Bienvenue sur Cinémart. Ici, vous trouverez des articles consacrés au cinéma et rien qu'au cinéma. Il y en a pour tous les goûts. N'hésitez pas à faire des remarques positives ou non car je cherche sans cesse à améliorer le blog pour votre confort visuel. A bientôt...

Labels


mardi 28 mars 2023

Un linceul n'a pas de poches de Jean-Pierre Mocky (1974) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Qu'ils soient de droite, de gauche, qu'il s'agisse de politiciens, d'un maire, d'un député-médecin, tous passent à la moulinette dans ce qui demeure l'une des charges les plus virulentes de Jean-Pierre Mocky. Bien avant que sa carrière ne s'effondre d'un point de vue qualitatif, le réalisateur français signe en 1974 avec Un linceul n'a pas de poches une jolie réussite dans laquelle il tient le rôle principal de Michel Dolannes, journaliste pour qui toute vérité est bonne à dire. Même au risque d'y perdre son boulot ou la vie. Entouré d'une belle brochette d'interprètes parmi lesquels l'on retrouve notamment Jean-Pierre Marielle, Jean Carmet, Michel Constantin, Michel Serrault, Michel Galabru, Michael Lonsdale ou encore Daniel Gélin, l'acteur/réalisateur/scénariste s'entoure également de quelques interprètes féminines. Telle Myriam Mézières qui interprète Myrrha Barnowski, secrétaire russe débarquant en plein tourbillon et travaillant désormais aux côtés de Michel Dolannes ou l'actrice et mannequin Sylvia Kristel, connue pour avoir tenu le rôle d'Emmanuelle dans le célèbre film érotique éponyme de Just Jaeckin la même année. Jean-Pierre Mocky profitera de la présence de la jolie néerlandaise pour la désaper devant l'objectif de la caméra à plusieurs reprises. Mais là n'est pas l'essentiel puisque Un linceul n'a pas de poches s'intéresse avant tout à la corruption qui gangrène notre pays jusqu'au sommet des institutions. Et à ce titre, Jean-Pierre Mocky ne prend pas de pincettes et fonce dans le tas en évoquant le chantage, la censure et autres menaces afin de faire plier le journaliste qui ne se laissera cependant pas dicter son comportement. Même au péril de son existence. Poursuivi par des hommes de main, trahi par son nouvel employeur, Monsieur Laurence (Daniel Gélin) et par le syndicaliste Culli (Michel Constantin), Dolannes va dénoncer par l'entremise de son nouvel hebdomadaire Cosmopolite les avortements pratiqués clandestinement par le député-médecin Carlille (Jean-Pierre Marielle) et qui ont déjà fait trois victimes ou le meurtre d'un cheminot par le maire de la ville après que celui-ci ait couché avec le fils de ce dernier âgé de seulement quatorze ans !


Avec l'aide du scénariste et dialoguiste Alain Moury, Jean-Pierre Mocky adapte le roman de l'écrivain américain Horace McCoy No Pockets in a Shroud édité en 1937 sur le territoire américain et qui chez nous fut publié dans la collection Série Noire neuf ans plus tard. Si Un linceul n'a pas de poches reprend une bonne partie des enjeux du roman, il diffère sur certains points. Situant logiquement son action aux États-Unis, No Pockets in a Shroud évoquait notamment un groupuscule d'extrême-droite formé autour de notables dont les méthodes furent proches de celles du Ku Klux Klan. Évocation d'un suprémacisme blanc qui disparaît donc du long-métrage au profit d'une société ne naviguant plus au cœur des années trente mais quarante ans plus tard sur le sol français. À égale distance de sa dénonciation des politiques, du sport et des médias corrompus, le réalisateur évoque également la liberté de la presse et d'expression, ici, muselée par des politiciens à travers de juteuses promesses financières et aborde le sujet de la pédophilie à travers ce maire qui coucha avec un adolescent avant de faire tuer le père du jeune garçon. Habitué du genre et endossant une fois de plus le costume du héros cherchant à dénoncer l'hypocrisie de la France à l'époque ou Valérie-Giscard d'Estaing était au pouvoir, Jean-Pierre Mocky signe une œuvre très ambitieuse dont la durée (plus de deux heures) étonne. Un linceul n'a pas de poches demeure au sommet d'une carrière bordélique où le meilleur se confondait souvent avec le pire mais au cœur de laquelle, jamais le réalisateur ne fit le moindre compromis. Alors, bien sûr, le film n'est pas dénué de défauts. À commencer par ces troisièmes-rôles incapables d'aligner deux phrases sans regarder l'objectif de la caméra ou cette post-synchronisation généralement imparfaite. Mais que faire de ces menus défauts qui furent nettement plus visibles dans d'autres circonstances et qui ici s'effacent au profit d'un récit sous haute tension dont le dénouement est d'ors et déjà écrit. Coup de chapeau à Jean-Pierre Marielle qui interprète un député-médecin bien pourri et à quelques séquences rondement menées...

 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...