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samedi 22 septembre 2018

Ghost Dog: The Way of the Samurai de Jim Jarmusch (1999)



Pour son septième long-métrage Ghost Dog: The Way of the Samurai, le cinéaste américain Jim Jarmusch choisissait une voie très particulière en mêlant culture japonaise, hip-hop, et gangstérisme. Incarné par l'emblématique acteur Forest Withaker, Ghost Dog se pose en apôtre de la 'Zen Attitude', celle de son personnage principal, alors qu'il est lui-même confronté à un monde fait de violence. Le 'Ghost Dog', c'est ce tueur à gages invisible dont seul son 'Maître' connaît le visage. Rescapé d'une mort certaine huit ans auparavant, il voue pour celui qui l'a sauvé, un respect sans limites. Le 'Ghost Dog' est un samouraï des temps modernes qui ne vit non pas au temps du Japon Féodal dans le pays d'origine de cette classe guerrière qui le dirigea entre le douzième et le dix-septième siècle, mais à la toute fin des années quatre-vingt dix, époque où Jim Jarmusch tourna son film. Capable de tendresse envers ses dizaines de pigeons voyageurs (le personnage incarné par Forest Withaker préfère en effet utiliser un mode de transmission de messages remontant à l'antiquité) tout comme de commettre des assassinats sur contrats avec un naturel déconcertant, le 'Ghost Dog' étudie depuis le sauvetage dont il a bénéficié de la part de Louie, un membre de la Mafia italienne, l'Hagakure, qui est un ouvrage spirituel à l'attention du guerrier tel qu'il se définie lui-même.

A contrario, le 'Ghost Dog' est capable de faire des concessions au monde moderne. Car si ce marginal qui ne vit non pas dans la rue mais sur le toit d'un immeuble sur lequel il a installé son propre pigeonnier s'entraîne au sabre, c'est armé d'un flingue et d'un silencieux qu'il élimine ceux que son maître lui demande d'assassiner. Autre concession faite au monde moderne : l'utilisation d'un gadget électronique lui permettant d'ouvrir des serrures (portails, voitures...). Mais à part ces quelques incartades, le 'Ghost Dog' vit tel un ascète, n'exécutant que les tâches qui lui incombent pour survivre puisqu'il faut bien se nourrir. L'histoire de Ghost Dog: The Way of the Samurai aurait tout aussi bien pu s'arrêter à ces quelques considérations existentielles mais le cinéaste en décide autrement.

Car faut-il le rappeler, l’œuvre de Jim Jarmusch s'inscrit également dans le contexte du polar noir. Et même si l'humour y est étonnamment présent, l'affaire qui intéresse ici les protagonistes se révèle particulièrement sombre. En effet, après avoir honoré son dernier contrat, le 'Ghost Dog' est désormais traqué par ceux-là même qui l'on employé. Payé pour tuer un ancien collaborateur de Ray Vargo, l'un des grands pontes de la Mafia italienne, il a laissé derrière lui un témoin. Et ce témoins n'est autre que la fille de Vargo, Louise. Une faute grave qui ne servira en réalité que de prétexte aux membres de la Mafia pour faire éliminer le témoin gênant qu'est devenu le 'Ghost Dog'.

Le casting accompagnant Forest Withaker est on ne peut plus hétéroclite puisque à ses côtés, nous découvrons notamment la présence de l'acteur Henry Silva, habitué à des rôles de bandits, ainsi que l'acteur ivoirien Isaac de Bankolé, désormais basé à New York, mais que le public français découvrit dans un certain nombre de longs-métrages tournés dans l'hexagone dans les années quatre-vingt: L'Addition de Denis Amar en 1984, Les Keufs de Josiane Balasko en 1987, ou encore Vanille Fraise de Gérard Oury en 1989. Ghost Dog: The Way of the Samurai est une excellente surprise. Entre certains de ses aspects plutôt contemplatifs et l'intrigue tournant autour de la Mafia italienne, Jim Jarmusch compose une œuvre profondément touchante, incarnée par un Forest Whitaker lumineux. Un bijou...

mercredi 7 février 2018

The King of New York d'Abel ferrara (1990) - ★★★★★★★★★★



Accompagnant un Bad Lieutenant qu'il signera deux ans plus tard en 1992, en ajoutant même The Addiction réalisé en 1995, le cinéaste new-yorkais Abel Ferrara mettait en scène en 1990 un The King of New York ouvrant le bal d'une trilogie d'une exceptionnelle qualité. En fait de trilogie, il faudrait en réalité inscrire à la liste des hommages rendus à un cinéaste underground à sa ville natale, une bonne majorité de ses longs-métrages, à commencer par le crapoteux Driller Killer, jusqu'à certaines de ses dernières œuvres signée dans le courant des années 2000 en passant par Fear City ou encore MS.45. The King of New York est de ces longs-métrages qui à la sortie de leur projection demande quelques instants pour sortir totalement du contexte dans lequel ont été plongés durant plus de cent minutes ses personnages ainsi que les spectateurs. Accompagné des fidèles Nicholas St. John au scénario et de Joe Delia à la bande-son, le cinéaste originaire du Bronx signe une œuvre dont l'intensité dramatique culmine lors d'expositions nocturnes sublimées par la photographie du monténégrin Bojan Bazelli. La noirceur de l'intrigue et le désespoir dans lequel baigne le récit ouvre des perspectives à un Abel Ferrara coutumier du fait et qui installera au panthéon du film policier nihiliste, un Bad Lieutenant crépusculaire.

Le roi de son New-York, de cette cité à laquelle est demeuré fidèle Abel Ferrara, sort de prison, déchu de son titre depuis sa cellule par des organisations criminelles mexicaines ou chinoises qui ont su profiter de son absence pour mettre la main sur le trafic de drogue vérolant une cité où les enfants ne sont pas les dernières des victimes. De la poudre blanche, d'abord, mais également de la prostitution. Une vision que ne partage pas Franck White, admirablement interprété par Christopher Walken dans l'un de ses meilleurs rôles. En total décalage, le spectateur assiste à la reconquête d'un territoire par un individu qui, accompagné de ses fidèles lieutenants (dont le génial Laurence Fishburne, dans la peau de Jimmy Jump), dessoude un à un ses principaux rivaux. Face à cette montée de la violence dont Franck a la judicieuse idée d'expliquer au flic Roy Bishop (excellent Victor Argo) que durant son incarcération, elle n'a pas cessé d'augmenter, Abel Ferrara oppose un flic tenté de se corrompre lui-même devant l'inefficacité de la justice acceptant l'argent sale de Franck contre la libération de Jimmy et de ses hommes de main.

The King of New York possède une force incroyable. Sa mise en scène, l'interprétation, la photographie ainsi que la bande-son en font un monument glaçant, jamais opportuniste (chaque action étant légitimée), mais que d'aucun pourra juger de partiale dans le portrait d'un Franck Black érigé en héros comme le sera le flic corrompu de Bad Lieutenant. D'ailleurs, en regardant bien, sous certains aspects, les destins de ces deux héros de fiction possèdent des trajectoires à peine distinctes. Deux lignes parallèles opposant le flic à la vermine, deux individus poussés par une volonté semblable de réussite, avec plus ou moins d'ambition (entre les paris ratés de l'un et la conquête du réseau de drogue de l'autre), mais une réussite fort inégale puisque à sens unique. Abel Ferrara ne voulant apparemment pas faire l'éloge ou l'apologie de l'un ou de l'autre, il leur réservera un sort similaire. Christopher Walker y est formidable de justesse et de charisme, affichant un visage blafard qui ne cessera de s'assombrir à l'image du récit. Le cinéaste lui oppose un David Caruso auquel le spectateur demeurera éminemment plus réceptif envers le personnage de Dennis Gilley qu'à son amorphe interprétation de flic de la police scientifique de la série télévisée Les Experts Las Vegas. Vengeance, trahison, exécutions sommaires ou bien gunfights sous perfusion de musique rap, The King of New York est l'un des trois plus grandes œuvres de leur auteur. Une magistrale leçon de cinéma... a voir, à revoir, encore et encore...
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