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jeudi 22 mai 2025

Get Away de Steffen Haars (2025) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Vous aimez The Wicker Man de Robin Hardy ? Alors peut-être détesterez-vous Get Away de Steffen Haars. Il s'agit de la seconde collaboration entre le réalisateur néerlandais et l'acteur britannique Nick Frost après Krazy House l'année dernière. Pour quelle raison peut-on comparer le film culte de Robin Hardy à celui de Steffen Haars ? Parce que dans un cas comme dans l'autre, l'intrigue se situe sur une île, au milieu d'une population on ne peut plus ''exotique'' et dont certains rites ancestraux mènent ses héros à vivre une expérience à laquelle ils n'étaient visiblement pas préparés. The Wicker Man demeure plus de cinquante ans après sa sortie comme l'une des œuvres horrifiques parmi les plus dérangeantes. Le genre d'expérience qui génère un profond malaise, surtout lorsque survient la terrible conclusion. Proche de son idée tout en s'en éloignant drastiquement lors du dernier acte, les auteurs du script de Get Away choisissent de traiter leur sujet de façon nettement moins anxiogène et par conséquent, beaucoup plus démonstrative en terme d'humour. Nick Frost n'étant bien évidemment pas étranger au mélange des genres puisque depuis Shaun of the Dead d' Edgar Wright qu'il interpréta notamment auprès de Simon Pegg en 2004, il n'a cessé de faire montre de son goût prononcé pour la comédie horrifique. Sauf qu'à force d'enfoncer toujours un peu plus profondément le clou dans le genre, le bonhomme finit par ne plus vraiment trouver l'inspiration. Et ce, même si à l'origine le script repose sur celui d'une œuvre qui au départ devait être titrée Svalta. Ils sont nombreux à s'être penchés sur l'écriture du scénario. Outre Simon Pegg et Nick Frost, l'on retrouve notamment les directeurs créatifs de Stolen Picture, James Serafinowicz et Nat Saunders. Il va sans doute falloir approfondir les recherches pour savoir dans quelles mesures les résumés dispersés sur la toile sont volontairement trompeurs afin de noyer le poisson auprès des spectateurs ou si l'amalgame entre le script de Svalta et celui qu'il prit sous sa forme finale pour Get Away fut intentionnel. En effet, si l'on se réfère à la plupart des sites et des plate-formes, le sujet tourne autour d'une famille installée sur une île et dans une demeure qu'ils ont louée avant d'apprendre qu'un tueur rôde aux alentours ! Sauf que, ben en fait, le script définitif servant de récit à Get Away est bien différent.


Si l'on retrouve effectivement Nick Frost, Aisling Bea, Sebastian Croft et Maisie Ayres dans les rôles respectifs de Richard, Susan, Sam et Jessie, l'on découvre rapidement qu'ils sont surtout confrontés aux habitants d'une île assez peu en accord avec l'idée d'accueillir sur leur territoire des étrangers. Surtout si ceux-ci sont d'origine britannique. Il y a deux cent ans, l’île de Svalta s'est isolée du reste du pays par crainte d'une pandémie. Alors que sur le continent celle-ci fut interrompue au bout de deux ans, sur Svalta elle continua bien plus longtemps. Les réserves de nourritures s'étant affaiblies, les habitants de l'île furent contraints de pratiquer le cannibalisme. C'est ainsi que depuis, tous les dix ans, est fêté le karantän. Une tradition très étrange que les personnages mettront en scène durant la seconde partie du long-métrage. De prime abord, Get Away est plutôt encourageant. Avec sa flopée de gueules cassées, inquiétantes, menaçantes, le spectateur se prépare à vive auprès des quatre membres de la famille anglaise un épisode rude de leur existence. Et pourtant, le tueur tant attendu n'apparaîtra pas à l'écran. Pas même sous les stupéfiants traits de Eero Milonoff, cet acteur d'origine finlandaise au visage très marquant et dont le personnage ne semble pas moins ambigu ! En réalité, l'on prend rapidement comme acquise l'idée que nos britanniques sont tombés dans un piège tendu par leur propriétaire Matts (qu'interprète justement Eero Milonoff). Et pourtant, un renversement de situatio va se produire après une très pénible première partie, transformant cette pâlotte comédie horrifique en festival gore. Pour être honnête, Get Away est raté ! On s'ennuie ferme durant une bonne partie de la projection et une fois atteint le twist, les débordements sanglants sont d'une tristesse et d'une banalité absolue. En outre, les auteurs osent massacrer le génial Run to the Hill du groupe de Hard Rock Iron Maiden en le charcutant. Et tout ça pourquoi ? Pour rien ! Dans l'univers de la comédie horrifique, Get Away est un coup d’épée dans l'eau. Sur fond de vengeance séculaire parfaitement incompréhensible dans son ensemble, l'humour ne fonctionne que trop rarement. Quant aux scènes d'horreur, elles sont rarement inspirées. Des dizaines de coups de couteaux répétitifs et, il est vrai, une jolie décapitation..... malheureusement trop vite expédiée. Visuellement ? Quelques jolis plans de l'île mais pour le reste, c'est bof, bof !

 

mercredi 25 octobre 2023

Mandrake de Lynne Davison, Lily C.A.T de Hisayuki Toriumi, Sauna d'Antti-Jussi Annila

 


 

Aujourd'hui, un petit melting-pot d’œuvres horrifiques récemment découvertes et qui valent très franchement le coup d’œil. On débute avec Mandrake, premier long-métrage de la réalisatrice originaire d'Irlande, Lynne Davison qui jusque là n'avait tourné qu'une dizaine de courts-métrages et une série télévisée. De par ses origines, le film bénéficie d'une aura dont n'aurait sans doute pas jouit une œuvre issue d'Outre-Atlantique et dont les légendes irlandaises nourrissent parfois l'imaginaire de certains cinéastes. Sans pouvoir irrévocablement affirmer que la réalisatrice se soit inspirée d'un quelconque récit issu de la mythologie gaélique, Mandrake est cependant parcouru de visions macabres qui n'ont d'autre explication que la sorcellerie. L'une des particularités du long-métrage de Lynne Davison est sa vision invariablement crépusculaire d'un récit pratiquement dénué de tout mystère enrobant l'antagoniste. Du moins, en ce qui concerne le caractère néfaste de son attitude. Tout juste le spectateur passera-t-il le plus clair du temps à se demander quels sont les enjeux pour cette vieille femme (Derbhle Crotty dans le rôle de Mary Laidlaw) qui après avoir passé trente années de son existence derrière les barreaux pour avoir assassiné son mari, se lance dans des rites païens et mortifères. Le titre du long-métrage fait directement référence à la mandragore, cette plante légendaire de forme humanoïde couvrant un large spectre historique et géographique. Si celle-ci n'est pas directement évoquée bien qu'étant physiquement représentée, la sorcière en question semble être ponctuellement accompagnée d'une créature hybride et se rapprochant d'un croisement entre l'homme et la végétation. Deirdre
Mullins incarne l'agent de probation Cathy Madden dont le rôle va être de suivre l'ancienne prisonnière durant son début de réinsertion. Lynne Davison ne ménage absolument pas ses effets et ose ''tuer'' deux jeunes enfants selon un rite obscure. Puissamment imagé,
Mandrake bénéficie d'une ambiance et de décors hypnotisant. L'atmosphère pesante et anxiogène permet au spectateur de maintenir un certain degré de concentration malgré un rythme relativement lent. Ce qui paraît alors être engourdi par des choix artistiques risqués n'en n'est que plus profitable. Le film évacue presque le concept de héros tant chaque interprète participe à part égale au déroulement de l'intrigue. Certains poncifs sans doute inévitables dans ce type de longs-métrages s'invitent au sabbat. Comme le fait que Cathy soit divorcée d'un homme (Paul Kennedy dans le rôle de Jason) à nouveau marié et détenteur des droits de garde de leur fils ou que la police semble être impuissante à agir face aux événements. Notons que Derbhle Crotty incarne une Mary Laidaw saisissante, caricature on ne peut plus crédible de la sorcière souvent décrite dans les témoignages et romans portant sur le sujet de la sorcellerie. Mandrake se déguste en milieu ou fin de soirée et pourquoi pas, au beau milieu de la nuit, seul et dans une totale obscurité. Une œuvre dotée d'une superbe photographie, d'une bande-son prégnante et qui prouve une nouvelle fois que la sorcellerie a encore de beaux jours à vivre dans les salles obscures...


Après l'Irlande, petit détour vers le Japon pour une œuvre étonnante qui intéressera sans doute en priorité les amateurs de science-fiction horrifique. À condition d'apprécier les films d'animation puisque c'est bien de cela dont il s'agit ici. Réalisé par Hisayuki Toriumi en 1987, Lily C.A.T est un véritable objet de curiosité puisque étant inspiré par au moins deux classiques du genre réalisés en 1979 et 1982. Le premier d'entre eux, celui qui dans de très grandes proportions semble avoir inspiré le cinéaste japonais, c'est Alien de Ridley Scott. Quant au second, il s'agit de The Thing de John Carpenter. Certains pourront arguer que l'un s'inspira à son époque de La planète des vampires du réalisateur italien Mario Bava tandis que l'autre n'aura fait qu'adapter en le modernisant sur grand écran, The Thing from Another World de Christian Nyby et Howard Hawks, lui-même inspiré du roman de John W. Campbell, Who Goes There?. Plus que la vague de Mockbusters réalisés dans les années quatre-vingt par d'opportunistes réalisateurs transalpins, Lily C.A.T, c'est du quasi copier-coller du long-métrage de Ridley Scott dans lequel l'on retrouve un vaisseau dont les membres sont chargés d'analyser les ressources naturelles d'autres planètes. La première partie est par contre originale puisqu'elle se concentre sur ce que l'on peut supposer avoir été l'objectif prioritaire des passagers du Nostromo. L'intrigue se déroule dans le courant du vingt-troisième siècle et alors que les membres du Saldes s'apprêtent à effectuer un long sommeil en étant plongés dans un état de cryogénie, un incident provoqué par l'impact d'un astéroïde qui
s'est retrouvé à l'intérieur du vaisseau remet le voyage en question. Tous les membres sont réveillés et bientôt, l'un d'entre eux est découvert étendu sur le sol, décédé. Visuellement,
Lily C.A.T reprend les sombres coursives du Nostromo, la présence d'un ordinateur de bord nommé ''Mother'', celle d'un personnage afro-japonais dont l'apparente similitude physique avec l'acteur Yaphet Kotto n'est sans doute pas qu'une coïncidence ainsi que celle d'un chat. Ce qui différencie le long-métrage d'animation de Hisayuki Toriumi de celui de Ridley Scott outre le fait qu'il s'agisse d'un dessin animé s'inscrit dans l'absence de créature de type xénomorphe physiquement commune avec celle créée par le plasticien suisse Hans Ruedi Giger la décennie précédente. Ici l'on a plutôt droit à un monstre de type polymorphe comme cela était le cas cinq ans auparavant avec The Thing. La ressemblance est frappante entre les deux classiques que le réalisateur aime malmener et son œuvre qui outre le fait qu'il les plagie se permet malgré tout quelques messages relativement profonds comme l'évocation des conséquences temporelles dues à la cryogénisation. N'étant pas féru de films d'animations, je ne saurais comment évaluer les qualités visuelles de Lily C.A.T. Disons qu'il se rapproche de ce que connurent les enfants et adolescents des années soixante-dix et quatre-vingt lorsque furent diffusés à la télévision française les dessins animés Albator 78 & 84, Goldorak ou encore Ulysse 31. Une curiosité...


Pour finir, nous prendrons place à bord d'un vol à l'aéroport de Tokyo pour atterrir quelques heures plus tard à plus de trois-mille kilomètres de là sur le sol finlandais afin d'y découvrir Sauna d'Antti-Jussi Annila. L'action se situe alors que la guerre entre la Russie et la Suède qui débuta en 1590 vient de s'achever. Eerik, son frère Knut et trois autres hommes sont envoyés afin de circonscrire de nouvelles frontières entre les deux nations. Après avoir fait une halte pour se restaurer chez un homme et sa fille, Eerik tue le père tandis que Knut enferme l'adolescente dans la réserve afin de la préserver de la mort. Une fois que les cinq hommes ont repris la route, ce dernier est hanté par des visions. En effet, il aperçoit à plusieurs reprises ce qui semble être le fantôme de la fille qu'il enferma mais que son frère avait promis de libérer avant leur départ. Pris de remords, Knut aimerait faire chemin inverse mais Eerik le convainc de continuer. Après plusieurs jours, les membres de la commission arrivent dans un petit village situé très exactement au centre d'un marais se situant lui-même au beau milieu de la nouvelle frontière. Eerik, Knut et les autres décident d'y faire une halte. Pour son second-long métrage deux ans après Le guerrier de Jade, Antti-Jussi Annila se penche sur une partie trouble de l'histoire scandinave et l'exploite sous un angle moins inattendu qu'il n'y paraît puisque la guerre semble désormais devoir être l'une des cibles du cinéma d'horreur et fantastique. À ce titre, précisons que Sauna n'est pas véritablement un film d'horreur à proprement parler. Plutôt une œuvre historique dont la forme est quelque peu horrifique effectivement. Son ambiance excessivement pesante, sa photographie et ses décors participent également au climat délétère auquel aucun plan ne semble devoir
échapper. L'intrigue paraît moins importante que le cadre dans lequel elle se situe. Une ambiance moite et mystérieuse et une énigme liée à une inquiétante bâtisse partiellement submergée sous les eaux saumâtres du marais. Le réalisateur finlandais multiplie les zones d'inconfort. Qu'il s'agisse des différents lieux parcourus par les protagonistes ou du comportement de ces derniers, le film baigne dans un climat de méfiance permanent renforcé par un grain et une colorimétrie qui accentuent le malaise. L'ambiance mystique de
Sauna le renvoie directement vers le remarquable Black Death que réalisera le britannique Christopher Smith deux ans plus tard et qui lui situait son action lors d'une épidémie de peste bubonique au cours du quatorzième siècle. Ville Virtanen campe un Eerik authentiquement flippant tandis que Tommi Eronen incarne son frère Knut. Outre Viktor Klimenko, Rain Tolk et Kari Ketonen qui les accompagne l'on retrouve Sonja Petäjäjärvi qui pour son tout premier rôle à l'écran interprète l'androgyne Poika. Sans effets outranciers, Sauna s’intéresse finalement moins au contexte historique qu'il abandonne quasiment dès l'arrivée de la commission au village qu'au mystère qui entoure le village, ses habitants et le sauna. Sur la base d'un scénario écrit par Iiro Küttner dont la carrière débuta en 1992 avec l'écriture du script du Fils Prodigue de Veikko Aaltonen, Sauna bénéficie de dialogues méticuleusement étudiés bien que demeurant parfois obscures. Une œuvre qui tout comme Mandrake se vivra dans des conditions similaires. Remarquable...

 

lundi 22 novembre 2021

Knackningar de Frida Kempff (2021) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Émouvant, oppressant et même, cauchemardesque... Knackningar de la réalisatrice suédoise Frida Kempff n'est rien moins que l'une des plus grosses sensations de cette année 2021. Une expérience à la lisière de la folie, entre Le locataire de Roman Polanski et Schizophrenia de Gerald Kargl. L'autopsie d'un traumatisme insurmontable. Un premier long-métrage choc signé d'une spécialiste du documentaire qui fait preuve dans le cas présent d'une sensibilité accrue, aidée en cela par Cecilia Milocco, l'extraordinaire interprète de ce Knackningar qui vous empêchera peut-être de fermer l’œil les prochaines nuits. Une expérience aussi difficile que nécessaire pour bien comprendre les rouages d'un trouble psychotique dévorant littéralement le cerveau d'une femme ayant vécu la perte de celle qu'elle aimait. Mais aussi un thriller diablement mené qui laisse supposer la présence à l'étage supérieur de l'immeuble dans lequel l'héroïne Molly vient de s'installer, d'une femme retenue en captivité. Se pose alors la question de savoir si la nouvelle locataire est le témoin ''privilégié'' d'un fait divers dont les autorités ne voudront pas entendre parler bien longtemps ou si les bruits qu'entend Molly ne sont que le fruit de son imagination. Sur un rythme tout d'abord assez lent, voire pesant, Frida Kempff développe une intrigue reposant sur un scénario écrit par Emma Broström et adapté de la nouvelle de Johan Theorin. Un concept simple, déjà très certainement exploité à de nombreuses occasions mais qui dans le cas présent bénéficie d'un travail de mise en scène absolument bluffant. Peut-être devrions-nous y voir la sensibilité d'une femme pour avoir si bien mis en lumière Cecilia Milocco et son personnage de Molly bien que l'atmosphère qui se dégage en grande partie de Knackningar ne devrait au départ logiquement séduire que les amateurs de frissons. Mais si le long-métrage de Frida Kempff peut se concevoir comme un authentique film d'épouvante, il s'agit ici davantage de maltraiter le système nerveux du spectateur plutôt que de provoquer chez lui un quelconque dérèglement au niveau de l'estomac ou du rythme cardiaque. Quoique pour ce dernier, il est encore possible d'en douter...


Ici, pas de sensations qui mènent véritablement à la nausée. Pas la moindre scène d'horreur. Ou alors, psychologique. Tout juste une blessure, quelques gouttes de sang et une tâche au plafond qui rappelle furieusement le trou dans le mur de l'appartement du Locataire. Au pire l'on ressentira une légère impression de vertige devant la descente aux enfers d'une Molly qui ne peut s'empêcher de sombrer. Le désespoir et le pessimisme s'emparent du récit et font froid dans le dos comme pu le faire à son époque la glaçante série Noires sont les galaxies. Même climat d'austérité. Mais main glaçante se posant sur notre nuque. La solitude de l'héroïne nous étreint. Comment ne pas avoir envie de la prendre dans nos bras, si fragile semble-t-elle être ? L'interprétation de Cecilia Milocco est au plus juste et plutôt que d'apparaître uniquement comme l'inquiétante victime d'un trouble psychotique, son personnage s'avère avant tout autre chose, terriblement émouvant. Attachant, même. La réalisatrice suédoise cultive une certaine ambiguïté par rapports aux personnages secondaires que constituent les locataires de l'immeuble. Un profond sentiment d'abandon et d'isolement se dégage également du récit, les autorités policières étant ici montrées du doigt pour leur insensibilité et leur inactivité. Si le récit démarre tranquillement avec le sentiment d'être devant une œuvre ''bergmannienne'', le ton change peu à peu et Knackningar développe un réel sentiment de paranoïa accentué par la glaçante partition musicale du compositeur danois Martin Dirkov. Filmé principalement de nuit, dans et aux alentours d'une tour HLM, Knackningar glace les sangs et nous envahi de tout un panel d'émotions. Une grande et belle expérience de cinéma, tantôt suggestive, tantôt démonstrative...

 

mercredi 10 avril 2019

Det Vita Folket de Lisa Aschan (2015) - ★★★★★★☆☆☆☆



Après une ouverture énigmatique dans ce qui deviendra le lieu principal du récit de Det Vita Folket, la réalisatrice suédoise Lisa Aschan enferme son héroïne, Alex, dans un complexe à l'intérieur duquel des clandestins, hommes et femmes, attendent d'être expulsés vers leur pays d'origine. Pour ne rien arranger, la cinéaste entoure l'édifice d'un mystère qui demeurera jusqu'au générique final, laissant le public avec une foule de questions qui resteront sans réponses. Si l'on peut supposer de prime abord que le cadre se situe en Suède, au vu des origines suédoises de la cinéaste et de sa principale interprète Vera Vitali, rien ne vient forcément corroborer cette impression à part ces vastes plaines d'un blanc immaculé au point de confondre la frontière qui sépare logiquement terre et ciel.
Derrière les murs d'un édifice glaçant comme les rigueurs d'un l'hiver qui persiste à recouvrir les terres de son blanc manteau, des hommes, mais aussi des femmes, prisonniers involontaires d'une institution qui chasse systématiquement l'étranger hors de son territoire. Alex est l'une d'entre elles. Et tout comme elle, les autres ont oublié le principe même du bonheur, ne camouflant même plus leur peine derrière un fard dérisoire. L’œuvre de Lisa Aschan est une complainte permanente, triste, et surtout lancinante au point même d'être jugée parfois d'ennuyeuse. Et c'est vrai que le l'intrigue imprime un rythme amorphe. De ceux qui découragent les plus impatients.

Det Vita Folket explore la part sombre de l'humanité. Une humanité sans presque aucune âme, aussi froide que les murs qui renferment ces êtres perdus dans un pays qui n'est pas le leur. Mais alors que le film de Lisa Auschan n'aurait pu être qu'une critique punitive de cet état de fait, la cinéaste développe une intrigue sous-jacente encore plus noire que celle de la simple clandestine en attente d'être renvoyée dans un foyer qu'elle ne possède d'ailleurs pas dans son pays d'origine. Alors même qu'une question demeure quant à la disparition de l'une des prisonnières (qui n'est âgée que d'une dizaine d'années puisqu'on découvrira que même les enfants sont victimes de l'enfermement), on découvre la vérité dans toute sa terrible et immense amoralité : ces hommes et ces femmes perdant tout ou part de leur identité le jour même de leur arrestation, et ne faisant par conséquent pas partie de la société du pays qui les a « accueillis », on s'octroie le droit d'enlever une gamine, de l'enfermer dans une geôle souterraine lugubre dans l'espoir, pourquoi pas, d'en faire l'enfant d'une gardienne de prison vieillissante qui n'a jamais eu la chance d'être mère.

Aux cotés de l'actrice suédoise Vera Vitali, on a le plaisir de retrouver le burkinabé Issaka Sawadogo que l'on pu notamment découvrir dans le Samba de Eric Toledano et Olivier Nakache. En directrice inflexible et froide comme la mort qui rappellera dans une moindre mesure la monstrueuse infirmière Mildred Ratched (l'actrice Louise Fletcher) du formidable Vol au Dessus d'un nid de Coucou de Milos Forman, on découvre une Pernilla August impeccable. Det Vita Folket risque de fortement déconcerter les amoureux de blockbusters et de films d'action. Quant aux autres, qu'ils profitent de vent frais (et glacial) qui nous vient de Scandinavie. Loin de l'humour cinglant auquel ce cinéma nous avait habitués, mais intéressant tout de même...
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