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vendredi 17 avril 2026

Ugolin de Marcel Pagnol (1952) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Jean de Florette et Manon des sources de Claude Berri resteront sans doute à jamais comme deux des plus admirables adaptations cinématographiques issues de l'univers de l'écrivain et réalisateur français Marcel Pagnol. Il est même probable que l'on se souvienne davantage de ce diptyque datant de 1986 et principalement incarné par Gérard Depardieu, Yves Montand, Daniel Auteuil et Emmanuelle Béart que de l'ouvrage publié vingt-quatre ans auparavant sous le titre L'eau des collines, lui-même inspiré du long-métrage fleuve réalisé dix ans auparavant par Marcel Pagnol sous le titre Manon des sources. Une œuvre de près de quatre heures découpée à l'époque en deux parties (Manon des sources et Ugolin) et qui faisait ''l'impasse'' sur l'épisode consacré au personnage de Jean Cadoret, dit ''Jean de Florette'', pour se consacrer sur la seconde partie. Celle-là même qui mettra donc en scène plus de vingt ans plus tard et sous la houlette de Claude Berri, la vengeance de Manon, sa fille, qui après avoir compris que son père est mort d'épuisement alors que Ugolin et le Papet s'étaient débrouillés pour boucher la seule source d'eau qui aurait permis à Jean de cultiver ses terres et ainsi faire vivre sa famille, a décidé à son tour de boucher celle qui approvisionne depuis plus de cinquante ans le village des Bastides Blanches. Tandis que Manon des sources - Première partie se concluait juste avant que n'intervienne l'ingénieur du génie rural du département venu au mieux, résoudre le manque d'eau et, au pire, expliquer avec des mots très savants aux habitants pourquoi celle-ci manque et quelles sont les chances pour eux de la voir ressurgir un jour, la seconde partie, intitulée Ugolin se concentre sur les moments-clés qui feront en outre trente-quatre ans plus tard de la version de Claude Berri, une œuvre d'une puissance émotionnelle rare. N'ayant découvert Ugolin que sur le tard, soit près de deux ans et demi après Manon des sources - Première partie, j'avais oublié à quel point l'incarnation de Jacqueline Pagnol, l'épouse de l'écrivain et réalisateur, était problématique...


Si le ton théâtral sied majoritairement bien aux personnages de cette version de 1952 et si même Ugolin s'avère beaucoup plus sombre et donc bien moins drôle (malgré quelques séquences humoristiques d'anthologie que l'on doit aux admirables dialogues de Marcel Pagnol) que la première partie, celle-ci confirme rétrospectivement tout le bien que l'on peut objectivement penser s'agissant de l'interprétation d'Emmanuelle Béart qui en 1986 parviendra sans mal à éclipser celle ce Jacqueline Pagnol. Si pourtant l'on se régale toujours autant devant certaines séquences iconiques telles que les explications alambiquées de l'ingénieur du génie rural face à des administrés qui n'y bitent pas grand chose ou lors du très long serment prononcé par le curé (l'acteur Henri Vilbert), il est clair que Ugolin n'est pas toujours à la hauteur de la première partie. Et pourtant, toujours en verve, la plupart des acteurs donnent une véritable leçon d'interprétation. Rellys (lequel incarne le rôle-titre) n'ayant rien à envier à Daniel Auteuil qui trois décennies plus tard prendra sa place. Comparé à la version de Claude Berri dont il est acquis qu'il s'agit d'un chef-d’œuvre au même titre que sa première partie Jean de Florette, Ugolin est traité ici avec parfois tant de frivolité qu'une bonne partie de l'aspect dramatique s'envole malheureusement. Sentiment donc renforcé par l'interprétation d'une Jacqueline Pagnol qui semble totalement aux fraises lors des séquences où elle revient sur le drame qui toucha sa famille. Notons que de nombreuses différences existent entre les versions de 1952 et 1986. Ici, la petite famille Caderet possède un fils plus âgé que Manon. Lequel mourra d'ailleurs selon sa sœur dans de dramatiques circonstances peu de temps avant leur père. Claude Berri ayant plus tard fait le choix de supprimer certains passages du roman, le cinéaste aura cependant su privilégier le drame à la comédie et surtout sublimer l'acte final, lorsque une vieille femme annonce à César (Le Papet) que Manon est sa petite-fille. Et que donc, Jean Cadoret était son fils ! Ugolin n'en demeure pas moins un grand film. Ou plutôt, une seconde partie d'un tout s'étirant sur près de deux-cent quarante minutes non dénuée de quelques défauts en comparaison de la première. La faute donc à une Jacqueline Pagnol qui manque de crédibilité. Une ''erreur de casting'' qui par contre est contrebalancée par des partenaires de très haute volée et des dialogues aux petits oignons...

 

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