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jeudi 11 août 2022

A Bluebird in My Heart de Jérémie Guez (2018) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

En arrivant sur le marché en juin 2020 et directement en VOD, soit deux ans après sa réalisation, le premier long-métrage de Jérémie Guez souffre tout d'abord de la comparaison avec Léon de Luc Besson. A Bluebird in My Heart arrive donc avec vingt-six ans de retard mais ne souffre pas simplement des similitudes qu'il partage avec l’œuvre du français mais aussi de certains choix entrepris par son auteur qui privilégie le réalisme dont s'abreuve très souvent le festival de Sundance mais qui dans le cas de ce drame mâtiné de thriller tarde à s'imposer lorsqu'il s'agit pour son ancien taulard de passer à l'action. D'autant plus que des films comme celui-ci, le cinéma en a pondu à la chaîne depuis ces vingt ou trente dernières années. Chacun proposant des alternatives plus ou moins subtiles mais en général, nettement plus réjouissantes que l'approche léthargique et attentiste de Jérémie Guez. Au cœur de ce récit, Danny qu'interprète l'acteur danois Roland Møller. Un ancien taulard tout en muscles, en barbe, en tatouages et en mutisme qui s'installe dans une chambre d’hôtel louée par la propriétaire Laurence (l'actrice et chanteuse belge Veerle Baetens). Elle-même épouse d'un prisonnier qui a sa sortie de prison ira refaire sa vie avec une autre et mère de Clara (la française Lola Le Lann) qu'elle élève seule, la jeune femme accepte de louer gracieusement une chambre à Danny en échange de quoi il accepte de faire quelques travaux dans ce même établissement. Clara, elle, aime provoquer son entourage. Elle ''fréquente'' notamment un jeune dealer qui après lui avoir fait sniffer une ligne de cocaïne la viole un soir dans sa voiture avant de la poursuivre dans une ruelle. Heureusement pour l'adolescente, Danny l'entend hurler et intervient avant que son agresseur ne prenne la fuite. Dès lors, l'ancien taulard qui n'est pour l'instant qu'en liberté conditionnelle (il porte un boîtier traceur à la cheville) prend la décision de venger Clara au risque de repartir directement par la case prison...


Et pour en arriver là, il va falloir patienter durant quarante bonnes minutes. Un passage imposé par un Jérémie Guez qui foire à peu près tout ce qu'il entreprend. Et à commencer par la caractérisation du héros qui bien qu'il arbore des tatouages appliqués sur d'épais biceps n'a pas le charisme tant attendu. Concernant le doublage de l'acteur danois, là encore, choisir systématiquement un timbre de voix typique des films d'action où tout pète de partout ne semble pas forcément judicieux. À moins que certains tombent sous le charme de cet ours mal léché ressemblant vaguement à un Hipster passé derrière les verrous, difficile de s'attacher au personnage. Là encore, Danny renvoie au Léon du film éponyme de Luc Besson mais n'obtient pas la même estampille de sympathie que notre star Jean Reno. La jeune Lola Le Lann endosse le même type de costume que celui que portait Natalie Portman dans Léon mais dans une version nettement plus low Cost. Mais surtout, cette coproduction franco-belge est chiante, mais chiante... En observant un milieu vaguement hostile et sombre, voire désespéré (jamais vu une cuisine de restaurant aussi crade!) tout en imprimant un rythme à la limite de la stase, il n'est pas impossible, et même certain, qu'une partie des spectateurs s'endorme ou fuit le spectacle avant sa conclusion. À choisir, l'on préférera se refaire une séance Nobody, l'excellent film d'action réalisé par Derek Kolstad et interprété par le charismatique Bob Odenkirk ! Bon, tout n'est heureusement pas bon à jeter à la poubelle. Le dernier tiers propose enfin une avancée dans le récit et les personnages qui jusque là n'étaient pas particulièrement attachants finissent par avoir un semblant d'intérêt. Rien d'extraordinaire mais ça pourra faire illusion auprès de certains...

 

lundi 5 septembre 2016

Des Nouvelles de la Planète Mars de Dominik Moll (2016)



Philippe Mars est astronaute. Du moins dans ses rêves puisque dans la vie réelle, il est ingénieur en informatique. Divorcé de Myriam, journaliste qui couvre des événements à l'étranger, il est le père de Sarah, une adolescente qui veut absolument réussir pour ne pas « finir comme papa » et de Grégoire, subitement devenu végétarien, et dont une jeune camarade mythomane de seulement douze ans aimerait obtenir les faveurs. Quant à Xanaé, de son véritable prénom Fabienne, c'est la sœur de Philippe. Artiste-peintre, elle prépare une exposition dans laquelle elle projette d'exhiber des peintures de leurs parents dans le plus simple appareil.

Stop. On va arrêter là. Des Nouvelles de la Planète Mars, on peut s'en douter, n'est pas un film comme les autres. C'est même sans doute l'une des comédies françaises les plus étranges qu'ait pondu le septième art depuis ce début d'année 2016. La présence de l'acteur et humoriste François Damiens vient d'ailleurs confirmer cette impression. Lui, mais pas seulement. Celui qui lui tient la dragée haute à son personnage, c'est Jérôme, son désastreux collègue de travail. Celui par lequel l'indicible inconfort pénètre l’œuvre de Dominik Moll, auteur notamment de Harry, Un Ami qui vous veut du Bien et de Lemming. Un individu relégué dans une assez vaste pièce, envahie de matériel au rebut. L'impression qu'il fait partie lui-même de cet ensemble d'objets devenus inutiles est assez marquant. Une dépression et c'est l'accident. Jérôme pète un câble, et jette sur la trajectoire de Philippe, alors qu'un autre était visé, un hachoir qui va couper l'oreille du père de famille.


Les urgences pour Philippe, la psychiatrie pour Jérôme. Rien n'aurait dû destiner ces deux hommes à se rencontrer à nouveau, et pourtant. Par un concours de circonstances, le premier accueille le second chez lui, et c'est le quotidien d'un Philippe mal aimé par les siens qui va s'en retrouvé bouleversé...

Dominik Moll a choisit de traiter son sujet à l'aide de personnages hauts en couleurs, et parfois même inquiétants. Comme peut l'être Vincent Macaigne qui campe ici le personnage de Jérôme et qui sous certains aspects rappelle l'acteur Eric Wareheim que le cinéaste Quentin Dupieux semble plutôt apprécier puisqu'il l'a engagé sur le plateau de deux de ses derniers long-métrages. Des Nouvelles de la Planète Mars n'est pas une comédie légère, n'en déplaise à celles et ceux qui aimeraient retrouver l'humoriste François Damiens dans le registre qui l'a fait connaître à travers notre pays. Son personnage est sur une perpétuelle tangente, comme s'il allait lui-même connaître l'état dépressif dans lequel est tombé Jérôme. Il faut dire que son personnage est entouré de proches particulièrement farfelus. La fille, ambitieuse et moralisatrice (l'excellente Jeanne Guittet), le fils se rapprochant assez vite de l'hôte encombrant (Tom Rivoire), ou encore l'inattendue convive de Jérôme, Chloé, elle aussi sortie tout droit de l'hôpital psychiatrique. En fait, on se demande parfois dans quelle mesure le passage du rêve à la réalité prend forme au moment où Philippe se réveille. Des Nouvelles de la Planète Mars se regarde comme un long cauchemar qui ne prendrait fin qu'au moment où Philippe s'éveille de cet état d'immobilisme que lui reproche à un moment donné le personnage de Chloé interprété par l'actrice belge Veerle Baetens. Une œuvre étonnante, parfois dérangeante, mais assurément originale...
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