vendredi 18 novembre 2016

Don't Breathe de Fede Alvarez (2016)



Détroit. Une ville qui se dépeuple et des quartiers laissés à l'abandon. C'est dans ce cadre austère que prend place le récit de Don't Breathe. Un titre qui colle parfaitement à cette « relecture virtuose du Sous-Sol de la Peur» comme l'affirme Alexandre Poncet du magazine Mad Movies. Un cauchemar urbain. Un huis-clos étouffant, morbide et diablement maîtrisé par un Fede Alvares qui déjà nous avait laissé une très bonne impression avec son remake du classique Evil Dead de Sam Raimi.
Don't Breathe, c'est tout d'abord trois amis. Trois jeunes cambrioleurs qui pour quitter Détroit et rejoindre la Californie décident de tenter un dernier coup dans une demeure située aux confins d'une ville fantôme. Rocky rêve de quitter son sordide quotidien et d'en extraire sa petite sœur. Alex, lui, est le fils d'un homme travaillant dans le domaine de la sécurité. Plutôt pratique lorsqu'il s'agit de passer outre les systèmes installés par ce dernier dans les demeures de riches propriétaires. Quant à Money, c'est le compagnon de Rocky. Pas le plus intéressants des protagonistes, mais de toute manière, le cinéaste lui règle son compte assez rapidement. Il se détache des trois personnages, des comportements divers. Entre la prudence de l'un et l'irrespect de l'autre (Money pisse sur la moquette des maisons qu'il « visite »). On distingue très vite qui seront les héros.

Face à nos trois protagonistes, une maison entourée d'habitations désertées, un chien vraiment hargneux, et son propriétaire, un ancien soldat rendu aveugle durant la guerre et ayant perdu sa fille lors d'un grave accident de voiture. Un scénario des plus basique me direz-vous ? Oui... mais non. Si en théorie on se retrouve face à un home-invasion classique, quelques ressorts permettent de le différencier d'une grande majorité des productions du genre.

Tout d'abord, Fede Alvarez met en scène des personnages qui ne sont, chacun à leur manière, jamais véritablement blancs comme neige. Dès le départ, le cinéaste nous renvoie en pleine gueule un fait avéré : celui qu'un soldat ne peut être tout à fait immaculé. Et pourtant, si une certaine idée de la guerre peut nous venir à l'esprit ne serait-ce qu'un instant, on demeure encore bien loin de la vérité. L'aspect social étant évacué après seulement quelques minutes de métrage (et d'ailleurs, qui s'en soucie vraiment ?). Le génie des scénaristes Fede Alvarez et Rodo Sayagues est d'avoir fait du soldat un homme atteint de cécité. Non seulement la maison devient un piège, un univers dans lequel celui qui voit demeure finalement l'individu le moins enclin à se repérer dans des couloirs mal éclairés (pour ne pas dire pas du tout). Tandis que le propriétaire, tel le soldat dans la jungle, est chez lui, et connaît donc par cœur chaque pièce, chaque coursive et sait à quelle place se situe chaque objet. On pourrait le croire affaibli, et d'ailleurs, parfois il l'est réellement. Mais forcé de protéger ses biens et de surtout garder secret le mystère entourant la pièce qui se cache derrière une porte solidement scellée, le voilà de nouveau dans la jungle. Mais ici, pas de végétation, mais des pièces, nombreuses, peut-être moins d'ailleurs qu'il nous semble mais la caméra passant de l'une à l'autre et l'obscurité faussant notre perception des lieux, on a réellement l'impression d'une bâtisse immense. Un labyrinthe dont les diverses issues demeurent inaccessibles.

Don't Breathe est divertissant, doté d'une énergie galvanisante, angoissant, opressant, et aussi rude que l'excellent Green Room de Jeremy Saulnier sorti le 27 avril dernier. Le plus stéréotypé (et par conséquent, le plus agaçant) des personnages étant donc très rapidement « évacué », l'intrigue tourne autour de Rocky, d'Alex et de l'Aveugle. Respectivement Jane Levy (qui interprétait déjà le rôle de Mia dans Evil Dead cuvée 2013, Dylan Minnette (surtout habitué aux séries télévisées) et Stephen Lang (Avatar, la série Terra Nova). Un trio à l'interprétation au plus juste de ce que l'on pouvait attendre de chacun d'eux, la palme revenant à Stephen Lang, tour à tour victime, agresseur, pour enfin révéler son vrai visage, celui que vous découvrirez en visionnant le film. Malgré toutes les éloges que l'on pourrait porter sur ce film, il demeure quelques agaçantes imperfections dont l'une n'est pas des moindres puisqu'elle concerne la crédibilité de certains événements. Je veux bien que la mode soit aux héros indestructibles mais tout de même. Se prendre deux balles de 9mm, puis une grande paire de cisailles dans le ventre avant de tomber de plusieurs mètres de hauteur en traversant une véranda et s'en relever, cela fait peut-être un peu beaucoup pour un seul personnage. Quant aux twists, s'il sont plutôt bien menés, ils demeurent cependant en trop grand nombre. Certains s'en satisferont certainement quand d'autre s'en fatigueront peut-être... Don't Breathe demeure malgré ces menus défauts un film qui en a dans le ventre. Un film à ne surtout pas manquer et à vivre... dans le noir le plus complet...

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