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mardi 24 septembre 2019

Marebito de Takashi Shimizu (2004) - ★★★★★★☆☆☆☆



Le cinéaste japonais Takashi Shimizu, créateur de la série de films d'horreur Ju-On et l'un des maîtres de la J-Horror revenait en 2004 avec ce qui demeure son œuvre la plus complexe. Ou du moins, celle qui reste à ce jour incomprise par une grande partie de la presse qui à sa seule évocation vocifère des propos plus ou moins justifiés. Heureusement qu'une partie du public, lui, a trouvé en ce curieux objet filmique non identifié, de quoi l'honorer de louanges salvatrices. À vrai dire, démarrer la filmographie du japonais en commençant par Marebito risque d'en faire fuir plus que de raison car plus qu'aucun autre de ses longs-métrages, celui-ci pose les jalons d'un cinéma d'épouvante qui n'aura malheureusement pas vraiment donné naissance à une franchise si ce n'est une certaine approche du média employé et sublimé l'année suivante à travers le très réussi Rinne.

Alors que le terme Marebito fait référence dans la tradition japonaise à un être surnaturel apportant la sagesse, la connaissance spirituelle et le bonheur, on ne peut pas dire que le cinéaste ait pris le sens du mot à la lettre car Marebito transpire tout sauf la joie et la pudicité. Dans un contexte urbain déshumanisé parfois proche du C.H.U.D que réalisa le cinéaste et monteur américain Douglas Cheek en 1984, le long-métrage de Takashi Shimizu est tout d'abord emprunt d'une solitude désarmante. Celle de son héros, incarné par l'acteur et réalisateur culte Shin'ya Tsukamoto, l'Âme du genre ''cyberpunk'' japonais qui donna naissance au légendaire Tetsuo et réalisa des œuvres aussi cultes que Tokyo Fist, Bullet Ballet ou le délirant Gemini.

Le héros que l'acteur incarne est à ce point obsédé par l'utilisation de la vidéo (son appartement est infesté de systèmes de surveillance et il ne le quitte jamais sans avoir avec lui un portable ou une caméra) et par l'étude des mécaniques débouchant sur la peur que l'on se demande tout au long de ces quatre-vingt dix minutes, dans quelles proportions ce à quoi est amené le spectateur à assister n'est pas le fruit de l'imagination débordante d'un psychopathe. Ici, et contre toute attente, Takashi Shimizu abandonne quelque peu son ''fond de commerce'' habituel puisque contrairement à ce que laisse paraître Marebito, la créature féminine que côtoie avec une certaine ambiguïté le héros Masuoka peut être davantage rapproché du vampire que du fantôme chevelu même si certains gimmicks propres au genre (distorsions et parasitage de l'image, apparitions spectrales) laissent supposer que l'on est en terrain connu. Le monde dans lequel va bientôt évoluer Masuoka, le poussant à enquêter sur le suicide d'un homme dans le métro tokyoïte, se situe dans un monde souterrain, parallèle, un village entouré de montagnes bâtit par des habitants vivant sous terre et où vit enchaînée F, une jeune femme blafarde et anémique qu'il va ramener chez lui et la nourrir de sang humain.

C'est à ce moment très précis que le spectateur sera poussé à s'interroger sur l'hypothétique folie d'un individu poussé au meurtre afin de nourrir sa protégée. Se noue alors une étrange relation entre F et Masuoka. Takashi Shimizu étoffe son récit en s'inspirant d'un manuscrit écrit par Richard Sharpe Shaver au milieu des années quarante intitulé A Warning to Future Man et dans lequel il fait intervenir des créatures monstrueuses nommées Deros. L'un des éléments laissant supposer la folie du héros intervient au moment même où est évoqué le fait qu'il cesse de suivre son traitement à base de Prozac. La réalité des faits n'étant jamais définitivement établie, Marebito vogue donc entre réalité et fantastique et s'insère dans un contexte social relativement trouble. L'inconfort général dû au traitement visuel et à un scénario brouillon abandonne le spectateur à une évaluation personnelle le guidant à faire sa propre analyse de la situation. On est donc face à un long-métrage expérimental très éloigné des canons du genre, l’œuvre de Takashi Shimizu pouvant alors être définie comme une étude clinique sur la solitude et la folie qui peut éventuellement découler sur une distorsion de la réalité. Marebito se révèle au final complexe à aborder et ses qualités difficiles à évaluer. Intriguant, dérangeant et unique en son genre...

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