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lundi 20 avril 2026

La Trilogie Marseillaise de Marcel Pagnol : Marius d'Alexander Korda (1931) - ★★★★★★★★★☆



La Trilogie Marseillaise de Marcel Pagnol : Marius.


Avant-propos :

 J'ai cinquante-quatre ans, suis originaire de la région parisienne, vis depuis trente ans à Marseille et donc dans le sud depuis plus de la moitié de ma vie. Et pourtant, si je prends en compte ce que certains habitants du cru ne cessent de me ressasser, j'aurai beau vivre trente ans de plus à Marseille, jamais ô grand jamais je ne serais moi-même marseillais. N'ayant de toute façon jamais eu cette prétention, je ne me formalise pas. D'autres compatriotes cette fois-ci originaires de Seine-et-Marne pourraient considérer de traîtrise que de m'être laissé aller à goûter à la bouillabaisse ou au panisses et au chichi. Devenu apatride dans mon propre pays la France, c'est donc dans l'imaginaire offert par de grands auteurs que j'ai choisi de me réfugier lorsque souvent je me pose la question : '' d'où viens-je...?  ''.  La langue française, lorsqu'elle est écrite, est universelle. Sans accents. Presque anonyme si ce n'est le ton que lui donne l'auteur du texte que l'on tient entre les mains. Accent marseillais ? Parisien ?  Qui sait...?



Marius donne des regrets. Celui qui tout d'abord nous a refusé de vivre il y a près d'un siècle, proche de ce Vieux Port de carte postale en noir blanc. De ces autochtones au fort accent qui de nos jours se dilue au profit d'un parler '' racaille ''. Premier volet de la La Trilogie Marseillaise de Marcel Pagnol reposant sur l'ouvrage du célèbre écrivain et cinéaste français, ce long-métrage de plus de deux heures est comme très souvent chez son auteur, ce que l'on peut considérer comme l'un des plus précieux nectars en matière d'écriture. Bien avant Michel Audiard, Francis Veber ou Bertrand Blier, l'écrivain, scénariste et réalisateur français donne ici ses lettres de noblesse au cinéma méridional. Un héritage culturel et cinématographique qui pour certains fait probablement la nique à la concurrence parisienne de l'époque dont les qualités sont pourtant très '' flatteusement'' mises en avant par les archéologues du septième art... Tandis que le réalisme poétique du cinéma parisien s'ancre à l'époque au travers de certaines œuvres aussi célèbres que Quai des brumes ou Hôtel du Nord de Marcel Carné ou Sous les toits de Paris de René Clair, au ton plus sombre et donc beaucoup plus pessimiste, le cinéma de Marcel Pagnol s'inscrit dans un courant beaucoup plus chaleureux. Pourtant, l'un et l'autre de ces cinémas se trouvent être très proches du peuple. D'où des thématiques qui dans Marius parlent invariablement au plus grand nombre, que l'on soit du sud ou du nord. Ironiquement, si plusieurs séquences situées notamment aux abords du Vieux Port ont effectivement été très exactement tournées sur le lieu de l'intrigue, d'autres furent réalisées dans les Studios de Joinville, situés à Joinville-le-Pont, dans le Val-de-Marne. Et parmi ces dernières, celles situant leur action dans le Bar de la Marine, un lieu authentique du Vieux Port reconstitué à l'occasion du long-métrage...



Si l'histoire est somme toute classique et tourne autour de deux idées principales, Marius vaut évidemment davantage pour ses dialogues et son interprétation que pour son cadre, lequel se résume rapidement au Bar de César Ollivier qu'interprète l'excellent Raimu et à quelques séquences tournées en extérieur et notamment sur le quai du Vieux Port de Marseille. Si le père de Marius est très présent à l'image et donne la réplique au héros lors de séquences souvent admirables, c'est bien autour du jeune homme que tourne ce premier volet de la La Trilogie Marseillaise de Marcel Pagnol. Laquelle se poursuivra l'année suivante avec Fanny avant de prendre fin en 1936 avec César. Dans Marius, il est beaucoup question d'amour et de passion. Écrit par Marcel Pagnol mais réalisé par le britannico-hongrois Alexander Korda, le long-métrage fait effectivement la part belle à cet amour que partagent l'un pour l'autre Marius et la jeune Fanny. Respectivement interprétés par Pierre Fresnay et Orane Demazis, cette dernière accompagnera la carrière de Marcel Pagnol durant un temps tout en partageant son existence entre 1925 et 1938. L'on pourra d'ailleurs regretter qu'en 1952 le cinéaste et écrivain n'ait pas préféré opter pour une actrice de la trempe d'Orane Demazis plutôt que pour sa nouvelle compagne Jacqueline dont l'incarnation dans la seconde partie de Manon des sources intitulée Hugolin laissa quelque peu à désirer ! Si beaucoup semblent tout d'abord se souvenir de la mythique partie de carte et de la légendaire réplique de César ''Tu me fends le cœur, Marius vaut surtout pour ses innombrables lignes de dialogues dont la richesse et l'esprit parfois très méridional régalent les oreilles du spectateur en permanence. Un humour très présent, donc, mais aussi quelques moments plus graves qui démontrent notamment la richesse d'interprétation de la plus part des acteurs présents à l'image. Les rapports entre Marius et son père César. Et plus encore, cette séquence relativement longue durant laquelle Marius et Fanny avouent s'aimer tandis que le jeune homme révèle à la jeune femme la raison pour laquelle il ne peut pas l'épouser. Bref, Marius est une pépite du cinéma français des années trente qui n'a pris que très peu de rides. De formidables acteurs. Une histoire simple campée par des personnages fascinants, touchants et souvent drôles...


vendredi 17 avril 2026

Ugolin de Marcel Pagnol (1952) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Jean de Florette et Manon des sources de Claude Berri resteront sans doute à jamais comme deux des plus admirables adaptations cinématographiques issues de l'univers de l'écrivain et réalisateur français Marcel Pagnol. Il est même probable que l'on se souvienne davantage de ce diptyque datant de 1986 et principalement incarné par Gérard Depardieu, Yves Montand, Daniel Auteuil et Emmanuelle Béart que de l'ouvrage publié vingt-quatre ans auparavant sous le titre L'eau des collines, lui-même inspiré du long-métrage fleuve réalisé dix ans auparavant par Marcel Pagnol sous le titre Manon des sources. Une œuvre de près de quatre heures découpée à l'époque en deux parties (Manon des sources et Ugolin) et qui faisait ''l'impasse'' sur l'épisode consacré au personnage de Jean Cadoret, dit ''Jean de Florette'', pour se consacrer sur la seconde partie. Celle-là même qui mettra donc en scène plus de vingt ans plus tard et sous la houlette de Claude Berri, la vengeance de Manon, sa fille, qui après avoir compris que son père est mort d'épuisement alors que Ugolin et le Papet s'étaient débrouillés pour boucher la seule source d'eau qui aurait permis à Jean de cultiver ses terres et ainsi faire vivre sa famille, a décidé à son tour de boucher celle qui approvisionne depuis plus de cinquante ans le village des Bastides Blanches. Tandis que Manon des sources - Première partie se concluait juste avant que n'intervienne l'ingénieur du génie rural du département venu au mieux, résoudre le manque d'eau et, au pire, expliquer avec des mots très savants aux habitants pourquoi celle-ci manque et quelles sont les chances pour eux de la voir ressurgir un jour, la seconde partie, intitulée Ugolin se concentre sur les moments-clés qui feront en outre trente-quatre ans plus tard de la version de Claude Berri, une œuvre d'une puissance émotionnelle rare. N'ayant découvert Ugolin que sur le tard, soit près de deux ans et demi après Manon des sources - Première partie, j'avais oublié à quel point l'incarnation de Jacqueline Pagnol, l'épouse de l'écrivain et réalisateur, était problématique...


Si le ton théâtral sied majoritairement bien aux personnages de cette version de 1952 et si même Ugolin s'avère beaucoup plus sombre et donc bien moins drôle (malgré quelques séquences humoristiques d'anthologie que l'on doit aux admirables dialogues de Marcel Pagnol) que la première partie, celle-ci confirme rétrospectivement tout le bien que l'on peut objectivement penser s'agissant de l'interprétation d'Emmanuelle Béart qui en 1986 parviendra sans mal à éclipser celle ce Jacqueline Pagnol. Si pourtant l'on se régale toujours autant devant certaines séquences iconiques telles que les explications alambiquées de l'ingénieur du génie rural face à des administrés qui n'y bitent pas grand chose ou lors du très long serment prononcé par le curé (l'acteur Henri Vilbert), il est clair que Ugolin n'est pas toujours à la hauteur de la première partie. Et pourtant, toujours en verve, la plupart des acteurs donnent une véritable leçon d'interprétation. Rellys (lequel incarne le rôle-titre) n'ayant rien à envier à Daniel Auteuil qui trois décennies plus tard prendra sa place. Comparé à la version de Claude Berri dont il est acquis qu'il s'agit d'un chef-d’œuvre au même titre que sa première partie Jean de Florette, Ugolin est traité ici avec parfois tant de frivolité qu'une bonne partie de l'aspect dramatique s'envole malheureusement. Sentiment donc renforcé par l'interprétation d'une Jacqueline Pagnol qui semble totalement aux fraises lors des séquences où elle revient sur le drame qui toucha sa famille. Notons que de nombreuses différences existent entre les versions de 1952 et 1986. Ici, la petite famille Caderet possède un fils plus âgé que Manon. Lequel mourra d'ailleurs selon sa sœur dans de dramatiques circonstances peu de temps avant leur père. Claude Berri ayant plus tard fait le choix de supprimer certains passages du roman, le cinéaste aura cependant su privilégier le drame à la comédie et surtout sublimer l'acte final, lorsque une vieille femme annonce à César (Le Papet) que Manon est sa petite-fille. Et que donc, Jean Cadoret était son fils ! Ugolin n'en demeure pas moins un grand film. Ou plutôt, une seconde partie d'un tout s'étirant sur près de deux-cent quarante minutes non dénuée de quelques défauts en comparaison de la première. La faute donc à une Jacqueline Pagnol qui manque de crédibilité. Une ''erreur de casting'' qui par contre est contrebalancée par des partenaires de très haute volée et des dialogues aux petits oignons...

 

lundi 11 septembre 2023

Manon des sources de Marcel Pagnol (1952) - ★★★★★★★★☆☆

 





En 1986, le réalisateur, scénariste et producteur français Claude Berri rendait un formidable hommage à l’œuvre de Marcel Pagnol en inscrivant au panthéon du cinéma hexagonal son remarquable diptyque formé autour de Jean de Florette et de Manon des sources. Deux longs-métrages tournés dans la foulée et adaptés à partir du roman L'eau des collines qu'écrivit Marcel Pagnol en 1963. Onze ans auparavant, celui-ci réalisa lui-même une œuvre en deux parties intitulées Manon des sources et Ugolin, formant ainsi un long-métrage de presque quatre heures. Lorsque l'écrivain publie L'eau des collines, c'est dans l'intention d'ajouter au double film qu'il réalisa en 1952, une partie supplémentaire notamment consacrée au personnage du père de Manon, Jean Cadoret, dit ''Jean de Florette''. Personnage invisible dans le long-métrage du début des années cinquante mais pourtant bien au centre de l'intrigue. Un récit, sinon classique, du moins porté par l'esprit de vengeance de son héroïne incarnée à l'époque par Jacqueline Pagnol qui fut l'épouse et l'égérie de Marcel Pagnol et dont Emmanuelle Béart repris le rôle trente-quatre ans plus tard. Il faudra donc patienter jusqu'en 1986 pour avoir une vue ''cinématographique'' des idées dont Marcel Pagnol avait nourri la première partie de son roman L'eau des collines. Une préquelle formidablement incarnée par Gérard Depardieu dans le rôle-titre, Daniel Auteuil dans celui d'Ugolin, que son vieil oncle surnomme ''Galinette'' ainsi qu'Yves Montand dans la peau de César Soubeyran dit, ''le Papet''. Mais revenons en 1952. Marcel Pagnol a derrière lui une très belle carrière d'écrivain et de réalisateur. En 1946, il est même élu à l'Académie Française. L'eau des collines sera son véritable dernier roman avant que ne soit entreprise la rédaction de la dernière partie (inachevée) de son autobiographie intitulée Le temps des amours (adaptée à la télévision par Thierry Chabert en 2007). Lorsque débute Manon des sources version 1952, des différences notables par rapport à la version colorisée de Claude Berri sont notables. Le film se concentre tout d'abord autour d'une poignée de personnages vivant dans le petit village des Bastides Blanches.


Alors que dans la région les deux seuls gendarmes à disposition tentent de mettre la main sur Manon qui est soupçonnée d'avoir blessé l'un des villageois à coup de bâton, des hommes assis à la terrasse d'un café accueillent Bernard, l'instituteur du village auquel ils vont raconter l'histoire de la jeune sauvageonne qui vit dans la montagne auprès de son âne, de ses chèvres ainsi que de Baptistine, une vieille femme qui vient d'apprendre que l'on vient de déterrer le corps de son époux disparu depuis de nombreuses années afin de libérer de la place au cimetière. Durant près de quarante minutes et à l'issue de cette très longue séquence se poursuivant par l'arrestation de Manon, la qualité des dialogues explose littéralement à l'image. Preuve de l'extraordinaire soucis apporté aux dialogues permettant aux divers interprètes d'échanger entre eux de bons mots dont la qualité ne s'essouffle à aucun moment. C'est toute la Provence des années cinquante qui s'y exprime avec son petit village typique, ses cigales, ses collines écrasées par la chaleur d'un soleil aveuglant, ses hommes qui boivent à la terrasse des cafés et leurs ''matronesques'' doublures féminines qui hurlent leur mécontentement aux fenêtres. Là où Claude Berri choisissait de ne faire point de mystère autour du tarissement de l'eau, Marcel Pagnol choisit, lui, d'évoquer une malédiction proférée par la vieille Baptistine avant son départ. D'une durée égalant presque les deux heures, cette première partie ayant consacré quarante minutes de l'intrigue aux passionnantes discussions entre habitants de sexe masculin des Bastides Blanches, le reste tournera autour du procès pour blessures dont est accusée la jeune femme. Séquence qui sera absente du long-métrage de Claude Berri qui préférera alors directement passer à l'intrigue autour de la fontaine et de l'absence d'eau dans tout le village et ses alentours ainsi que de la passion d'Ugolin pour Manon, laquelle déterminera l'action de la seconde partie intitulée Ugolin. Manon des sources version 1952 est un véritable joyau, parfaitement interprété. La mise en scène n'étant pas le plus fort du long-métrage, tout repose donc sur cette sympathique brochette d'acteurs ironisant (ou pas) sur le sort des uns et des autres. Une comédie qui peu à peu sombre dans le drame et se rompt avant que l'ingénieur du génie rural ne débarque dans ce petit village demeuré jusqu'ici plutôt tranquille...

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