Gourou
de Yann Gozlan est la troisième occasion pour le cinéaste français
de rencontrer l'acteur Pierre Niney. Un interprète très en vogue
qui pourtant ne fait pas l'unanimité. Mais qui d'ailleurs en
bénéficie réellement, de cette approbation généralisée parmi
les acteurs, chanteurs et autres artistes dont on découvre à chaque
instant le degré de talent sur grand écran, à la télévision ou
sur scène, en concert ou au théâtre ? Pas grand monde à vrai
dire, et même, aucun d'entre eux pour être tout à fait franc.Un
mot de travers à l'encontre de notre beau pays et certains d'entre
nous renverraient des crétins de haute volées dans un pays qui ne
souffrirait pas du racisme qu'ils évoquent à longueur de temps.
Mais Pierre Niney, lui, qu'a-t-il bien pu faire ou dire pour qu'une
partie du peuple français le range du côté des ''personæ
non gratæ'' ?
Avoir osé prendre son téléphone en pleine finale du tournoi de
Roland-Garros de 2025 ? Avoir récemment dénigré l'une de ses
anciennes profs de français en la citant ouvertement dans une courte
vidéo ? Peut-être, mais Pierre Niney n'en est pas moins l'une
des valeurs sûres de ces quinze dernières années qui comme le
titre du dernier long-métrage de Yann Gozlan semble agir comme un
''gourou''
sur le cinéma français en ''choppant'' des rôles qui lui vont
comme un gant et qui prouvent surtout que l'acteur est relativement
exigeant en terme de choix de personnages. Onze ans après Un
homme idéal
et cinq après Boîte noire,
les deux hommes se retrouvent donc à tourner de nouveau ensemble sur
un sujet dont Pierre Niney est à l'origine. Retravaillé par le
cinéaste ainsi que par le scénariste Jean-Baptiste Delafon, le
script de Gourou
se penche sur le cas de Mathieu Vasseur. Un célèbre coach qui lors
de séminaires de très grande ampleur a fait le choix d'aider son
prochain. Mais alors qu'une loi visant à réglementer ce type
d'activité risque de tout remettre en question, Mathieu va peu à
peu perdre le contrôle. Mettant ainsi en péril son ambition
d'accéder à un ''pouvoir'' détenu jusqu'à maintenant par le
''Coatch Star'', l'américain Peter Conrad (incarné à l'image par
l'acteur Holt McCallany)...
Pierre Niney s'offre ainsi le beau rôle, celui d'un homme fascinant, très sûr de lui et visiblement humaniste même si Yann Gozlan préfère très rapidement ouvrir la porte au champ des possibles à travers l’ambiguïté qu'apporte en général et de manière inconditionnelle ce genre d'individu. Une ambiguïté qui s'installe très rapidement au sein de l'univers maîtrisé de cet homme populaire auprès de ses adeptes et des réseaux. Un outil dont se sert d'ailleurs Yann Gozlan, évaluant ainsi la force corrosive et l'impact qu'il peut susciter sur l'opinion ou sur celui qui est directement visé. Parfois plus ou moins drôle puisque renvoyant à des pratiques personnelles chez certains individus (Mathieu étant invité dans l'émission de Cyril Hanouna), le film et son héros sont accompagnés d'une pléthore d'interprètes plus ou moins secondaires. Pierre Niney peut ainsi compter sur le soutien de Marion Barbeau qui incarne la séduisante compagne du héros, Adèle, d'Anthony Bajon, acteur à la carrière prometteuse comme le démontrent ses derniers choix cinématographiques et qui incarne ici le rôle de Julien, jeune homme ''sauvé'' par Mathieu lors d'un séminaire, ou encore de Christophe Montenez dans le rôle de Christophe, le frère du ''Gourou''... Derrière ce terme se cache pourtant une réalité. L'emprise d'un individu sur une masse de taille plus ou moins importante. Basé sur une idée de Pierre Niney, acteur donc, le concept peut bien évidemment renvoyer au-delà du statut de simple coach pour ainsi faire référence à certaines stars de cinéma dont l'acteur-vedette du long-métrage peut s'enorgueillir de détenir le titre... Entre manipulation, ambition, paranoïa, critique sociale et politique, Gourou est surtout un formidable thriller ambiancé par le subtil jeu des interprètes, l'adroite mise en scène de Yann Gozlan, la photographie parfois toute en noirceur d'Antoine Sanier ou la bande musicale de Chloé Thévenin. Dépassant de peu les cent-vingt minutes, Gourou prouve à nouveau le talent de Pierre Niney. Sa maîtrise brille ici de mille feux malgré un personnage qui possède autant d'atouts pour charmer que de perversion pour se faire haïr. Finalement, l'on peut observer Mathieu Vasseur comme étant le double de fiction de l'acteur français...



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