile adaptation. Car en dehors de la forme que prend le long-métrage, sans cesse éblouissante et d'une ampleur sensorielle parfois éclatante, le film de Robert Eggers n'est au fond qu'une ''redite''. Une variation sur le même thème. Tantôt passionnante, tantôt... ennuyeuse et redondante....

 

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