Dans la série des films
conseillant de ne pas faire ceci ou cela mais qui n'entretiennent
aucun rapport entre eux à la manière de Ne pas avaler
de Gary Oldman, Ne vous retournez pas
de Nicolas Roeg, Mais ne nous délivrez pas du
mal de
Joël Seria ou encore Ne réveillez pas un flic
qui dort de
José Pinheiro, le premier long-métrage réalisé par Destry Allyn
Spielberg conseille quant à lui de ne pas donner à manger aux
enfants. Avec son affiche plagiant honteusement celle de The
Cabin in the Woods
de Drew Goddard, Please Don't Feed the Children
que l'on peut traduire chez nous sous le titre S'il
vous plaît,
ne nourrissez pas
les enfants
est donc le premier format long pour la fille de l'illustre Steven
Spielberg qui en parallèle de sa carrière d'actrice, d'assistante
de production et d'accessoiriste sur plusieurs projets de son père
avait déjà tourné deux courts-métrages en 2019 (Rosie)
et 2022 Let Me Go The Right Way).
Puisque l'heure n'est plus vraiment à la nouveauté et que
l'originalité n'est donc généralement plus de mise, certains
s'emploient à mélanger divers concepts pour en créer d'autres,
potentiellement inédits. C'est ainsi que l'horreur de Please
Don't Feed the Children
flirte
avec le fantastique et le drame. Dans un monde qui se réfère très
clairement à la pandémie de Covid-19
qui causa sept millions de morts à l'échelle mondiale selon les
chiffres officiels et près de quinze selon l'Organisation Mondiale
de la Santé, le film de Destry Allyn Spielberg met en scène un
petit groupe d'adolescent vivant en marge d'une société qui traque
les plus jeunes, porteurs d'un virus mais asymptomatiques qui s'en
prend aux adultes et les transforme en cannibales lorsqu'il ne les
tue pas purement et simplement. Une idée certes farfelue mais qui
passe désormais ''crème'' face à des projets cinématographiques
parfois tout aussi absurdes. Tel, par exemple, le
nippo-canado-brésilien Blindness
de Fernando Meirelles dans lequel la population était frappée par
une épidémie de cécité ! Alors, pourquoi pas, au fond,
imaginer que des gamins plutôt, ici plutôt débrouillards, aient
envie de changer d'air et de profiter de la présence de la jeune
Mary (Zoe Colletti) pour la suivre dans son projet de quitter la
ville pour rejoindre un abri situé au sud. Mais pour cela, il leur
faut rejoindre un tunnel qui permet de passer à travers un mur de
dix mètres de haut qui encercle la cité. Malheureusement, lors de
leur passage dans un magasin d'alimentation/station-service, l'un
d'entre eux est gravement blessé par balle par la propriétaire.
Fuyant les lieux à bord de leur van dont le réservoir est vide, ils
se retrouvent plantés en pleine campagne lorsqu'ils aperçoivent au
loin une immense baraque...
Ben
(Andrew Liner) ayant besoin de soins urgents, le petit groupe se
dirige vers la propriété où ils sont accueillis par la maîtresse
de maison prénommée Clara (Michelle Dockery). Ayant perdu son
enfant lors de la pandémie, celle-ci assure aux adolescents qu'ils
peuvent rester chez elle tant que son mari n'est pas rentré du
travail. Il est tard, Ben souffre atrocement et tous sont fatigués
et acceptent donc de rester le temps que Clara, qui par chance est
infirmière, ait ôté la balle du bras du blessé. Une fois soigné,
recousu et bandé, le garçon rejoint ses compagnons dans le salon et
mange tout comme eux un cookie généreusement préparer par Clara.
Tandis qu'ils tentent de dérober les clés de voiture de leur hôtes,
tous s'évanouissent l'un après l'autre pour se réveiller quelques
temps plus tard, enfermés à la cave. Sauf Mary que Clara semble
vouloir considérer autrement... C'est lors de cette dernière
séquence que le film prend une toute nouvelle tournure. Le thème de
la pandémie traitant de manière vaguement proche de la thématique
des ''infectés'' copulant avec celle de la séquestration et du
survival, Please Don't Feed the Children
oppose donc en fait une jeune femme charmante, apprêtée à la
manière des ménagères qui trônent sur les vieilles affiches
publicitaires américaines des années cinquante/soixante. Un peu
comme à la façon du Sous-sol de la peur
de Wes Craven, certaines pièces de la demeure ont ici été conçues
afin de retenir prisonniers les jeunes imprudents qui osent se
frotter à cette bien jolie mais aussi bien étrange maîtresse de
maison qui cache un lourd secret mais que les habitués au genre
découvriront bien trop tôt puisque le concept n'est pas vraiment
neuf. Plutôt bien incarné par son petit groupe d'interprètes
post-adolescent et par la superbe Michelle Dockery, Please
Don't Feed the Children
laisse rapidement de côté son aspect post-apocalyptique pour se
concentrer sur les personnages et la demeure qu'ils tentent de
quitter avant que chacun d'entre eux ne connaisse le même triste
sort que ceux qui avant eux firent l'erreur de venir frapper à la
porte de Clara ! Plutôt sympa à regarder même si en terme de
violence, d'hémoglobine et d'épouvante on a vu bien pire dans de
très nombreux cas, le premier long-métrage Destry Allyn Spielberg
ne marquera cependant pas le septième art au contraire de certaines
œuvres réalisées par son paternel. Un début, donc, sans vague,
presque un peu trop lisse mais divertissant...
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