mercredi 16 mai 2018

Les tueurs qui inspirent le 7ème art: Zdzisław Marchwicki - Jestem morderca de Maciej Pieprzyca (2016) - ★★★★★★★☆☆☆



De la fiction...
A la sortie de la projection de Jestem morderca, dernier long-métrage du cinéaste polonais Maciej Pieprzyca, le sentiment d'avoir assisté à quelque chose de passablement innovant est réellement perceptible. Ces individus qui fascinent autant qu'ils révulsent à la simple évocation des horreurs que la justice leur a imputé trouvent leur contradiction derrière le portrait qu'a choisi le cinéaste de dresser sur l'un des pires tueurs en série de Pologne. Car derrière Wiesław Kalicki, cet homme marié, père de deux enfants, se cache peut-être et même très probablement le coupable d'une série de meurtres qui ensanglante le pays depuis plusieurs années et qui jusqu'à son arrestation, a fait douze victimes. Toutes des femmes. Le nom a changé, mais l'histoire repose sur celle de Zdzisław Marchwicki, surnommé à l'époque des faits 'le Vampire de Zagłębie'. Le film se décompose en plusieurs actes pas véritablement définit par de quelconques inserts mais par les différentes étapes menant de l'arrestation du criminel jusqu'à sa pendaison en passant par le procès.
Jestem morderca évoque le contact étroit qui va naître entre le tueur supposé et l'inspecteur nouvellement chargé de l'enquête, Janusz Jasinski. La pression hiérarchique et les attentes du peuple sont telles que pour assurer sa carrière, le flic ira jusqu'à provoquer des faits de la part de certains témoins (ici, l'épouse même du tueur qui espère, en témoignant contre son mari, toucher un million de zloty promis à quiconque aiderait à l'arrestation du tueur). Presque une amitié sincère, allant bien au delà du jeu que certains flics jouent afin d'amadouer les suspects. Si bien que la frontière entre manipulation et réel affection devient de plus en plus floue.

Bien que le cinéaste mette le plus souvent en avant le personnage de Januzs Jasinski (on suit son quotidien d'époux, de père et d'amant se dégrader à mesure que le procès se profile), c'est ici, le tueur qui nous intéresse et la manière dont est menée l'enquête avec ce sentiment que l'ordre des choses n'est pas véritablement respecté. L'enquête étant relativement bâclée du fait que les éléments incriminant soient proportionnellement faibles par rapport à l'importance des enjeux, le spectateur finit par se demander dans quelle mesure cet individu que l'on considérait au premier abord comme éminemment détestable, pourrait être en réalité, la victime innocente d'une machine judiciaire n'ayant que comme unique objectif, de rassurer la population.

J'écrivais plus haut que Jestem morderca renforçait le sentiment que quelque chose de neuf se déroulait sous nos yeux. Et c'est sans doute vrai puisque de l'arrestation, en passant par l'interrogatoire, le procès et l'exécution, le spectateur a largement le temps de se faire sa propre opinion. Au point de se demander si l'on assiste pas simplement à une erreur judiciaire. Et lorsque le doute arrive, alors, ce personnage que l'on méprisait se mue alors en un individu victime du système. De la broyeuse judiciaire, et ce, jusqu'à ce qu'il soit pendu. Ne reste plus alors que l'insupportable impression d'avoir assisté à une injustice. Un fait qui sépare très largement la fiction de la réalité. D'ailleurs, le cinéaste Maciej Pieprzyca semble avoir volontairement choisit de s'éloigner de la réalité pour ne conserver qu'une partie de la véritable histoire. Au final, Jestem mordercase révèle être une assez bonne surprise, déroutante, et laissant non pas un sentiment mitigé consécutif à la réalisation ou à l'interprétation, toutes deux de très bonne facture, mais à la forte impression de manque qu'offre le récit qui ouvre des portes sans que toutes soient fermées. Un choix risqué, mais qui s'avère finalement payant puisque le film laissera sans doute quelques traces dans l'esprit des spectateurs lors d'un final poignant...

...à la réalité
Né le 18 octobre 1927, le serbe Zdzisław Marchwicki est connu en Pologne pour avoir commis de nombreux meurtres (14, plus 7 tentatives). Surnommé le Vampire de Zagłębie', il débuta sa carrière de tueur en série le 7 novembre 1964, laquelle s'acheva le 4 mars 1970, et fut arrêté deux ans plus tard, le 6 janvier 1972. L'enquête dura plus de deux ans et le 28 juin 1975 lors du procès, le tribunal condamna Zdzisław Marchwicki à mort. Il fut exécuté par pendaison à la prison de détention provisoire de Katowice et enterré au cimetière de Katowice Panewniki, non loin de la tombe d'un autre tueur en série, Bogdan Arnold, surnommé lui-même 'le Vampire de Katowice'...

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