jeudi 1 février 2018

Pueles de Eduardo Casanova (2017) - ★★★★★★★☆☆☆



Produit par le cinéaste espagnol Alex de la Iglesia (El Dia de la Bestia, La Communidad, El Bar), le long-métrage d'Eduardo Casanova Pueles ne pouvait qu'intriguer que les fans du premier. Quant au contenu, la curiosité risque d'élargir son champ d'action en rameutant ceux qui considèrent encore aujourd'hui le Freaks, la Monstrueuse Parade de Ted Browning comme une œuvre cinématographique majeure. Pueles, traduit aux États-Unis et en France sous le titre Skin, et qui en espagnol signifie peaux est un long-métrage atypique où se mêle à l'humour noir, une réflexion sur la différence. Sans doute moins émouvant que l’œuvre de Tod Browning mais très certainement tout aussi attirante de part le sujet abordé, Pueles possède la particularité de présenter (exhiber ?) presque exclusivement des personnages possédant une tare physique ou mentale. C'est ainsi donc que l'on fait la connaissance d'Ana, Samantha, Guile ou encore Cristian qui tous, partagent une différence les obligeant à vivre à l'écart de la société. L'une possède un anus à la place de la bouche et vice versa. Une autre est victime d'une neurofibromatose de type 1 (maladie monogénique neurodéveloppementale causant de graves tumeurs), un troisième est brûlé sur toute la surface du corps (visage compris), un autre encore est atteint d'apotemnophilie, trouble neurologique consistant à exprimer le désir d'être amputé d'un ou de plusieurs membres qu'il considère ne pas lui appartenir.

Avec un tel sujet, l'espagnol Eduardo Casanova avait plusieurs options. Soit il proposait un spectacle misérabiliste, larmoyant, dramatique, démagogue ou moralisateur, soit il s'essayait à un exercice de style très particulier afin de distraire le public tout en le forçant à réfléchir sur la condition d'individus et sur un sujet, fort dérangeants. Il y a fort à parier que le premier sentiment du spectateur, bien avant qu'il ait pu jeter un œil au long-métrage de Casanova, sera le rejet. Voire le dégout. Pourtant, le cinéaste a l'idée assez amusante de présenter au moins un cas qui ne semble avoir jamais été relevé en terme médical. Autant certains des symptômes révélés plus hauts demeurent le reflet d'une certaine réalité (auxquels nous ajouterons les deux cas de nanisme et celui d'obésité morbide), autant la jeune femme affublée d'un anus à la place de la bouche se révèle totalement farfelue, désamorçant ainsi le caractère morbide d'un tel sujet. Morbide puisque se référant au dégoût primaire du comportant humain naturel rejetant toute forme de différence.

Eduardo Casanova illumine son œuvre d'une esthétique en totale opposition avec le sujet. Décors invariablement plongés dans des teintes rose-bonbon dont les seules variantes sont le mauve et le violet. Bande-originale totalement puérile constituée d'airs d'opéra et de chansons de variété espagnoles en décalage permanent. Pueles comprime avec intelligence toutes les formes de réaction face à ces maladies qui dérangent. Du père de famille quittant le foyer par honte d'avoir refiler sa tare à son enfant, jusqu'à l'amoureux transit considéré comme déviant, en passant par les deux frères que Mère nature a, avec ingratitude, affublé d'un quotient intellectuel de légume, terrorisant jusqu'au viol, l'un des « freaks » de cet étonnant long-métrage qui ne laissera personnage indifférent. L'humour y est noir, parfois pesant, Eduardo Casanova se laissant aller à quelques débordement trash (la jeune fille aveugle, prostituée de force et « fist-fuckée » par ses clients, ou bien la très, très grosse propriétaire d'un bar s'enfonçant le tuyau d'une douche lors d'un lavement afin de rejeter les deux immenses diamants qu'elle a volé à la première en les avalant !!!) que tout un chacun jugera de bon ou mauvais goût.
Toujours est-il que Pueles possède l'avantage de proposer un « freak-show » barré, inhabituel dans le paysage cinématographique espagnol et même mondial. Une œuvre qui n'aboutira malheureusement pas totalement dans sa réflexion, la faute, justement, à un esprit trash et humoristique ne laissant qu'une part congrue à l'émotion. Quelque part entre Freaks et Basket Case de Frank Henenlotter. A voir tout de même...

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