mardi 22 novembre 2016

Spider Baby de Jack Hill (1964)



Les membres d'une famille vivant recluse dans une luxueuse demeure sont tous atteints par un même mal dénommé Syndrome de Merrye du nom d'un lointain ancêtre, Ebenesiah Merrye. Cette maladie qui touche les enfants vers l'âge de dix ans provoque une régression mentale inéluctable dont la dernière étape est une modification physiologique grave. Très précautionneusement gardés auprès de lui par l'ancien domestique de leur père récemment décédé, Elizabeth, Virginia et surtout Ralph ont tous les trois contracté la maladie. Les voisins les plus proches préfèrent ignorer leur existence que d'être mis en contact avec cette famille souffrant de plus, d'un étrange comportement. Notamment celui de Virginia qui se prend pour une araignée et Ralph qui passe son temps enfermé dans un monte-charge.
Mais alors que Bruno, le majordome veille au grain, la famille reçoit un jour une lettre leur signifiant l'arrivée prochaine de deux membres de la famille dont l'intention est de récupérer l'intégralité du domaine, de la demeure, ainsi que du mobilier tout entier. Alors que Bruno prépare les enfants avant l'arrivée d'Emily, de Peter, ainsi que de l'avocat Schlocker et de sa secrétaire Ann, tout semble prêt pour accueillir les nouveaux arrivants. Mais sous l'emprise du terrible mal qui touche les membres de la famille Merrye et des secrets que recèlent la demeure, rien ne va se dérouler comme prévu...

Spider Baby s'ouvre quasiment sur une scène de meurtre. Celui du facteur venu apporter la lettre indiquant que la vie presque paisible de cette petite famille, digne héritière du Freaks de Tod Browning va être bientôt bousculer. A une ou deux années près, ce troisième long-métrage du cinéaste américain Jack Hill (La Femme Guêpe, L'Halluciné) plante un décor qui s'inspire et inspirera deux œuvres majeures du cinéma d'épouvante. Tout d'abord Psychose d'Alfred Hitchock, et sa demeure filmée en contre-plongée, comme avalant littéralement tous ceux qui osent s'en approcher. Gargantuesque, fascinante, inquiétante et pesant de tout son poids. Quant à tous ceux qui connaissent par cœur Massacre à la Tronçonneuse version 1974, comment pourrait-on ignorer une certaine filiation entre ce film de 1968 et l'oeuvre de Tobe Hooper. Je n'irais pas jusqu'à dire que ce dernier s'est réapproprié plan par plan la scène d'introduction du facteur dans la propriété des Merrye, mais tout de même. Il y a de singulières similitudes entre celle-ci et le passage inoubliable où les personnages de Pam et de Kirk cherchent à savoir s'il y a présence d'un quelconque habitant dans la demeure de la famille Tronçonneuse. Similitude que l'on retrouve quelques instants plus tard lorsque le piège retombe sur le facteur, la fenêtre-guillotine remplacée six ans plus tard par une porte métallique.

Passées ces premières constatations, Spider Baby est une œuvre hallucinante. Totalement en marge de la production de l'époque et surtout, dans son traitement, très en avance sur son temps. Un film morbide, mélangeant déviances, maladie et nécrophilie. Dans un contexte où l'on mystifie des cas rares de dégénérescence physiologiques, le cinéaste développe volontairement un amalgame entre lycanthropie et hypertrichose, faisant de ses bêtes de foires des monstres du bestiaire fantastique. On se demande dans quelle mesure certains protagonistes sont de réels malades jusqu'à ce que l'on découvre que le Ralph du film n'est autre que l'acteur Sid Haig que l'on a pu revoir ces dernières années dans plusieurs longs-métrages de Rob Zombie.
Spider Baby est parfois si barré que l'on s'étonne que le film date de 1968. Nauséeux, il rappelle parfois un certain Lolita dans son approche de l'érotisme. En fait, la date précise demeure en réalité 1964, la faillite du producteur ayant reculé de quelques années toute possibilité de sortie du film de Jack Hill. Sorti sous plusieurs titres (The Liver Eaters , Attack of the Liver Eaters , Cannibal Orgy , ou encore The Maddest Story Ever Told) est considéré comme une œuvre culte. L’apanage de quelques œuvres qui à l'époque ont apporté un sang nouveau au genre fantastique-horreur. A l'image de Carnival of Souls dont j'espère pouvoir parler un jour en ces pages.Le film de Jack Hill distille autant le sourire que le malaise. On ne sait jamais s'il vaut mieux rire ou s'inquiéter des membres étranges de cette famille, en tout cas, merveilleusement bien interprétés. A noter le rôle de Bruno, campé par le célèbre Lon Chaney Jr.... 

1 commentaire:

  1. Vu que tu l'évoques, as-tu vu le film "L'Halluciné" de Roger Corman, dont Jack Hill est l'assistant réalisateur. Dans un décor très carton-pâte, Nicholson y cabotine bien malgré lui... c'est son premier grand-rôle, mais bon, je le préfère de loin dans "La petite boutique des horreurs", film mal fichu mais drôle, ou dans L'Ouragan de la Vengeance et The Shooting de Hellman.

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