Gator Bait
ou Les marais de la haine
de Beverly et Ferd Sebastian est une œuvre méconnue qui appartient
au genre Hicksploitation.
Un courant du cinéma d'exploitation qui connut son heure de gloire
dans les années soixante-dix avec Deliverance
de John Boorman, The Texas Chain Saw Massacre
de Tobe Hooper, Two Thousand Maniacs! de
Herschell Gordon Lewis, Walking Tall
de Phil Karlson ou encore The Hills Have
Eyes
de Wes Craven. Films situant généralement leur action dans les
endroits les plus reculés de l'Amérique profonde s'agissant du
cinéma outre-atlantique, ils mettent couramment en scène ce que
l'on nomme là-bas, des Rednecks.
Terme que l'on peut traduire chez nous sous celui de Culs-Terreux,
de Bouseux,
de Ploucs,
de Villageois
arriérés
ou de nombreux autres substantifs tout aussi péjoratifs... Gator
Bait
n'échappe évidemment pas à cette appellation puisque les
personnages dans leur grande majorité représentent le summum en la
matière. Au nombre de neuf si l'on compte celui qui meurt très
rapidement d'un accident de fusil, tous ou presque semblent être
atteints de tares intellectuelles. Au mieux l'on écartera de la
fange le shérif Joe Bob Thomas (interprété par Bill Thurman) et
son fils et adjoint Billy Boy (Clyde Ventura) même si très vite il
devient évident que l'héroïne du récit ne pourra pas compter sur
leur aide durant la chasse dont elle deviendra la proie. Elle-même
issue d'une famille dont le père et la mère sont absents (le
premier n'est que très rarement évoqué tandis que l'on apprend que
la seconde est décédée), Désirée Thibodeau (Claudia Jennings)
pratique le braconnage dans les marais afin de subvenir aux besoins
en nourriture de son frère muet Big T. (Tracy Sebastian) et de sa
sœur Julie (Janit Baldwin) avec lesquels elle vit au cœur des
marais. Alors qu'elle s'apprête à capturer illégalement un
crocodile retenu dans l'un des pièges qu'elle a tendu au milieu des
eaux, Désirée est aperçue par Billy Boy et son ami Ben Bracken
(l'acteur Ben Sebastian). Parvenant à fuir en canot, la jeune femme
est poursuivie puis est rattrapée par les deux hommes. Afin de leur
échapper, elle leur jette un sac rempli de serpents venimeux qu'elle
a chassé plus tôt. Effrayé, l'adjoint du shérif tire en direction
des serpents qui se trouvent à bord de son bateau mais tue
accidentellement son ami Ben...
Alors
que Désirée a pris la fuite, désemparé, Billy Boy décide de
rentrer en ville jusqu'au bureau du shérif et de faire croire à son
père que c'est elle qui a tué son ami d'une balle dans la tête.
Contraint de prévenir les membres de la famille Bracken constituée
du père T.J. Bracken (Sam
Gilman),
de Pete Bracken (Don Baldwin, lequel n'a aucun rapport avec la
célèbre famille d'acteurs du même nom) et de Leroy (Douglas
Dirkson, étonnant sosie de l'acteur français Jean-François Balmer
qui consacrera le plus gros de sa carrière à des séries télévisées
américaines), le shérif et son fils/adjoint acceptent malgré eux
d'aider le clan Bracken à retrouver Désirée afin de lui faire
payer la mort de Ben... Avec un budget estimé à cent-cinquante
mille dollars, Gator Bait
est un petit film de Hicksploitation/Survival
qui profite de ses faibles moyens financiers pour renforcer l'aspect
dégénéré des personnages et celui, crapoteux, de l'univers dans
lequel ils évoluent. Une sacrée galerie de personnages tous plus
dérangés les uns que les autres. Surtout du côté des Bracken et
des deux fils, véritables obsédés sexuels. Si Leroy a de bonnes
raisons de vouloir mettre la main sur Désirée depuis qu'elle lui a
littéralement coupé les couilles lors d'un viol, Pete n'est pas en
reste en terme de corruption puisqu'on le verra notamment tenter de
violer sa propre sœur Laura Lee (l'actrice Kacie Kippenbrock) vers
le début du récit ! Sous ses allures de petite production
fauchée manquant drastiquement de moyens techniques, Gator
Bait
demeure cependant l'un des films de Hicksploitation
parmi
les plus représentatifs du genre. Son grain dégueulasse, sa morale
viciée par la testostérone et la corruption, son interprétation
pas toujours très juste, son décor humide et infesté de bestioles
en tous genres (crocodiles, serpents, tatous, etc...), ses ploucs en
salopettes crasseuses ou encore sa bande musicale, entre folk sudiste
et country principalement constituée de banjo, de guitare et
d'harmonica, le long-métrage de Beverly et Ferd Sebastian est une
invitation assez saisissante dans l'univers plutôt oppressant des
rednecks
parmi les plus tordus de la planète ''Cinéma''.
Notons qu'une ''suite'' fut à nouveau signée en 1988 par Beverly et
Ferd Sebastion sous le titre Gator Bait
II: Cajun Justice et
traduite chez nous sous celui de La
Vengeance de la femme au serpent...
.png)
.png)
.png)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire