Il aura sans doute fallut
qu'émerge de tout ce fatras de comédies juvéniles et
« crétinisantes »,
l’œuvre d'un certain Bruno Merle, scénariste et réalisateur
d'une poignée de court-métrages et d'un seul au format long, celui
dont nous allons parler ici. Héros,
conspué par une majorité des critiques professionnels mais sauvé
par une poignée d'anonymes qui ont découvert tout comme votre
serviteur, un Michael Youn extrait du carcan nocif dans lequel bien
trop d'individus l'ont cantonné. L'ancien animateur de télévision,
célèbre pour son émission Le Morning Live
diffusée entre 2000 et 2002. La télé poubelle dans sa plus simple
expression. En parallèle, un début e carrière au cinéma. Quelques
comédies pas franchement irrésistibles et ne mettant jamais en
valeur un interprète que les médias se feront un devoir
d'assassiner à chaque intervention. Du moins, les moins indulgents.
Ces pseudo-intellectuels du Paysage Audiovisuel Français qui se sont
pourtant nourris de cet article incompris et, parfois
incompréhensible. Une carrière sacrifiée à la bouffonnerie à
laquelle, pourtant, le cinéaste français Bruno Merle proposera une
alternative osée, risquant d'anéantir une fois pour toute la
carrière d'un Michael Youn confiné aux rôles de comique. Pourtant,
Hérosva
révéler au public un acteur différent de celui auquel il était
habitué. On quitte ainsi la sphère habituelle dont la force
d'attraction empêchait Michael Youn de se libérer pour plonger dans
l'univers sombre et tragique de Pierre Forêt, chauffeur de salle.
Michael
interprète donc ce personnage solitaire qu'une succession de drames
personnels ont plongé dans un état dépressif insolvable. L'amour
de sa vie s'est envolée voilà dix ans. Lisa, sa Roxane, promise
selon lui à une brillante carrière d'actrice. Son père, lui, est
mort et se décompose lentement dans l'une des pièces de
l'appartement où vit Pierre. Incapable de se défaire de son
géniteur, il invoque des raisons futiles afin de le conserver auprès
de lui. Et puis, il y a Maurice, le voisin atteint d’écholalie. Et
surtout Clovis Costa, star du rock que Pierre a kidnappé et garde
enfermé dans un pièce où tourne en boucle des enregistrements de
rires. Pierre n'en peut plus de faire rire, lui qui rêve d'être
chanteur et acteur dramatique. Mais personne ne croyant ou ne voulant
de cette facette de son talent, il espère, lorsque l’enlèvement
de Clovis Costa sera public, pouvoir parler au président de la
République afin d'évoquer ses exigences : organiser un concert
pour le rockeur auquel il participera lui-même en tant
qu'interprète. C'est dans cette bulle, à l'écart de toute forme
d'humanité que Pierre va évoluer...
Cela
va sans dire, dès les premières minutes, Héros
se révèle être un objet filmique non identifié. De ces OFNI
assumant totalement leur originalité et une certaine spontanéité.
Pourtant réalisé il y a une dizaine d'années sur la base d'un
scénario écrit à quatre mains par le cinéaste lui-même ainsi que
par Emmanuelle Destremau, le long-métrage de Bruno Merle bien
davantage que beaucoup d'autres comédies dramatiques mérite le
statut d’œuvre culte de part son approche tout à fait originale.
Une histoire casse-gueule, qui sans un minimum de maîtrise aurait
flirté avec le ridicule mais qui grâce à l'étonnante performance
de Michael Youn à gagné ses galons de film culte.Alors, bien sûr,
on entendra quelques critiques avec, avouons-le, une certaine
justesse, revenir sur les défauts d'une première œuvre pourtant
courageuse. Mais là où le cinéaste et le principal interprète
(accompagné, ne l'oublions pas, de Patrick Chesnais, Élodie Bouchez
et Jackie Berroyer pour ne citer qu'eux) méritent tout notre
respect, c'est dans la prise de risque. En cela, on ne peut
qu'applaudir et ce, même si les deux heures (ou presque) que dure
Héros auraient
mérité d'être expurgées d'un bon quart-d'heure. Mais ne boudons
pas notre plaisir car le cinéaste et son interprète nous offrent de
réels instants de poésie et quelques vagues d'émotions qui
tiennent parfois du miracle dans ce spectacle qui tient en équilibre.
Michael Youn incarne presque à lui seul le film de Bruno Merle
puisqu'en produisant une très grand partie des dialogues (on se
souviendra de ce plan-séquence durant lequel son personnage parle
d'amour et évoque Lisa en compagnie de Clovis Costa ou la scène
durant laquelle il récite par caméra interposée, la dernière
réplique de Cyrano de Bergerac avec Lisa) avec un réel talent de
comédien. Quant au cinéaste, on le découvre jouant avec sa mise en
scène, sa caméra virevoltant dans les airs, au dessus de ses
personnages, la propulsant dans un ciel éclairé d'étoiles factices
ou la projetant dans le vide. Avec Héros,
Michael Youn semblait enfin promis à une belle carrière. La suite
allait ou pas confirmer cette première impression positive. A
voir...
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