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samedi 2 décembre 2017

Cruel de Éric Cherrière (2014) - ★★★★★★★☆☆☆



Contrairement au boucher de métier de Seul contre Tous de Gaspar Noé qui passait son temps à ruminer sa haine de l'autre sans jamais passer à l'acte autrement qu'à travers le fantasme, celui de Cruel tue depuis dix ans. Pas vraiment une profession de foi, juste ce besoin de comprendre l'âme humaine. De l'étudier. Cruel, ou comment une enfance peut être détruite par le décès d'une mère à l'âge où tout reste à apprendre. L’intérimaire Pierre Tardieu vit de petits boulots. Tantôt employé dans une déchetterie, tantôt agent d'entretien sur des avions de tourisme. Jamais heureux. Pas d'amis (ou si peu), pas de compagne avec laquelle partager son existence. Juste un père, malade. Sénile. Incapable de se suffire à lui même et que Pierre a entièrement pris en charge depuis qu'il a envoyé balader l'aide à domicile. Pierre cache un lourd secret qu'il ne partage qu'avec son père. Il kidnappe depuis dix ans, hommes et femmes, les séquestres dans le sous-sol de la demeure familiale construite par son grand-père il y a longtemps déjà. Une cave secrète qui servait durant la seconde guerre mondiale, à cacher les juifs de l'envahisseur nazi. Puis vient le moment de se débarrasser de l'encombrante victime du moment. Un coup de pied de biche bien placé ou une balle dans le corps suffiront à définitivement éliminer les proies de ce tueur qui recense méthodiquement dans de vieux cahiers d'école achetés auprès du libraire et seul proche de Pierre, Damien Pasquet, les différentes étapes menant à l'enlèvement, puis au meurtre de chacune de ses victimes.

Puis c'est la rencontre avec Laure Ouan. Jeune femme qui tout à fait par hasard s'avère être une amie de la toute première victime de Pierre tuée il y a dix ans déjà. Une histoire d'amour naissante. Inattendue dans ce climat des plus austère qui transpire la tristesse à chaque plan. Pour ce premier long-métrage en tant que réalisateur, le cinéaste Éric Cherrière signe une œuvre parfaitement maîtrisée. Et si dans un premier temps, la froideur et l'impersonnalité du climat laissent envisager d'un film qui ne tiendra pas longtemps la route face à l'ennui qui sommeille et risque de projeter le spectateur dans le monde merveilleux des rêves, on finit pourtant par être irrémédiablement attiré par cette histoire traitée de manière fort habile.
Si la plongée dans la psyché des sociopathes n'est pas vraiment chose courante en France à part en quelques rares occasions (pour exemple, le Noé cité plus haut ou encore l'étonnant Barracuda de Philippe Haïm avec le regretté Jean Rochefort), Cruel n'a pas non plus vraiment de rapports avec les Maniac et les Schizophrénia servant de références aux amateurs du genre. Nous sommes davantage face à un long-métrage esthétisant son propos à la manière d'une œuvre auteurisante sans pour autant gâcher le tableau à travers des scories prétentieux. Non, tout ici est question de finesse. Dans le jeu de ses deux principaux interprètes que sont les sosies d'Alain Bashung, Jean-Jacques Lelté et de Mélanie Laurent, Magalie Moreau, toute la virtuosité du cinéaste est de créer l'empathie pour un homme à priori épouvantable.

Un gamin en quelque sorte, figé dans son enfance. Dont l'existence est éclairée par ses seuls souvenirs. L'intrigue policière étant réduite à sa plus simple expression, Cruel est un voyage intérieur particulièrement sombre, auquel certains auront sans doute beaucoup de mal à adhérer. Mais la récompense, en réalité, est grande, puisque au delà des quelque déceptions qui pourraient naître des débuts plutôt mollassons, Cruel se révèle par la suite particulièrement passionnant. Bien que le sujet devrait naturellement s'y opposer, on s'attache à ce personnage que la vie n'a pas épargné. Et même si l'on rejette en bloque ses actes de barbarie, qui ici nous sont livrés avec une économie de moyens bienvenue (pas la peine de donner dans le crapoteux), Pierre risque de vous hanter un bon moment. A noter la présence exceptionnelle d'un acteur bien connu, Yves Afonso, qui outre le fait qu'il débuta sa carrière au cinéma au milieu des années soixante traîna sur les plateaux de bon nombre de longs-métrages dont L'Aile ou la Cuisse (Le faux plombier espionnant Louis de Funès pour le compte de Julien Guiomar, c'est lui), Les Charlots en Délire, Radio Corbeau, ou encore Tenue Correcte Exigée. Cet acteur français né à Saulieu en 1944 était très souvent comparé à Jean-Paul Belmondo. A noter également que le film resta dans les cartons durant trois ans avant de se voir offrir une sortie cinéma le 1 février 2017. Cruel demeure une excellente surprise accompagnée par la superbe partition musicale d'Olivier Cussac, et à côté de laquelle il serait dommage, et même stupide de passer...

1 commentaire:

  1. Et aussi Maurice Poli (Belle et Sébastien 1965) qui fît l'essentiel de sa carrière en Italie
    dans le cinéma bis !

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