Il y a cinq ou dix ans,
Extinction aurait été le genre de long-métrage dont
on aurait beaucoup espéré. Mais les œuvres de science-fiction
prenant pour cadre une invasion extraterrestre, une dystopie, ou bien
tout autre genre demeurant très à la mode actuellement étant
devenues bien trop monnaie courante, c'est toujours avec plaisir mais
sans réelle surprise que l'amateur se lancera dans l'aventure. Ce
point de vue est à mettre à la seule condition que le spectateur
ignore jusqu'à leur découverte, l'existence de faits antérieurs à
mettre sur le compte du cinéaste australien Ben Young. Pourquoi ?
Parce que Ben Young, justement, fut l'auteur deux ans auparavant d'un
incroyable Hounds of Love
dont
la caractérisation de son couple de psychopathes et de leur victime
demeurait l'un des points cruciaux d'un récit magnifiquement accompli.
D'où
le choc à la découverte de Extinction.
Comme si après avoir pris le soleil d'un été caniculaire, le
spectateur avait été immédiatement transporté en plein hiver et
jeté dans l'eau glaciale d'un fjord norvégien. La déception étant
à la mesure d'un tel 'coup
de fouet' thermique,
on se demande d'abord s'il ne s'agirait pas d'un homonyme. Car celui
qui signa en 2017 l'excellent Hounds of Love
,
ne peut se concevoir comme étant le Ben Young cuvée 2018,
transportant sous son bras un sujet pas tout à fait en or, mais
irrémédiablement gâché par son absence d'enjeux.
Désolé
pour les spoils qui suivent, mais merde. Comment Ben Young a-t-il pu
se laisser aller à de telles facilités en matière de mise en scène,
lui qui avait su renouveler le genre 'thriller'
avec un brio exceptionnel ? Extinction est
tout d'abord un long-métrage ayant mal digéré tout un tas
d'influences cinématographiques. De l'immonde Guerre
des Mondes
version Steven Spielberg, en passant par les
Terminator de
James Cameron, jusqu'à une foule de production de plus ou moins
grande ampleur mais à côté desquelles, le film de Ben Young se
vautre littéralement.
On
moque souvent les œuvre mettant en scènes des personnages
physiquement trop lisses. Des masses de blondes décérébrées et
délurées croisant la route de beaux gosses pas plus intelligents
que les 'nouvelle
stars'
qu'il vénèrent à travers des émissions d'une connerie sans nom.
Mais des héros et héroïnes toujours physiquement attrayants, même
si le spectateur n'a pas trop l'habitude d'en croiser au quotidien.
On les moque, donc, mais lorsqu'ils disparaissent au profit
d'individus manquant cruellement de charisme comme c'est le cas dans
Extinction,
on finit par les regretter. Ou sont donc passées nos belles plantes
et nos sculpturaux Adonis ? Disparus, remplacés, par des gens
comme vous et moi, Plus proches de nous, mais plus fades également.
Comme les a d'ailleurs décrit Ben Young. A moins qu'il ait tout
simplement oublié d'en donner une définition.
Le
récit tourne autour d'un couple et de leurs deux (très énervantes)
petites filles. LUI, fait de mauvais rêves dans lesquels notre
planète est envahie par des extraterrestres. Cauchemars ? Rêves
prémonitoires ? Ben Young semble avoir choisit la deuxième
option. Quoi de plus classique et d'ennuyeux ? Et quoi de plus
triste, surtout, que de réaliser plus tard que le film avait de
réels potentiels que le cinéaste n'a pas réussi (ou même tenté)
d'exploiter ?
Car
en effet, au delà de certaines incohérences (finalement justifiées
un peut plus tard dans le récit), Extinction
propose une alternative plutôt maline aux classiques cités plus
haut. Sauf que les dégâts scénaristiques collatéraux ont déjà
fait leur œuvre et que la suite ne pourra plus rattraper le retard
causé par une direction artistique convenue, et surtout, d'une
confondante laideur. Oui, Extinction
portait en lui les germes d'un air un peu moins vicié que celui
soufflé sur d'innombrables séries B de science-fiction
surexploitant à tour de bras des sujets dont l'originalité était
épuisée depuis des lustres.
Chaque
fois qu'un des aspects évoqués dans le film semble avoir été
totalement acquis, Ben Young nous rappelle qu'il ne faut pas se fier
aux apparences. Par exemple : lorsqu'il paraît évident que les
rêves du père de famille sont prémonitoires, on réalise en fait
qu'ils n'évoquent non pas le futur, mais le passé. Quelques bonnes
idées comme celle-ci tentent de sauver le film du naufrage, mais
sans vraiment y parvenir. Pas même cette idée pourtant excellente
d'inverser les rôles entre envahisseurs et terriens...
Malheureusement, les personnages manquant cruellement de
caractérisation et le sujet de profondeur (et ne parlons même pas
des effets-spéciaux dignes de Sy-fy),
Extinction
se révèle très vite ennuyeux malgré sa courte durée n'excédant
pas l'heure et demi. Le film de Ben Young devrait donc logiquement
décevoir ceux qui apprécièrent tout particulièrement Hounds
of Love
mais contentera la partie des spectateurs les moins exigeants. Un
long-métrage à l'origine directement diffusé sur la plate-forme
Netflix...
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