samedi 17 mars 2018

Sélection de 3 films à voir, à revoir... ou à éviter (7)

Dealer... derrière ce titre réducteur, le spectateur pourra envisager le troisième long-métrage du cinéaste français Jean-Luc Herbulot comme une ode à la poudre, à la résine ou tout autre forme que peuvent prendre les drogues et qui sont désormais la principale source de revenus des petits caïds de cités sevrés aux Scarface de Brian de Palma. L'auteur de Concurrence Loyale et de Sick semble avoir plutôt été son inspiration dans le cinéma du cinéaste danois Nicolas Winding Refn et de son excellente trilogie Pusher. Jean-Luc Herbulot concentre ici tous les malheurs de son unique (anti)héros en un seul film. Et ce personnage dont le film semble au départ faire l'apologie n'est qu'un petit voyou sans presque aucune envergure, affublé d'un pull marqué du sceau CCCP, marié, père d'une gamine et amant d'une pute. Le sujet aurait pu se révéler agaçant. Voir ce dealer de drogue érigé en héros d'une œuvre sentant dès le départ, le souffre et la mort. Celle procurée par la dope qu'il vendait jusqu'à maintenant mais qu'il a décidé de laisser tomber. Enfin, presque. Juste une dernière affaire et Dan passera à autre chose. Sauf que comme dans le film de Nicolas Winding Refn ce dernier deal sera celui de trop. Lors d'une descente de flics en civil dans son immeuble, Dan, porteur d'un sachet de cocaïne, décide de planquer la poudre dans les toilettes de Chris, la prostituée. Lorsqu'il repasse plus tard dans l'appartement, le jeune dealer constate que la drogue a disparu. Interrogeant Chris qui nie y avoir touché, Dan est désormais condamné à rembourser son fournisseur, le 'black' Delo, avant minuit. Mais comme une fois encore, rien ne va se passer comme prévu, les heures qui le séparent de l'échéance vont transformer l'existence de Dan et de ses proches en véritable calvaire.
Dealer est brut(al). Il prend le spectateur de front sans jamais rien lui épargner. Ni les errances verbales d'un Dan en voix-off ou prise directe avec ses interlocuteurs. A la manière d'un très long rap sans musique, le héros balance sa mélopée durant plus d'une heure et quart. C'est bien écrit, et même foisonnant de métaphores. L'argot des banlieues y maintient son règne, l’œuvre de Jean-Luc Herbulot ne tournant autour que de ses héros dont le quotidien est gangrené par la violence et la nécessité de faire du fric quoi qu'il en coûte. Le film est un exercice de style parfaitement maîtrisé par son auteur ainsi que par ses interprètes, et notamment l'acteur Dan Bronchinson qui n'interprétait là, que son second personnage sur grand écran après quelques courts-métrages. Dealer, c'est aussi parfois des scènes crues, dont l'une retiendra sans doute l'attention par son caractère difficilement supportable : l'égorgement (halal) de l'ami de Dan dans des conditions abominables. Un acte sans concession qui témoigne de la volonté du cinéaste de ne rien concéder au romanesque. Dealer pue (dans le bon sens du terme) le vécu et dans le paysage français, ça fait du bien, d'autant plus que Jean-Luc Herbulot ne choisi ni de condamner son personnage, ni de le ériger en héros des temps modernes. Il s'agit là simplement d'un témoignage diablement excitant. Le Nicolas Winding Refn ? Peut-être bien, oui...

Wolfen de Michael Wadleigh, An American Werewolf in London de John Landis, Howling de Joe Dante, autant de films traitant du sujet de la lycanthropie. Autant de projets considérés comme de véritables chefs-d’œuvre pour une ou plusieurs raisons. Du moins, parmi les plus célèbres et les plus reconnus, et auxquels j'accorderai toute mon attention dans un prochain article spécial Loups-Garous. Tout ça pour aborder un autre long-métrage traitant du même sujet mais dans un registre le rapprochant nettement davantage du conte que du simple film d'épouvante. The Company of Wolves du cinéaste et écrivain irlandais Neil Jordan, auteur d'une vingtaine de long-métrages pour le grand écran fait partie de ces œuvres qui ont laissé une empreinte indélébile à toutes celles et ceux qui l'ont découvert à l'époque de sa sortie en salle. La première chose qui saute aux yeux, c'est sa ressemblance avec le conte de Charles Perrault, Le Petit Chaperon Rouge dont il reprendra d'ailleurs la trame en fin de récit. D'ailleurs, le cinéaste ne semble pas s'en cacher puisque sa jeune héroïne Rosaleen étant elle-même affublée d'un chaperon de la même couleur que celui que porte celle du célèbre conte pour enfants, le rapport n'est plus inenvisageable. Pourtant, malgré son statut de conte, le film de Neil Jordan est (ou était, du moins à l'époque de sa sortie) à réserver aux adultes.
Le récit tourne donc autour de la jeune et jolie Rosaleen (l'actrice anglaise Sarah Patterson), endormie dans sa chambre, rêvant d'un pays imaginaire où les loups sont tant redoutés que ses habitants en content des légendes effrayantes aux enfants afin qu'ils ne s'éloignent jamais du droit chemin. Une des trois règles que la grand-mère incarnée dans le rêve de Rosaleen auquel fait partie la jeune fille lui conseille d'accorder toute son attention. L'autre règle essentielle dans ce pays s'enfonçant dans une forêt touffue où il n'est pas rare de croiser tout un tas d'animaux, est de ne surtout pas faire confiance aux hommes dont les sourcils se rejoignent. Afin d'appuyer son propos, la grand-mère de Rosaleen, interprétée par la célèbre Angela Lansbury de la série télévisée Arabesque, lui conte ainsi l'histoire d'un voyageur de commerce fraîchement marié, qui le soir de la (pleine) nuit de noce disparaît... c'est presque ainsi que débute donc ce film connu chez nous sous le titre La Compagnie des Loups. Un long-métrage d'à peine une heure-trente mêlant un conte s'inscrivant dans le songe d'une enfant, lui même parsemé de récits s'apparentant à des sketchs. Neil Jordan nous rappelle sans cesse que l'histoire n'est que le cauchemar d'une jeune fille et nous rassure ainsi sur la nature strictement fantasmée. Des situations imaginaires ne reposant que sur la fiction. Avec un budget de deux millions de dollars et la participation des sociétés d'effets-spéciaux Reel Eye Company (spécialisée dans les prothèses) et Snow Business International (spécialisée, elle, dans les effets de neige) La Compagnie des Loups offre un spectacle enchanteur, à la lisière d'un Neverending Story 'lycanthropique', parsemé de décors féeriques en carton-pâte et d'effets-spéciaux parfois très gore. Pourtant, le film ne peut être considéré comme une œuvre à l'usage exclusif des amateurs de films d'horreur. Il s'agit avant tout d'un conte, qui avec plus ou moins de bonheur selon les situations explorées, honore son contrat. On ne peut retirer à La Compagnie des Loups son originalité. Et même si le film, trente-deux ans après sa sortie, a quelque peu vieilli, il a conservé une grande partie de son charme... Original, élégant et captivant...

Pour terminer, nous quittons la lycanthropie pour le vampirisme avec une œuvre qui là encore, marqua toute une génération. Celle des années quatre-vingt. On y découvrait presque un Kiefer Sutherland qui n'avait jusque là tourné que dans une poignée de long-métrages, dont le génialissime Stand By Me de Rob Reiner. Ce film, c'est The Lost Boys, ou, Génération Perdue. Une œuvre pas tout à fait aussi culte que l'immense Breakfast Club de John Hughes, et tournant cette fois-ci non pas autour de quelques adolescents collés un samedi après-midi dans un collège, mais une bande de motards aux dents longues. Sur une idée de Richard Donner (réalisateur entre autres de la saga Lethal Weapon), le quatrième long-métrage du cinéaste américain Joel Schumacher surfe sur le succès du premier volet du diptyque Fright Night sorti deux ans auparavant. Il oppose trois gamins à la sauce Goonies (œuvre justement réalisée en 1985 par Richard Donner et notamment interprété par Corey Feldman, présent dans Génération Perdue) à une petite tribu de vampires aux cheveux longs, portant des blousons (souvent) noirs, et adeptes de sang, dont le chef n'est autre qu'un certain David. Une famille constituée de la mère et de ses deux fils Michael et Sam viennent s'installer en Californie, dans une ville réputée pour être la plus criminogène du pays. Des dizaines de personnes, hommes, femmes et enfants ont disparu et il n'est pas rare de voir en ville placardé sur les murs, des avis de recherche à leur nom. Lors d'une sortie nocturne, Michael croise le regard de Star et en tombe immédiatement amoureux. Le hic, c'est que la jolie jeune femme est la compagne de David, le chez des vampires. Michael se retrouve embarqué dans une aventure dont les conséquences vont être terribles : invité à boire un breuvage dont il ignore l'origine, il va peu à peu se transformer lui-même en vampire. Il ne pourra compter que sur son frère ainsi que les deux amis de celui-ci, les frères Frog, pour espérer pouvoir redevenir le jeune homme qu'il était avant sa rencontre avec la bande de motards.
L'un des principaux atouts de Génération Perdue est d'ignorer une partie de la mythologie du vampirisme pour se concentrer sur son époque. Celle des années quatre-vingt, ses voyous organisés en bandes, ses familles éclatées, et même le SIDA, ici, représenté par le rituel durant lequel Michael boit le sang de David et est ainsi infecté. On nage en pleines années 80. La musique et le look des personnages ne trompe personne sur l'époque. Rock FM, coiffures 'fauves', néons, le film de Joel Schumacher est une chasse aux vampires organisée par un trio de gamins, ajoutant à son aspect fantastique, une bonne dose d'humour. A part quelques effets gore dont un du plus bel effet (la scène de la salle de bain vers la fin du film), le film peut se voir comme un bon divertissement familial. S'inscrivant dans une époque révolue et accusant quelque peu son âge, le film risque de déplaire au jeune public d'aujourd'hui, sevré aux Saw et autres torture-porns. A réserver d'abord à ceux qui le découvrirent en salle à l'époque de sa sortie...





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