"Ce film est vraiment une merde, 28 minutes
j'en peux plus, je zappe !!!"
"Nul de chez nul ça m'a fait pensé à un
certains film sur un pneu."
Voici le genre de
commentaires que certains spectateurs laissent sur le célèbre site
Allocine. Des avis négatifs sans arguments, proférés par des
personnes qui ne connaissent sans doute du septième art que son
aspect le plus attractif, formaté pour attirer des millions de
spectateurs en mal d'effets visuels extraordinaire qui en fichent
plein la vue et de dialogues familiers et insipides qui parsèment
nombre de productions américaines. Ici, nous sommes bien en France,
ce pays conspué par une partie de ses habitants, peu reconnaissants
envers ce cinéma qui dans la langue de Molière nous a donné tant
de chefs-d’œuvre.
Ni A Vendre, Ni A louer peut
se voir comme un authentique bijou du septième art comme il peut
être considéré comme un ratage complet. Toujours est-il qu'il vaut
mieux argumenter de manière objective que d'écrire d'aussi
ridicules commentaires, qui n'apportent en plus aucune élément
permettant de se faire une idée précise sur l'objet en question.
Pour ma part, j'ai
trouvé cette œuvre assez intéressante. Lorgnant du côté du
cinéma de Roy Andersson (Chansons Du Deuxième Étage),
et même si Ni A Louer, Ni A Vendre
ne possède pas l'aspect visuellement magnifique du cinéma du
danois, il dégage une vraie poésie à travers des portraits divers.
Des personnages qui n'ont rien de véritablement en commun si ce
n'est de se retrouver tous dans cette même région de la Bretagne où
vont se jouer des tranches de vie courtes et souvent burlesques.
Jacques Gamblin,
Maria de Medeiros, François Damiens, François Morel, Dominique
Pinon et une foultitudes d'autres acteurs sont conviés à ce fol
week-end où tout est permis. De la séance sadomasochiste qui se
termine par le vol d'une voiture et l'abandon de "l'esclave"
entravé par des menottes aux montants d'un lit, aux deux couples
possédant une voiture de marque, de modèle et de couleur identique
et qui s'échangent dans le secret épouses et maris, Ni A
Louer, Ni A Vendre est absurde.
Il n'arrive pas très souvent que l'on se torde de rire devant les
abracadabrantes situations créées par le cinéaste-dessinateur
Pascal Rabaté mais on sourit en revanche beaucoup. De cette poésie,
d'ailleurs, le réalisateur n'en n'est pas avare. Comment par exemple
passer à côté de cette partie de Scrabble durant laquelle, l'air
de rien, ce couple se remémore en silence mais à travers les mots
formés par les pièces du jeu, cet amour qui les a uni et la
lassitude qui peut-être est entrée dans leur existence. Beaucoup de
finesse et de tendresse se dégagent de cette scène.
Ce qui étonne le
plus dans cette comédie exempte de tout dialogues (ceux-ci étant
systématiquement remplacés par des onomatopées), c'est la
précision avec laquelle chaque scène est tournée. Entre
l'interprétation. La mise en place des personnages. Les situations
plus incongrues les unes que les autres, filmées dans des lieux
aussi grotesques qu'une résidence secondaire de la taille d'une
baraque à frites ou dans une supérette dont les rayons sont
pratiquement vidés de leurs marchandises par un propriétaire se
méfiant des voleurs. Ni A Louer, Ni A Vendre
est un émerveillement sans cesse renouvelé. Jusque dans le nom des
personnages qui malheureusement, et à cause de l'absence de
dialogues, ne nous sont dévoilés que durant le générique de fin.
A part, le film de
Pascal Rabaté n'en n'est pas moins un bol d'air frais qu'il fait bon
voir surtout en cette période hivernale. A voir et à revoir pour en saisir toutes les subtilités.



