mercredi 31 janvier 2018

The Ones Below de David Farr (2015) - ★★★★★★★☆☆☆



Roman Polanski, à travers sa trilogie de l'appartement, avait compris bien avant d'autres que l'horreur, la vraie ne s'inscrivait pas dans un quelconque imaginaire mais bien dans un contexte social réaliste. C'est ainsi que par trois fois, en 1965 avec Répulsion, en 1968 avec Rosemary's baby puis en 1976 avec Le Locataire, il s'appliqua à mettre en place ce principe et réalisa pas moins de trois des plus terrifiants longs-métrages de l'histoire du cinéma. Quarante ans après que le polonais ait clôt sa terrifiante trilogie, voilà que débarque sans prévenir The Ones Below (ou, London House) qui sur un principe presque semblable à celui de Rosemary's baby risque de marquer durablement les esprits. Le contexte social décrit par le cinéaste britannique David Farr est pourtant aussi désuet et naïf que les mélodrames familiaux diffusés le week-end à heure de grande écoute. Un sentiment que renforce le cadre presque idyllique d'un minuscule immeuble planté au beau milieu d'un quartier tranquille de Londres.

C'est là que vivent Kate et Justin. Un jeune couple qui attend un heureux événement : la naissance de leur premier enfant. Peu de temps après, un second couple vient s'installer dans l'immeuble au rez de chaussée, juste en dessous de l'appartement de kate et Justin. Theresa et Jon attendent eux aussi un heureux événement puisque la jeune épouse attend-elle même un bébé. Invités par Kate à dîner contre l'avis de Justin, la fin du repas se termine par un accident. Une chute dans les escaliers qui cause la perte du bébé de Theresa. Après avoir tenu des propos malheureux envers Kate et Justin qu'ils accusent d'être responsables de la mort du bébé, Jon et Theresa quittent un temps le pays pour se ressourcer en Allemagne.
Lorsqu'ils reviennent plusieurs mois après, Kate a donné naissance à un petit Billy. Renouant avec leurs voisins, ils acceptent de confier de temps en temps leur enfant à Jon et Theresa. Mais alors que cette dernière semble avoir bien récupérer de la perte de son bébé, Kate dépérit. Elle semble avoir l'esprit ailleurs et oublie un jour d'éteindre le gaz. Une autre fois, elle oublie d'arrêter l'eau de la baignoire. Pire : Billy semble allergique au lait maternel. Peu à peu la jeune femme commence à douter de la sincérité des voisins et commence à épier Theresa. C'est là qu'elle découvre qu'en cachette, la jeune femme prend des photos d'elle et du bébé et va même jusqu'à lui donner le sein...

La bande musicale composée par Aderm Llhan, le cadre immaculé, et le rythme lent et cotonneux de la mise en scène procurent le sentiment que l'on est face à un drame exclusivement centré sur la perte d'un enfant et ses conséquences psychologiques sur son entourage. Et d'une certaine manière, c'est en partie le sujet de The Ones Below. Mais en se référant au film de Roman Polanski cité plus haut, allant même jusqu'à en reprendre certain éléments en les transformant (le spectateur finira invariablement par penser que le soda préparé avec « amour » par Theresa à l'attention de Kate est responsable des allergies de Billy), le britannique effectue un virage à trois-cent soixante degrés plongeant ainsi ses protagonistes au cœur d'un thriller émotionnellement très efficace.
Un peu toujours à la manière de Roman Polanski, David Farr développe différentes grilles de lecture allant du complot organisé par le couple formé par les excellents interprètes que sont Laura Birn et David Morrissey (l'inoubliable Gouverneur de la série The Walking Dead) jusqu'à la crise de paranoïa qui semble se développer chez le personnage de Kate admirablement incarné par l'actrice française Clémence Poésy.

Dans le genre film d'horreur psychologique, The Ones Below déroule une intrigue implacable, glaçant parfois les sangs devant un époux (l'acteur Stephen Campbell Moore) pas toujours confiant envers une épouse apparemment fort déboussolée. Visuellement, le film de David Farr n'affiche aucune espèce d'ambition. Il réserve cette dernière à travers une mise en scène épurée, efficace, sublimée par des interprètes jouant très justement leur rôle sans jamais dépasser les limites de la cohérence. Au même titre que A l'Intérieur de Julien Maury et Alexandre Bustillo mais dans un registre radicalement différent, on conseillera aux futures mamans d'aller voir ailleurs...

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