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lundi 17 juin 2024

Pandémonium de Quarxx (2023) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Six ans déjà qu'est sorti le formidable Tous les dieux du ciel de Quarxx. Une œuvre assez stupéfiante, voire inédite dans le paysage cinématographique français si généralement commun dans son approche du septième art. Pour son retour à l'image, et après avoir réalisé entre-temps le court-métrage Les princesses font ce qu'elles veulent, le réalisateur, scénariste et monteur français dont les ressources sont multiples et dépassent le simple cadre du cinéma (il pratique en outre la peinture et la photographie) revient donc avec Pandémonium. L'un des nombreux néologismes datant du dix-septième siècle qu'inventa le poète londonien John Milton pour décrire la capitale de l'Enfer où se réunit le conseil des Démons sur ordre du Diable. Un lieu où se retrouvent et son jugés toutes celles et ceux qui y sont destinées : et à première vue, les responsables d'actes homicides. Car c'est bien autour du sujet que tourne le dernier long-métrage de Quarxx. Une œuvre en forme de catalogue rudimentaire sur le sujet de la mort contrainte et forcée. Un accident, un double parricide et un suicide sont les objets de ce film sombre comme les affectionne son auteur. Découpé en différents chapitres, se fondant idéalement les uns à la suite autres à travers l'exposition d'un purgatoire moins sinistre que celui proposé par le macabre L'au-delà de Lucio Fulci dans les années quatre-vingt, le récit s'intéresse tout d'abord à Daniel et Nathan qu'interprètent respectivement l'acteur franco-kosovare Arben Bajraktaraj (Taken en 2008, Des hommes et des dieux en 2010 ou Nicky Larson et le Parfum de Cupidon en 2018) et Hugo Dillon. Lors de ce premier ''sketch'', les deux hommes se retrouvent sur une route de montagne où ils ont eu un grave accident. Le second ayant renversé à l'aide de sa voiture le premier qui lui était à moto. Les deux hommes sont morts et tentent de comprendre ce qui leur arrive lorsque deux portes surgissent de nulle part. De la première s'échappe une jolie musique tandis que de la seconde émergent d'horribles lamentations. Cette première incursion de Pandémonium dans les domaines de la mort et de l'enfer possède cette étrange saveur qui fait que l'on ne peut affirmer que le sujet est originellement, volontairement ou intégralement envisagé sous sa forme actuelle.


Car derrière le message évidemment crépusculaire se cache un humour féroce que viendra notamment confirmer la seconde histoire mettant en scène une jeune enfant, fille d'un couple aisé qu'elle découvre un jour allongé sur le sol de l'une des nombreuses pièces de leur immense demeure, la gorge tranchée. Quarxx aborde ici l'une de ses thématiques favorites en faisant intervenir l'acteur de deux mètres six Carl Laforêt afin d'y incarner une homme monstrueux caché dans les soubassements de la propriété. Un être difforme, atteint de ce qui semble être une forme sévère de neurofibromatose ou de syndrome de Cloves (qui au dix-neuvième siècle toucha Joseph Merrick, un phénomène connu sous le nom de Elephant Man). Une créature repoussante, malodorante mais douce et ignorante de tout et dont la fille du couple assassiné prénommée Nina (Manon Maindivide) va se servir. La scène s’intercalant précédemment entre la première histoire et celle-ci ne laissant aucun doute sur l'identité de celui ou celle qui égorgea le père de famille et son épouse. La troisième histoire tourne quant à elle autour de Julia (Ophélia Kolb), mère de famille très occupée qui n'aperçoit pas la détresse de sa fille Chloé (Sidwell Weber) qui choisit de se suicider dans leurs salle de bain plutôt que de subir à nouveau le harcèlement de ses camarades. Ce dernier acte de Pandémonium a non seulement pour fonction de démontrer que le suicide est un meurtre comme un autre et qu'il vous mène directement en Enfer mais tourne également autour du déni lié à la mort d'un proche. Quarxx filme de manière relativement douloureuse le harcèlement scolaire dont est victime Chloé, adolescente dont le statut social est une raison suffisante pour en faire le souffre-douleur de ses camarades d'école. Se concluant par la rencontre entre Nathan (personnage qui aura finalement fait le lien entre les diverses histoires) et le Diable, Pandémonium se termine sur une note sinon ringarde, du moins relativement zédifiante. Des rouges criards et des créatures en latex comme au bon vieux temps des effets-spéciaux pratiques. L'un des points forts du long-métrage, c'est sa photographie. Le réalisateur nous offre en effet quelques superbes plans comme ce décor qui peu à peu se couvre d'un blanc manteau de neige. Sans doute Pandémonium est-il très largement en deçà de Tous les dieux du ciel mais le concept demeure intéressant...

 

mercredi 7 mars 2018

Money de Gela Babluani (2017) - ★★★★★★★★☆☆



Quand on vous dit que l'argent ne fait pas le bonheur... certains auraient dû en prendre de la graine et envisager ce proverbe comme unique alternative. Money prouve que le pognon n'y contribue même pas. Ou du moins, à l'issue d'un long chemin de croix qui vous abandonnera à votre sort. Seul, sans amis, sans famille, contraint à l'exile. Au lieu d'aller cambrioler une mallette remplie d'argent sale appartenant à un notable, Danis et ses amis Eric et Alexandra auraient mieux fait de regarder Série Noire d'Alain Corneau, l'un des monuments en matière de polar français, en tout cas, depuis sa sortie en 1979, jamais égalé. Money est peut-être l'un des meilleurs descendants du cauchemar paroxystique pour lequel l'immense Patrick Dewaere livra une performance inoubliable. La relève est dorénavant assurée grâce à George Babluani et Vincent Rottiers qui campent ces deux jeunes imbéciles qui croyaient sans doute faire leur bonheur en volant l'argent douteux d'un notable (excellent Louis-Do de Lencquesaing). Money est un thriller aussi noir qu'une nuit sans Lune, aussi violent qu'un raz de marée, et aussi redoutable qu'un uppercut.

Pourtant, le principe est des plus simple : trois jeunes havrais sans avenir certain évoquent l'idée de pénétrer la luxueuse demeure d'un secrétaire d'État à la morale plus que douteuse afin de lui dérober une très grosse somme d'argent. Alors que le long-métrage démarre par un flagrant délit concernant une cargaison de deux tonnes de drogue, il ne s'agit en fait que d'un événement assez rapidement relayé aux oubliettes puisque l'intrigue, se resserrera autour du trio formé par Danis, et les frère et sœur Eric et Alexandra. Le braquage, comme on peut s'en douter, prendra un virage inattendu pour nos trois cambrioleurs inexpérimentés. Le film de Gela Babluani s'inscrit dans une échelle de temps n'excédant pas la dizaine d'heures qui séparent le crépuscule d'une journée de l'aube suivante. Plus la nuit avance, et plus l'avenir proche de nos trois jeunes adultes est incertain. Entre huis-clos et chasse à l'homme au cœur d'une nuit opaque, Money déroule l’implacable scénario que le cinéaste a lui-même écrit.

Il aura fallut cinq semaines à Gela Babluani pour tourner l'un des polars les plus efficaces du moment. La preuve que le cinéma français, en la matière, n'a pas à rougir face à la concurrence américaine, scandinave, japonaise ou sud-coréenne. Aussi discrète soit-elle, la musique du compositeur et pianiste français Jean-Michel Bernard s'intègre parfaitement et participe au climat délétère qui imprime le long-métrage. Le montage, sans être abusivement nerveux, façonne quant à lui un rythme suffisamment enlevé pour que les scènes, les événements, s'enchaînent sans que le spectateur n'ait à aucun moment à souffrir de la moindre lassitude. Les amateurs de thriller reconnaîtront au passage la présence de deux des interprètes de l'efficace Taken que Pierre Morel réalisa il y a de cela dix ans tout rond : le français Olivier Rabourdin qui une fois de plus incarne un personnage aux contours assez troubles, ainsi que l'excellent acteur albanais Arben Bajraktaraj. On notera également la présence des toujours aussi épatants Féodor Atkine et Benoît Magimel. Money demeure donc une totale réussite qui mérite que l'on s'y penche, que l'on soit amateur du genre ou pas.
Allez, juste pour évoquer le(s) « petit(s) truc(s) » qui pourrai(en)t empêcher le film de devenir un classique du polar à la française, je reprocherai juste aux interprètes de réciter leur texte en chuchotant comme s'ils craignaient que les voisins ne les entendent. En intérieur, cela peut se comprendre, mais dehors, à l'écart de tout, cela reste épuisant de devoir tendre l'oreille en permanence pour comprendre ce que chuchotent les personnages. De plus vous pourrez constater la laideur de l'affiche... A part ces menus détails, rien à redire, louez Money, achetez-le, mais surtout, ne le volez pas. Vous risqueriez de connaître un sort similaire à celui de nos trois jeunes héros...

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