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dimanche 1 mai 2022

Mort sur le Nil de Kenneth Branagh (2022) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Une quarantaine d'années après que le réalisateur américain John Guillermin ait mis en scène l'adaptation cinématographique de l'un des plus célèbres ouvrages de la romancière britannique Agatha Christie, ce fut au tour du réalisateur kenneth Branagh d'en proposer une version nettement plus intéressante que celle qu'il proposa en 2017 du Crime de l'Orient Express. Le film dont on parle ici concerne évidemment Mort sur le Nil qui plutôt que de scrupuleusement suivre les faits tels qu'ils furent relatés dans le roman éponyme ou à travers son adaptation datant de 1978, se permettent quelques libertés. Le réalisateur, scénariste et producteur qui incarnait déjà le rôle du détective Hercule Poirot dans sa précédente adaptation explique d'emblée la signification de cette belle paire de moustaches en croc qui demeurent aussi célèbres que l'homme qui les porte. Une explication qui demeure bien différente de celle d'Agatha pour qui cet attribut fut d'abord un apparat permettant à Hercule Poirot de scruter les suspects et ainsi les manipuler une fois qu'il eu donné l'opportunité à ceux-ci de rire de lui. Pour Kenneth Branagh, leur signification sera bien plus dramatique puisqu'en ouverture de son Mort sur le Nil situant tout d'abord son action lors de la première guerre mondiale, il sera gravement mutilé au visage. Sa femme Katerine l'encouragera alors vivement à se faire pousser la moustache afin de camoufler ses terribles blessures... Lesquelles, sommes-nous contraints de le préciser, couvrent à l'origine le philtrum (partie située entre le bas du nez et la lèvre supérieure) ainsi que la joue droite dans une grande proportion. À ce titre, il aurait été de bon ton que l'histoire nous révèle le nom du chirurgien du détective puisque deux décennies plus tard, Hercule Poirot réapparaît nanti de ses fameuses moustaches (qui ne couvrent donc que le dessus de sa bouche et ne débordent que de très peu sur ses joues), sa joue droit ayant miraculeusement guéri au point de n'avoir conservé aucune séquelle physique des blessures qui lui furent infligées en 1914...


Ce que l'on retiendra davantage de ces premières séquences, entre le front et l'arrivée du détective dans un bar de Londres où se rencontreront la plupart des protagonistes du récit, sera ce très beau noir et blanc flingué par des d'épouvantables CGI (l'explosion) puis des décors, des costumes et une bande musicale qui entrent parfaitement dans le contexte chronologique du récit. Situant ensuite son action entre l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient, soit en Égypte, sur le Nil, ses berges et dans deux des plus majestueux sites du pays dans son versant Antique (les pyramides de Gizeh puis un peu plus tard, l'impressionnant Temple d'Abou Simbel), le récit reprend le déroulement de l’œuvre de John Guillermin que j'ai choisi en priorité de prendre comme référence plutôt que le roman d'Agatha Christie. C'est un fait, mais celles et ceux qui ont encore en mémoire le casting de 1978 devront accepter la présence d'interprètes qui n'auront cette fois-ci pas toujours le même charisme ou la même ''présence à l'écran'' qu'un George Kennedy dans le rôle de l'avocat et oncle de Linnet Ridgeway, Andrew Pennington (remplacé ici par l'acteur indien Ali Fazal qui dans le cas présent interprète désormais le rôle d'Andrew Katchadourian) ou qu'une Angela Lansbury qui dans le rôle de Salome Otterbourne était très clairement sous l'emprise de l'alcool tandis que l'actrice afro-britannique Sophie Okonedo édulcore quelque peu cet aspect de sa personnalité dans cette version 2022. Moins intimiste que dans la version de 1978, cela est en partie dû au fait que le Karnak, nom auquel est donné le bateau comme dans le film de John Guillermin (lequel fut à l'origine inspiré à Agatha Christie par un authentique engin à vapeur connu sous le nom de Steam Ship Sudan) est nettement plus imposant que l'original...


Accueillant de plus tout un tas de personnel employé à son fonctionnement, l'intimité y est forcément moins prononcée et l'environnement moins restreint. Un détail au regard de séquences entièrement tournées aux Longcross Studios dans le Surrey, non loin de Londres, lesquels font la part belle à la luxuriance. Comme de coutume, chaque passager est décrit comme un suspect potentiel. Celui non pas d'un meurtre unique, mais de plusieurs comme nous le découvrirons au fil de l'intrigue. Lourde est alors la charge du détective, contraint de résoudre un mystère qui, des décennies plus tard, demeure toujours aussi passionnant. Non dénué de défauts (la révélation finale est on ne peut plus bâclée), Mort sur le Nil version 2022 possède par contre de nombreux atouts qui dépassent de loin la bande musicale (parfois trop envahissante) les costumes ou les décors égyptiens particulièrement enchanteurs. On l'oublie parfois trop rapidement mais des thématiques comme l'homosexualité étaient sobrement évoquées dans l’œuvre originale tandis qu'en 2022, la chose est déjà désignée de manière beaucoup plus frontale. Et lorsque est inscrite une telle démarche, celle qui veut que l'on évoque également le racisme n'est jamais très loin. Maintenant, à chacun de se faire sa propre opinion. Concernant le casting, entre pros et anti, choisir entre Peter Ustinov et Kenneth Branagh, Mia Farrow et Emma Mackey (plutôt insignifiante en comparaison), Bette Davis (exceptionnelle, comme toujours) et Jennifer Saunders ou Jack Warden et Russell Brand paraîtra sans doute comme une évidence pour les plus anciens. Nous noterons tout de même que Kenneth Branagh parvient à humaniser son personnage en le sortant de son image de détective strictement fictif. Sans parvenir à faire oublier le long-métrage de John Guillermin, le réalisateur britannique réalise cependant une mouture très convenable qui, malheureusement, retombe comme un soufflé au moment crucial de révéler l'identité du tueur...

 

lundi 14 juin 2021

Into the Dark : The Body de Paul Davis & Culture Shock de Gigi Saul Guerrero

 


 

La jeunesse américaine et son exubérance. Un débordement de créativité, de luxuriance et de dépravation telles que Jack Baker (Ray Santiago) et ses invités Alan Morgan Adam (David Hull), Dorothy (Aurora Perrineau) et Nick (Harvey Guillén) ne se rendent même pas compte que le tueur à gages que ces trois derniers ont rencontré dans la rue avant de l'inviter chez leur hôte pour une sympathique soirée de débauche, est un assassin. Les jeunes du quartier fêtent tous ensemble Halloween et fort logiquement, ceux qui croisent Wilkes (Tom Bateman) en chemin n'imaginent pas un seul instant que le cadavre qu'il traîne derrière lui puisse être autre chose qu'un mannequin. Comme l'on s'en doute, la machinerie parfaitement huilée va être grippée au cours de la soirée. Nos adolescents, parmi lesquels Dorothée s'intéresse tout particulièrement au tueur à gages, vont découvrir que le faux cadavre est en réalité, le corps bien réel d'un homme que Wilkes a eu la mission d'assassiner plus tôt dans la soirée... The Body de Paul Davis est le tout premier épisode de la série anthologique Into the Dark dont la première diffusion aux États-Unis a eu lieu non pas sur une chaîne de télévision mais au Writers Guild Theater où les critiques l'on accueilli relativement froidement. Ce qui n'enlève fort heureusement absolument rien au charme de cet épisode plus drôle que véritablement angoissant. Tom Bateman y interprète donc un tueur à gages sans émotions autres que le cynisme dont il se pare. Face à cette indifférence devant l'acte meurtrier qui, rassurez-vous aura son explication un peu plus loin, le réalisateur et le scénariste Paul Fischer accentuent l'inhumanité du contexte dans lequel baignent ses personnages en confondant ces derniers avec cet étrange individu affublé d'un costume que n'aurait sans doute pas renié le personnage central de la saga de jeux vidéos Hitman. Into the Dark s'ouvre sur un épisode très plaisant, entre thriller horrifique et humour noir. Surtout, l'auteur de The Body y exploite l'idée d'une jeunesse tellement abreuvée d'images fortes, entre réalité et fiction, que se mêlent ici dans l'indifférence générale l'illusion du réel et celle du factice. D'un format particulier qui dépasse de loin celui des anthologies classiques, ce premier épisode est une réelle réussite, qui n'effraiera sans doute pas grand monde mais qui au delà de son sinistre sujet demeure néanmoins très divertissant...


Long saut en avant et atterrissage au dixième épisode intitulé Culture Shock. De quoi vous dégoûter de l'envie d'aller passer la frontière d'un pays étranger pour vous y installer. Et ici, en l'occurrence, les États-Unis, pays du rêve américain. Avec son drapeau, ses couleurs chatoyantes, ses charmants voisins et leur sourire impeccable, ses pelouses parfaitement entretenues et ses maisons toutes semblables. Mais avant cette vision idyllique de carte postale ou de publicité américaine des années 50/60, retour en enfer. Celui de la frontière mexicaine. De celle qu'espère traverser Marisol (l'actrice Martha Higareda). Réalisé par Gigi Saul Guerrero et écrit en collaboration avec Efrén Hernández et James Benson, Culture Shock se divise en trois parties distinctes. Tout d'abord, l'intrigue se situe au Mexique, pays auquel l'héroïne, enceinte, tente d'échapper. Rencontre avec des passeurs dont l'absence de morale est édifiante. Marisol et les autres ne sont que de la marchandise que l'on peut voler, violer, voire chasser impunément comme du gibier. Qui s'en soucierait ? Certainement pas les autorités américaines... quoique... Lorsque Marisol se réveille de son long ''cauchemar'', elle a passé la frontière, a accouché, et désormais vit sous la protection de Betty (inquiétant Barbara Crampton de Re-Animator et From Beyond tous deux réalisés en 1985 et 1986 par Stuart Gordon). Tout autour de Marisol transpire le bonheur. Des couleurs pastelles qui envahissent littéralement son nouvel environnement, aux voisins, tous bienveillants. Pourtant, quelques chose semble clocher dans cet univers paradisiaque. Et c'est ce que va tenter de découvrir Marisol... On change avec Culture Shock, complètement d'univers. L'angoisse quasiment absente de The Body est par contre ici bien prégnante. Avec ce sourire mécanique et systématique qui illumine et embrase le visage des voisins, ces couleurs trop chaudes pour être réelles et ces journées qui se ressemblent toutes, Culture Shock passe tout d'abord du cauchemar au rêve avant que ne se révèle à nous la vérité : un concept très avancé mais très immoral visant à l'assimilation des étrangers et leur intégration par la voie de technologies manipulant l'esprit humain. En résulte un épisode réellement glaçant que l'on aurait bien imaginé faire partie de l'anthologie Black Mirror, parcouru de visions sinistres parfois filmées de manière bancale afin d'accentuer son intemporalité. Une très bonne surprise...

 

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