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vendredi 3 novembre 2023

I hate your guts de Roger Corman (1962) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

I hate your guts (également connu sous le titre The Intruder) est une œuvre étonnante, magistrale et donc indispensable à plus d'un titre. D'abord parce qu'elle s'inscrit dans un style et un courant qui l'éloignent drastiquement de ceux auxquels nous avait habitué jusqu'ici le réalisateur et producteur Roger Corman et ensuite parce que celui-ci signait en cette année 1962, un véritable brûlot politique dont les engagements sont très clairement du côté des opprimés. Une prise de risque alors insensée si l'on tient compte du fait qu'en ce début des années soixante, il faudra attendre encore quelques années pour que l'abolition de la ségrégation raciale soit définitivement acquise sur le territoire américain. Une mise en place forcément de longue haleine et contre laquelle s'élèvent sans doute encore aujourd'hui certaines voix. Pour mieux comprendre le phénomène à l'échelle de l'homme, Roger Corman fait le déplacement en compagnie de l'équipe technique et des interprètes dans le Missouri pour y tourner son film en décors naturels dans une petite localité fictive des États-Unis. Là-bas se concentre une population très majoritairement (pour ne pas dire exclusivement) constituée d'hommes et de femmes blancs refusant les lois sur l'intégration qui viennent d'être votées. En partie interprété par des figurants du cru, certains réagissent assez mal à la lecture du scénario. L'on ne s'étonnera pas que I hate yours guts soit alors empreint d'un tel réalisme. Passons sur la pléthorique carrière de Roger Corman pour strictement nous pencher sur ce joyau qui malheureusement ne connut pas le succès qu'il mérita lors de sa sortie. Non pas que ses qualités fussent remises en question mais le film souffrit d'une distribution calamiteuse et en raison de son propos particulièrement délicat, il connut les affres de la censure ! Alors qu'il n'est pas encore devenu le célèbre Capitaine James T. Kirk de la nom moins populaire série de science-fiction Star Trek, William Shatner arrive dans la petite localité de Caxton dans le rôle d'Adam Cramer. Vêtu d'un costume blanc et portant une paire de lunettes et une cravate noires, l'homme se sait suffisamment séduisant pour d'emblée apprivoiser quiconque se trouvera sur son chemin.



Le Diable existe. Il est séduisant, machiavélique et porte les traits d'Adam Cramer...



C'est ainsi que cet étranger plutôt affable et au discours rassurant se fond tout d'abord au sein de la population en approchant au plus près les personnalités les plus en vue de Caxton. Du maire Verne Shipman interprété par l'acteur Robert Emhardt en passant par le propriétaire du journal local Tom McDaniel (Franl Maxwell) et jusqu'à la jolie serveuse Ella qui n'est autre que la fille de ce dernier et qu'interprète l'actrice Beverly Lunsford. Dans un premier temps, Roger Corman se concentre sur la population dite blanche. Le caractère raciste s'y exprime volontiers en des termes que l'on n'oserait plus imputer aux gens de couleur de nos jours. L'homme noir y est effectivement traité de négro. Installé à l'hôtel, Cramer fait la connaissance du vendeur Sam Griffin (Leo Gordon) et de son épouse Vi (Jeanne Cooper) et le soir-même, alors que la nouvelle loi vient d'autoriser les jeunes noirs à venir étudier dans l'école locale jusqu'ici réservée aux blancs, Adam Cramer montre enfin son vrai visage. ET dans le domaine, Roger Corman et le scénariste Charles Beaumont nous ont concocté l'un des pires représentants de l'espèce humaine. Tout d'abord décrit comme un individu à l'opinion bien tranchée et partagée par la population locale dans son ensemble, l'homme se révèle négrophobe et antisémite tandis qu'il apparaîtra plus tard lâche et veule. À ce titre, William Shatner épouse littéralement les traits de son personnage et celui qui bientôt deviendra le pacifiste commandant de l'Enterprise se montre pour l'instant très inquiétant. Véritable gourou révélant la nature profondément raciste des habitants de Caxton, ceux-ci vont marcher derrière lui et se trouver un nouveau ''courage'' afin d'oppresser ceux qu'ils continuent de considérer comme des étrangers. Authentiquement angoissant, I hate yours guts décrit une humanité sauvage et barbare, qui n'hésite pas à se regrouper en masse lors de réunions de type Ku Klux Klan afin de brûler des croix ou pour lyncher l'homme noir, et même le blanc, lorsque celui-ci ose entrer en contradiction avec les opinions de ses voisins. Véritable uppercut, la résonance du long-métrage demeure encore aujourd'hui fulgurante. Les scènes consacrées aux familles noires sont par contre relativement rares. Ce qui n'empêche pas l'émotion d'être narrée à travers les quelques occasions qu'auront les spectateurs de découvrir à l'image ces opprimés qui ne demandent rien de plus que d'être intégrés à la population. C'est du Roger Corman mais bon dieu, on n'a pratiquement pas fait mieux depuis sur le sujet. Une œuvre à voir, à méditer et à partager...

 

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