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dimanche 21 décembre 2025

Keeper d'Osgood Perkins (2025) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Le tout dernier long-métrage d'Osgood Perkins est arrivé dans les salles voilà deux jours et celui-ci s'inscrit une nouvelle fois dans les domaines de l'horreur et de l'épouvante. Alors qu'il est déjà en train de s'attaquer au tournage de son nouveau film The Young People, l'auteur de Gretel & Hansel en 2020, de Longlegs en 2024 et de The Monkey en 2025 ne parviendra sans doute pas à réconcilier ses fans et ses détracteurs. Car bien qu'avec sa bande-annonce, Longlegs avait su faire sensation, le film n'était au final qu'un pétard plus ou moins mouillé. Quant à l'adaptation de la nouvelle The Monkey parue pour la première fois en 1980 dans le magazine Gallery aux États-Unis et chez nous dans l'excellent recueil intitulé Brume en 1987, le long-métrage était une assez mauvaise surprise... Keeper (absurdement traduit chez nous sous le titre L'élue) est donc sorti mercredi dernier. Et pour le coup, l'un des principaux enjeux qui semblait tourner autour du couple quasi unique qui se présente à l'écran est semble-t-il passé à la trappe. Vous rêviez de voir une femme et son compagnon se déchirer à l'écran ? D'assister à la lente dégradation de leur relation ? À souffrir pour l'un et (ou) l'autre des deux principaux protagonistes ? À prendre à cœur l'intérêt du premier et à haïr le second ? Tous ces principes ont malheureusement rejoint la grande poubelle des bonnes idées qui dans le domaine de l'horreur sont désormais jetées au profit d'une redondance quasi systématique. Pourtant, Osgood Perkins comme quelques autres cinéastes parmi lesquels nous citerons par exemple Ari Aster ou Robert Eggers parvient (parfois) à donner une image neuve du cinéma d'épouvante. Un caractère qui lui est propre mais qui aussi et surtout est traversé de visions stupéfiantes mais malheureusement trop rares pour que son cinéma marque les esprits sur le long terme. Il s'agit donc bien de sa manière de filmer ses personnages qui fait toute l'excellence de certains plans. Comme justement ceux, particulièrement étranges et décalés vus dans la bande-annonce de Longlegs qui nous laissaient espérer découvrir un grand film d'horreur. Là encore, avec Keeper, le cinéaste use d'angles statiques et parfois symétriques. L'emploi de nombreux miroirs lui permettant ainsi de jouer avec les perspectives tout en livrant très rapidement mais sans en avoir l'air, l'un des indices fondamentaux du récit qui nous sera livré beaucoup plus frontalement lors du dernier tiers. Osgood Perkins aime également à poser sa caméra sur le visage de son héroïne. Quitte à l'observer durant de très longues secondes sans qu'aucun événement extérieur ne vienne briser la monotonie de ces plans...


L'horreur s'y déploie alors de manière subtile, lente et au fond presque invisible... Si le réalisateur, scénariste et producteur originaire de New York foire complètement le portrait de ce couple quelque peu dysfonctionnel en ce sens où Liz (Tatiana Maslany) est très éprise de Malcom (Rossif Sutherland) tandis que ce dernier semble très frileux à l'idée de lui faire l'amour ou même, parfois, de simplement la prendre dans ses bras, Keeper manque surtout de consistance. D'ailleurs, l'absence durant un temps de Malcom, médecin appelé à se rendre à l’hôpital afin de s'assurer du réveil d'une patiente plongée dans le coma, est aussi significative d'un manque d'inspiration scénaristique pour le spectateur que l'épreuve est compliquée à assumer pour Liz. Keeper, dont l'absurde titre français en dit sans doute un peu trop à son sujet alors même que le film n'a pas encore commencé est une œuvre foncièrement étrange. Entre léthargie assumée par une mise en scène lente et pesante et absence de véritables rebondissements en cours de route. Une œuvre malgré tout bourrée de scènes-clés dont la signification n'est jamais vraiment évidente. Rossif Sutherland, lequel est le frère de Kiefer et le fils de l'immense Donald interprète un Malcom mou, inexpressif et totalement transparent. Marquant ainsi de manière beaucoup trop appuyée la distance qui existe entre ce que ressent son personnage et celui incarné par Tatiana Maslany. Quant au récit, tout ou presque ne semble avoir pour but que de nous asséner une dernière partie qui, il est vrai, va tout remettre en question en terme d'épouvante. À titre de comparaison, l'on pourrait opposer l'attentisme de Keeper à celui de The Blair Witch Project. Film chiantissime au possible qui pourtant marqua la majorité des esprits, même ceux des réfractaires, grâce à son effroyable conclusion. Et bien ici, c'est un peu la même chose. On se dit alors que l'attente et la patience valaient bien que l'on subisse quelques ventres mous car lorsque l'héroïne est confrontée à la réalité et qu'assise contre le mur de la cave, Liz découvre ce qui se tramait depuis en réalité les débuts de sa relation avec Malcom, le spectateur se prend une véritable gifle visuello-sensorielle ! L'un des rares quarts-d'heure horrifiques de cette année 2025 a être véritablement efficace. Pour le reste, Keeper est dans la moyenne de ce qu'a l'habitude de nous proposer le cinéaste américain...

 

mardi 24 septembre 2024

I Am the Pretty Thing That Lives in the House d'Oz Perkins (2016) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Après avoir découvert Longlegs, The Blackcoat's Daughter et maintenant I Am the Pretty Thing That Lives in the House, il est désormais possible d'affirmer que la filmographie du réalisateur Oz Perkins maintient une certaine cohérence. Une continuité de style qui en fait un artisan du septième art fidèle à son approche esthétique du cinéma. Une prise de risque qui peut par contre être considérée de relativement osée puisqu'elle pourra en séduire certains tout en divisant une partie des spectateurs qui n'y verront là qu'une succession d'effets de style cachant certaines lacunes. Une impression qui peut sembler s'intensifier devant le visionnage de I Am the Pretty Thing That Lives in the House, justement. Œuvre qui parmi les autres (me reste plus encore qu'à découvrir Gretel et Hansel qu'Oz Perkins réalisa en 2020 pour parfaire mon opinion à son sujet) reste la plus rachitique en terme d'écriture et de mise en scène même si là encore, le visuel et le sound-design participent à l’imprégnation du spectateur par une histoire somme toute très souvent évoquée sur grand écran. Oz Perkins a, comme le public va finir par le découvrir au fil de sa filmographie, l'habitude de reprendre des thèmes du cinéma fantastique et d'horreur afin de les aborder à sa manière si personnelle. Entre thriller et satanisme pour Longlegs et possession démoniaque pour The Blackcoat's Daughter, s'agissant de son second long-métrage réalisé en 2016, le réalisateur et scénariste y aborde cette fois-ci le thème du fantôme. Toujours avec cette même sensibilité et ce même lien qui raccroche les événements présents au passé de l'héroïne. Car comme à son habitude, Oz Perkins met d'abord la femme à l'honneur. Après Emma Roiberts, Lauren Holly et Kiernan Shipka et avant Maika Monroe, il offre à Ruth Wilson et Paula Prentiss les deux principaux rôles de son second long-métrage. Deux générations d'interprètes qui se télescopent dans cette œuvre à fleur de peau où l'un des choix les plus fondamentalement ingénieux est d'avoir choisi un personnage particulièrement sensible à tout événement se produisant dans le décor unique d'une demeure isolée où vit une vieille femme prénommée Iris et apparemment catatonique. Une ancienne gloire de la littérature fantastique qui fut notamment auteur d'un roman à laquelle elle dénia volontairement de donner une fin...


Lily est maintenant installée chez la romancière depuis un an lorsque des événements commencent à se produire dans la maison. À commencer par une étrange tâche noire qui semble devoir irrémédiablement s'étendre sur un mur et don Lily s'inquiète des répercussions qu'elle pourrait avoir sur sa santé. Un moindre mal en comparaison de ce que la jeune femme va devoir subir les semaines et les mois à venir... Qui aurait vraiment envie de s'occuper d'une vieille dame étrange ou en tout cas rarement visible installée à l'étage de sa propriété ? Thème que les fans d'épouvante avaient déjà pu explorer dans le chef-d’œuvre de Dan Curtis en 1976, Burnt Offerings, dans lequel une famille sautait sur l'occasion de louer à moindre frais une très belle demeure à un frère et une sœur à la seule condition qu'elle accepte de s'occuper de leur tante durant leur séjour... L'approche d'Oz Perkins n'est pourtant pas similaire. I Am the Pretty Thing That Lives in the House aurait même tendance à dangereusement préfigurer ce qu'allait nous asséner le très prétentieux A Ghost Story un an plus tard. À la différence de quoi, le film d'Oz Perkins propose quelques éléments fantastiques authentiquement marquants, entre vieilles ficelles (ectoplasmes, apparitions évanescentes) et approches visuelles et sonores absolument remarquables et innovantes. À l'heure où les visages parcheminés peuvent avoir un impact émotionnel sur la réaction du public, encore et toujours, Oz Perkins propose un travail remarquable sur le cadrage. Toujours accompagné de son frère Elvis en charge de composer la partition musicale, il confie pour la seconde fois à la directrice de la photographie Julie Kirkwood (The Monster de Bryan Bertino en 2016) la lourde responsabilité d'enrober le récit comme elle le fit brillamment avec The Blackcoat's Daughter. Le ton est donné. Dans un univers ouaté et anxiogène, Oz Perkins plonge sa fragile héroïne comme au centre d'une œuvre picturale en mouvement. Jouant avec certains cadrages dont il s'est fait une spécialité, le réalisateur propose une œuvre au scénario simple mais dont la mise en forme tient de l’œuvre d'art. Assez lent mais remarquablement interprété par une Ruth Wilson parfaitement crédible dans le rôle de Lily, I Am the Pretty Thing That Lives in the House est envoûtant...

 

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