Jean de Florette
et Manon des sources de
Claude Berri resteront sans doute à jamais comme deux des plus
admirables adaptations cinématographiques issues de l'univers de
l'écrivain et réalisateur français Marcel Pagnol. Il est même
probable que l'on se souvienne davantage de ce diptyque datant de
1986 et principalement incarné par Gérard Depardieu, Yves Montand,
Daniel Auteuil et Emmanuelle Béart que de l'ouvrage publié
vingt-quatre ans auparavant sous le titre L'eau
des collines,
lui-même inspiré du long-métrage fleuve réalisé dix ans
auparavant par Marcel Pagnol sous le titre Manon
des sources.
Une œuvre de près de quatre heures découpée à l'époque en deux
parties (Manon des sources et
Ugolin)
et qui faisait ''l'impasse'' sur l'épisode consacré au personnage
de Jean Cadoret, dit ''Jean de Florette'', pour se consacrer sur la
seconde partie. Celle-là même qui mettra donc en scène plus de
vingt ans plus tard et sous la houlette de Claude Berri, la vengeance
de Manon, sa fille, qui après avoir compris que son père est mort
d'épuisement alors que Ugolin et le Papet s'étaient débrouillés
pour boucher la seule source d'eau qui aurait permis à Jean de
cultiver ses terres et ainsi faire vivre sa famille, a décidé à
son tour de boucher celle qui approvisionne depuis plus de cinquante
ans le village des Bastides Blanches. Tandis que Manon
des sources
- Première partie se
concluait juste avant que n'intervienne l'ingénieur du génie rural
du département venu au mieux, résoudre le manque d'eau et, au pire,
expliquer avec des mots très savants aux habitants pourquoi celle-ci
manque et quelles sont les chances pour eux de la voir ressurgir un
jour, la seconde partie, intitulée Ugolin
se concentre sur les moments-clés qui feront en outre trente-quatre
ans plus tard de la version de Claude Berri, une œuvre d'une
puissance émotionnelle rare. N'ayant découvert Ugolin
que sur le tard, soit près de deux ans et demi après Manon
des sources
- Première partie,
j'avais oublié à quel point l'incarnation de Jacqueline Pagnol,
l'épouse de l'écrivain et réalisateur, était problématique...
Si
le ton théâtral sied majoritairement bien aux personnages de cette
version de 1952 et si même Ugolin s'avère
beaucoup plus sombre et donc bien moins drôle (malgré quelques
séquences humoristiques d'anthologie que l'on doit aux admirables
dialogues de Marcel Pagnol) que la première partie, celle-ci
confirme rétrospectivement tout le bien que l'on peut objectivement
penser s'agissant de l'interprétation d'Emmanuelle Béart qui en
1986 parviendra sans mal à éclipser celle ce Jacqueline Pagnol. Si
pourtant l'on se régale toujours autant devant certaines séquences
iconiques telles que les explications alambiquées de l'ingénieur
du génie rural face à des administrés qui n'y bitent pas grand
chose ou lors du très long serment prononcé par le curé (l'acteur
Henri Vilbert), il est clair que Ugolin n'est
pas toujours à la hauteur de la première partie. Et pourtant,
toujours en verve, la plupart des acteurs donnent une véritable
leçon d'interprétation. Rellys (lequel incarne le rôle-titre)
n'ayant rien à envier à Daniel Auteuil qui trois décennies plus
tard prendra sa place. Comparé à la version de Claude Berri dont il
est acquis qu'il s'agit d'un chef-d’œuvre au même titre que sa
première partie Jean de Florette,
Ugolin
est traité ici avec parfois tant de frivolité qu'une bonne partie
de l'aspect dramatique s'envole malheureusement. Sentiment donc
renforcé par l'interprétation d'une Jacqueline Pagnol qui semble
totalement aux fraises lors des séquences où elle revient sur le
drame qui toucha sa famille. Notons que de nombreuses différences
existent entre les versions de 1952 et 1986. Ici, la petite famille
Caderet possède un fils plus âgé que Manon. Lequel mourra
d'ailleurs selon sa sœur dans de dramatiques circonstances peu de
temps avant leur père. Claude Berri ayant plus tard fait le choix de
supprimer certains passages du roman, le cinéaste aura cependant su
privilégier le drame à la comédie et surtout sublimer l'acte
final, lorsque une vieille femme annonce à César (Le Papet) que
Manon est sa petite-fille. Et que donc, Jean Cadoret était son
fils ! Ugolin
n'en
demeure pas moins un grand film. Ou plutôt, une seconde partie d'un
tout s'étirant sur près de deux-cent quarante minutes non dénuée
de quelques défauts en comparaison de la première. La faute donc à
une Jacqueline Pagnol qui manque de crédibilité. Une ''erreur de
casting'' qui par contre est contrebalancée par des partenaires de
très haute volée et des dialogues aux petits oignons...



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