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samedi 24 décembre 2022

Nocebo de Lorcan Finnegan (2022) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Il y a deux ans sortait sur les écrans le second long-métrage du réalisateur irlandais Lorcan Finnegan, Vivarium. Une œuvre pleine de promesse qui au final se fit intellectuellement moins pénétrante que prévu. Un film au concept inédit dont le principal défaut entrait directement en corrélation avec l'un de ses principaux objectifs. L'on y découvrait un couple s'installant dans un immense (et sinistre) lotissement flambant neuf, le couple devenant ainsi prisonnier des lieux sans pouvoir jamais s'en échapper. Un espace en forme de boucle infinie que l'on pouvait matérialiser sous le symbole ''∞'' créé par John Wallis en 1655 (apparu pour la toute première fois dans l'ouvrage ''De sectionibus conicis''). Un cauchemar qui allait malheureusement se révéler être redondant et décevoir toutes nos attentes. Si Lorcan Finnegan fut l'auteur du scénario aux côtés de Garret Shanley, ce dernier sera seul en charge de l'écriture du script de son nouveau long-métrage Nocebo. L'irlandais passe un cap. Non pas celui de l'originalité puisque de ce point de vue là, tous les espoirs sont permis à travers un récit qui une fois de plus n'imite pas le voisin mais s'approprie diverses thématiques pour les faire siennes. Sans qu'il n'y perçoive la complaisance latente qui parfois peut pourrir la matière même d'un récit, Lorcan Finnegan vise la fusion entre horreur épidermique, épouvante mystico-ethnique et drame social. Nocebo déploie une histoire comme les éléments d'un puzzle renversés sur une table avant que celui-ci ne soit reconstitué. L'on imagine alors le travail d'écriture de Garret Shanley et la composition du montage de la part de Aaron McGurgan et Lara Stewart. Une complexité apparaissant si fluide à l'écran que le récit en gagne en intensité ainsi qu'en clarté. Nul besoin pour le spectateur d'aller chercher telle ou telle clé enfouie dans la tête du réalisateur ou du scénariste. Tout est limpide et révèle la perversion et la cruauté du drame qui se déroule sous nos yeux. Mais quelles sont donc les surprises que nous réserve le film de Lorcan Finnegan. Et surtout, est-il parvenu cette fois-ci à atteindre son but jusqu'à l'ultime seconde ?


La réponse à cette dernière question est oui, sans conteste. Si Vivarium s’essoufflait sur la longueur, Nocebo, lui, parvient non seulement à maintenir l'intérêt jusqu'au bout mais se permet d'accentuer au fil du récit la tension qui s'installe au sein de la famille de Christine, jeune femme interprétée par l'actrice Eva Green, en mode conceptrice de vêtements pour enfants atteinte d'un mal que les médecins semblent être incapables de soigner. L'irlandais nous épargne d'ailleurs toute séquence parasite située dans un quelconque cabinet de médecin et intègre presque immédiatement cette jeune philippine venue ''soulager'' la mère de Bobs (Billie Gadsdon) et épouse de Felix (l'acteur Mark Strong). Le film entre dans le vif du sujet et l'on comprend assez rapidement que le réalisateur ne vise très clairement pas l'humour familial mais plutôt ces drames du quotidien qui peuvent en un instant chambouler une existence. [!!!ATTENTION  SPOIL!!!] : Pour la faire courte, lorsque les éléments sont en grande partie rassemblés, on comprend que dans ses grandes lignes, Nocebo se rapproche sensiblement du chef-d’œuvre de Brad Anderson, The Machinist. Mais alors que le réalisateur américain embrassait folie, remords et ''conspiration'', l'irlandais, lui, implique des concepts faisant appel au fantastique. Légende originaire des Philippines, pratique comparable au vaudou, l'on pourrait réduire le long-métrage de Lorcan Finnegan à une vague histoire de sorcière, de démon ou de possession alors que Nocebo est bien plus que cela. Quelques visions horrifiques venant émailler l'intrigue pourraient n'apparaître qu'accessoires alors qu'elles sont des éléments essentiels qui permettront au récit de prendre tout son sens. Que les flash-back nous fassent craindre une vérité plus cruelle que celle de la simple implication de la magie au cœur du récit est une certitude. Pour le malheur des protagonistes mais surtout, pour le bonheur du spectateur qui entrevoit ce que veut alors nous raconter Lorcan Finnegan...


Œuvre somme réunissant divers courants, le public français n'aura sans doute pas la chance de découvrir le film sur grand écran comme cela fut pourtant le cas en Irlande dès le 9 décembre dernier. Une erreur de jugement qui comme avant lui toucha, au hasard, l'incroyable Prédestination de Michael et Peter Spierig en 2014. Si aucun écho ne semble avoir résonné sur une hypothétique sortie du film, pour son malheur, Nocebo aurait de toute manière été probablement programmé quasiment à la même date ou aux alentours que celle du mastodonte Avatar 2 : la voie de l'eau de James Cameron. Pourtant, si un film, un seul, mérite de ne pas être mis sous le tapis de l'indifférence, c'est bien celui de Lorcan Finnegan. Irréprochable jusque dans sa tension permanente, l'effroi qu'il génère aux moments fatidiques, son impeccable interprétation (Eva Green et l'actrice et chanteuse philippine, Chai Fonacier), sa mise en scène au cordeau, son scénario imparable, son message social très contemporain mais jamais démagogue, Nocebo assène des visions proprement cauchemardesques que son public n'est pas prêt d'effacer de sa mémoire. Bref, déjà un classique...

 

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