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mercredi 25 octobre 2023

Mandrake de Lynne Davison, Lily C.A.T de Hisayuki Toriumi, Sauna d'Antti-Jussi Annila

 


 

Aujourd'hui, un petit melting-pot d’œuvres horrifiques récemment découvertes et qui valent très franchement le coup d’œil. On débute avec Mandrake, premier long-métrage de la réalisatrice originaire d'Irlande, Lynne Davison qui jusque là n'avait tourné qu'une dizaine de courts-métrages et une série télévisée. De par ses origines, le film bénéficie d'une aura dont n'aurait sans doute pas jouit une œuvre issue d'Outre-Atlantique et dont les légendes irlandaises nourrissent parfois l'imaginaire de certains cinéastes. Sans pouvoir irrévocablement affirmer que la réalisatrice se soit inspirée d'un quelconque récit issu de la mythologie gaélique, Mandrake est cependant parcouru de visions macabres qui n'ont d'autre explication que la sorcellerie. L'une des particularités du long-métrage de Lynne Davison est sa vision invariablement crépusculaire d'un récit pratiquement dénué de tout mystère enrobant l'antagoniste. Du moins, en ce qui concerne le caractère néfaste de son attitude. Tout juste le spectateur passera-t-il le plus clair du temps à se demander quels sont les enjeux pour cette vieille femme (Derbhle Crotty dans le rôle de Mary Laidlaw) qui après avoir passé trente années de son existence derrière les barreaux pour avoir assassiné son mari, se lance dans des rites païens et mortifères. Le titre du long-métrage fait directement référence à la mandragore, cette plante légendaire de forme humanoïde couvrant un large spectre historique et géographique. Si celle-ci n'est pas directement évoquée bien qu'étant physiquement représentée, la sorcière en question semble être ponctuellement accompagnée d'une créature hybride et se rapprochant d'un croisement entre l'homme et la végétation. Deirdre
Mullins incarne l'agent de probation Cathy Madden dont le rôle va être de suivre l'ancienne prisonnière durant son début de réinsertion. Lynne Davison ne ménage absolument pas ses effets et ose ''tuer'' deux jeunes enfants selon un rite obscure. Puissamment imagé,
Mandrake bénéficie d'une ambiance et de décors hypnotisant. L'atmosphère pesante et anxiogène permet au spectateur de maintenir un certain degré de concentration malgré un rythme relativement lent. Ce qui paraît alors être engourdi par des choix artistiques risqués n'en n'est que plus profitable. Le film évacue presque le concept de héros tant chaque interprète participe à part égale au déroulement de l'intrigue. Certains poncifs sans doute inévitables dans ce type de longs-métrages s'invitent au sabbat. Comme le fait que Cathy soit divorcée d'un homme (Paul Kennedy dans le rôle de Jason) à nouveau marié et détenteur des droits de garde de leur fils ou que la police semble être impuissante à agir face aux événements. Notons que Derbhle Crotty incarne une Mary Laidaw saisissante, caricature on ne peut plus crédible de la sorcière souvent décrite dans les témoignages et romans portant sur le sujet de la sorcellerie. Mandrake se déguste en milieu ou fin de soirée et pourquoi pas, au beau milieu de la nuit, seul et dans une totale obscurité. Une œuvre dotée d'une superbe photographie, d'une bande-son prégnante et qui prouve une nouvelle fois que la sorcellerie a encore de beaux jours à vivre dans les salles obscures...


Après l'Irlande, petit détour vers le Japon pour une œuvre étonnante qui intéressera sans doute en priorité les amateurs de science-fiction horrifique. À condition d'apprécier les films d'animation puisque c'est bien de cela dont il s'agit ici. Réalisé par Hisayuki Toriumi en 1987, Lily C.A.T est un véritable objet de curiosité puisque étant inspiré par au moins deux classiques du genre réalisés en 1979 et 1982. Le premier d'entre eux, celui qui dans de très grandes proportions semble avoir inspiré le cinéaste japonais, c'est Alien de Ridley Scott. Quant au second, il s'agit de The Thing de John Carpenter. Certains pourront arguer que l'un s'inspira à son époque de La planète des vampires du réalisateur italien Mario Bava tandis que l'autre n'aura fait qu'adapter en le modernisant sur grand écran, The Thing from Another World de Christian Nyby et Howard Hawks, lui-même inspiré du roman de John W. Campbell, Who Goes There?. Plus que la vague de Mockbusters réalisés dans les années quatre-vingt par d'opportunistes réalisateurs transalpins, Lily C.A.T, c'est du quasi copier-coller du long-métrage de Ridley Scott dans lequel l'on retrouve un vaisseau dont les membres sont chargés d'analyser les ressources naturelles d'autres planètes. La première partie est par contre originale puisqu'elle se concentre sur ce que l'on peut supposer avoir été l'objectif prioritaire des passagers du Nostromo. L'intrigue se déroule dans le courant du vingt-troisième siècle et alors que les membres du Saldes s'apprêtent à effectuer un long sommeil en étant plongés dans un état de cryogénie, un incident provoqué par l'impact d'un astéroïde qui
s'est retrouvé à l'intérieur du vaisseau remet le voyage en question. Tous les membres sont réveillés et bientôt, l'un d'entre eux est découvert étendu sur le sol, décédé. Visuellement,
Lily C.A.T reprend les sombres coursives du Nostromo, la présence d'un ordinateur de bord nommé ''Mother'', celle d'un personnage afro-japonais dont l'apparente similitude physique avec l'acteur Yaphet Kotto n'est sans doute pas qu'une coïncidence ainsi que celle d'un chat. Ce qui différencie le long-métrage d'animation de Hisayuki Toriumi de celui de Ridley Scott outre le fait qu'il s'agisse d'un dessin animé s'inscrit dans l'absence de créature de type xénomorphe physiquement commune avec celle créée par le plasticien suisse Hans Ruedi Giger la décennie précédente. Ici l'on a plutôt droit à un monstre de type polymorphe comme cela était le cas cinq ans auparavant avec The Thing. La ressemblance est frappante entre les deux classiques que le réalisateur aime malmener et son œuvre qui outre le fait qu'il les plagie se permet malgré tout quelques messages relativement profonds comme l'évocation des conséquences temporelles dues à la cryogénisation. N'étant pas féru de films d'animations, je ne saurais comment évaluer les qualités visuelles de Lily C.A.T. Disons qu'il se rapproche de ce que connurent les enfants et adolescents des années soixante-dix et quatre-vingt lorsque furent diffusés à la télévision française les dessins animés Albator 78 & 84, Goldorak ou encore Ulysse 31. Une curiosité...


Pour finir, nous prendrons place à bord d'un vol à l'aéroport de Tokyo pour atterrir quelques heures plus tard à plus de trois-mille kilomètres de là sur le sol finlandais afin d'y découvrir Sauna d'Antti-Jussi Annila. L'action se situe alors que la guerre entre la Russie et la Suède qui débuta en 1590 vient de s'achever. Eerik, son frère Knut et trois autres hommes sont envoyés afin de circonscrire de nouvelles frontières entre les deux nations. Après avoir fait une halte pour se restaurer chez un homme et sa fille, Eerik tue le père tandis que Knut enferme l'adolescente dans la réserve afin de la préserver de la mort. Une fois que les cinq hommes ont repris la route, ce dernier est hanté par des visions. En effet, il aperçoit à plusieurs reprises ce qui semble être le fantôme de la fille qu'il enferma mais que son frère avait promis de libérer avant leur départ. Pris de remords, Knut aimerait faire chemin inverse mais Eerik le convainc de continuer. Après plusieurs jours, les membres de la commission arrivent dans un petit village situé très exactement au centre d'un marais se situant lui-même au beau milieu de la nouvelle frontière. Eerik, Knut et les autres décident d'y faire une halte. Pour son second-long métrage deux ans après Le guerrier de Jade, Antti-Jussi Annila se penche sur une partie trouble de l'histoire scandinave et l'exploite sous un angle moins inattendu qu'il n'y paraît puisque la guerre semble désormais devoir être l'une des cibles du cinéma d'horreur et fantastique. À ce titre, précisons que Sauna n'est pas véritablement un film d'horreur à proprement parler. Plutôt une œuvre historique dont la forme est quelque peu horrifique effectivement. Son ambiance excessivement pesante, sa photographie et ses décors participent également au climat délétère auquel aucun plan ne semble devoir
échapper. L'intrigue paraît moins importante que le cadre dans lequel elle se situe. Une ambiance moite et mystérieuse et une énigme liée à une inquiétante bâtisse partiellement submergée sous les eaux saumâtres du marais. Le réalisateur finlandais multiplie les zones d'inconfort. Qu'il s'agisse des différents lieux parcourus par les protagonistes ou du comportement de ces derniers, le film baigne dans un climat de méfiance permanent renforcé par un grain et une colorimétrie qui accentuent le malaise. L'ambiance mystique de
Sauna le renvoie directement vers le remarquable Black Death que réalisera le britannique Christopher Smith deux ans plus tard et qui lui situait son action lors d'une épidémie de peste bubonique au cours du quatorzième siècle. Ville Virtanen campe un Eerik authentiquement flippant tandis que Tommi Eronen incarne son frère Knut. Outre Viktor Klimenko, Rain Tolk et Kari Ketonen qui les accompagne l'on retrouve Sonja Petäjäjärvi qui pour son tout premier rôle à l'écran interprète l'androgyne Poika. Sans effets outranciers, Sauna s’intéresse finalement moins au contexte historique qu'il abandonne quasiment dès l'arrivée de la commission au village qu'au mystère qui entoure le village, ses habitants et le sauna. Sur la base d'un scénario écrit par Iiro Küttner dont la carrière débuta en 1992 avec l'écriture du script du Fils Prodigue de Veikko Aaltonen, Sauna bénéficie de dialogues méticuleusement étudiés bien que demeurant parfois obscures. Une œuvre qui tout comme Mandrake se vivra dans des conditions similaires. Remarquable...

 

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