Le véritable héros
a-t-il besoin de survivre aux péripéties pour qu'autour du
personnage naisse la légende ? Non. Seuls les ''spectateurs''
de ses exploits sont condamnés à demeurer vivants afin de témoigner
de sa bravoure et de son sacrifice. C'est en partie le message que
nous livre le réalisateur, scénariste et producteur
germano-américain Wolfgang Petersen à travers son avant dernier
long-métrage, Poséidon.
Derrière ce titre qui porte le nom du Dieu grec des Mers mais aussi
celui du navire dans lequel va se dérouler l'intrigue, le cinéaste
retourne pour une énième fois dans les eaux sombres des océans,
six ans après The Perfect Storm dans
lequel le capitaine Frank William Tyne, Jr (l'acteur George Clooney)
et ses hommes affrontaient une terrible tempête en pleine mer. Et
plus loin encore, un quart de siècle tout rond après son
spectaculaire Das Boot
dont Poséidon
fait peut-être au fond figure de contre-pied dans son approche du
récit. En effet, lorsque le public assistait médusé à cet
incroyable spectacle sous-marin interprété du point de vue d'un
équipage allemand lors de la Seconde Guerre Mondiale, l'angoisse
naissait alors en partie de cet ''assourdissant'' silence qui n'était
perturbé que par les bruits des moteurs, des hélices ou de la
déformation de la coque soumise à une pression extérieure
augmentant à mesure que l'engin s'enfonçait dans les profondeurs de
l'océan. Et comment oublier cette démentielle séquence des
grenades sous-marines lancées par une corvette ennemie ? Avec
une certaine économie de moyens signifiant une énergie davantage
adaptée au professionnalisme des ''acteurs'' du récit que lors de
scènes d'action endiablées, c'est bien cette attitude réservée à
ces héros de tous les jours que l'on observait alors et non pas la
recrudescence de gros bras courant dans tous les sens et maniant le
concept d'héroïsme au-delà de toute vraisemblance. Bref, tout le
contraire de Poséidon dont
certains reprochèrent apparemment à son auteur d'avoir choisi de
proposer un véritable moment de détente plutôt qu'un spectacle
reposant sur une étude scientifique rigoureusement attachée à
rendre le plus crédible possible la catastrophe ! Si la plupart
des affiches du film montrent le navire dans la position qui sera la
sienne une fois frappé par une vague déferlante, d'autre exhibent
deux des principaux protagonistes du récit. Au premier plan,
l'acteur américain Josh Lucas. Et derrière lui, son compatriote
Kurt Russell. Signifiant ainsi peut-être d'emblée lequel de ces
deux héros survivra tandis que l'autre devra se sacrifier pour qu'à
la fin, il n'en reste qu'un.
Car
c'est bien là tout le problème de ces deux personnages et des deux
personnalités qui les incarnent. L'un comme l'autre, Josh
Lucas/Dylan Johns et Kurt Russell/Robert Ramsey n'opposent aucune
forme d'opposition en terme de valeurs. C'est pour quoi, à la fin,
l'un d'eux mourra pour que les autres survivent... Poséidon
est, avant d'être un excellent blockbuster catastrophe, le remake
d'un classique réalisé en 1972 par le réalisateur, scénariste et
producteur britannique, Ronald Neame. À l'origine l'on trouve donc
The Poseidon Adventure.
Un
film catastrophe à l'époque incarné par un très beau florilège
d'interprètes parmi lesquels, Gene Hackman, Roddy McDowall, Ernest
Borgnine, Stella Stevens, Shelley Winters ou encore Carol Lynley et
Red Buttons... Oeuvre dont le succès sera soumis à l'implacable
loi des suites sept ans plus tard avec le déjà nettement moins
convaincant, Le Dernier
Secret du Poseidon
pourtant signé par Irwin Allen, autre spécialiste des fonds-marins
puisque avant cela, il signa en 1961 Voyage
to the Bottom of the Sea ainsi
que City Beneath the Sea
dix
ans plus tard. L'un des aspects les plus remarquables que ne pourront
nier ceux qui lui préfèrent la version de Ronald Neame se situe à
travers les effets-spéciaux et les environnements de Poséidon.
Entre le retournement du navire consécutif à la vague déferlante
en passant par l'agencement des salles complétement bouleversé et
jusqu'aux coursives et bouches d'aérations dans lesquelles
s'engouffrent les eaux froides de l'océan, le spectacle est total et
quasiment ininterrompu. Le spectateur ne trouve ainsi pas le temps de
s'ennuyer. Wolfgang Petersen étant visiblement très attaché à la
personnalité de ses personnages, le seul véritable antagoniste
incarné par Kevin Dillon ne fera fort heureusement pas long feu.
Poséidon
a beau effectivement traîner dans son sillage une somme importante
d'invraisemblances, pour être tout à fait sincère, on s'en tape!
Une fois acquise la certitude que Wolgang Petersen cherche davantage
à divertir son public qu'à proposer une œuvre rigoureusement réaliste, ne reste plus qu'à se laisser emporter par cette aventure
très généreuse en terme d'effets-spéciaux, de décors et de
séquences anxiogènes. Porté par d'excellents interprètes, Poséidon
n'est certes pas un chef-d’œuvre mais il a au moins le mérite
d'emmener très précisément ses personnages là où il sont
attendus...
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