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mardi 9 juillet 2024

Les Évadés de la Planète des Singes de Don Taylor (1971) ★★★★★★★☆☆☆



Taylor est mort. Et avec lui a disparue notre bonne vieille planète, théâtre d'un affrontement entre des humains asservis et des singes qui ont pris le pouvoir. Une bombe ! C'est une bombe qui a faillit mettre un terme à la saga La Planète des Singes. Une tentative qui avait déjà échouée lorsque fut décidé de donner une suite au premier volet. Et une autre qui fera taire ceux qui désiraient tant qu'une fois pour toute, le sujet soit enterré. Puisque notre planète n'est plus mais qu'il faut désormais trouver LE subterfuge qui permettra de tourner un troisième épisode, on fait appel au scénariste Paul Dehn, qui avait déjà œuvré sur le précédent volet, prenant la relève de Michael Wilson et Rod Serling (le papa de la fameuse Quatrième Dimension). Le scénariste est frileux à l'idée de travailler dans l'ombre du tyrannique Mort Abrahams. Mais heureusement, celui-ci débarqué de l'aventure, le scénariste peut travailler librement. Après Franklin J. Schaffner et le courageux Ted Post qui perdit une large partie du contrôle sur son œuvre, c'est au tour du cinéaste Don Taylor de prendre les commandes du troisième volet intitulé Les Évadés de la Planète des Singes. Une œuvre qui se plante tout juste au milieu d'une carrière s'étant étoffée d'une bonne cinquantaine de longs-métrages. Richard D. Zanuck quittant la 20th Century Fox pour réapparaître chez Warner Bros, c'est pourtant bien la société de production créée en 1915 par William Fox qui continue de produire le troisième volet de la saga. Alors que Le Secret de la Planète des Singes voyait le budget revu à la baisse en employant, par exemple, les décors du premier long-métrage, la production décide une fois encore de serrer la ceinture en terme de financement. Six millions de dollars d'investissement pour le premier, cinq au départ, puis finalement deux et demi pour le second, et enfin, à peine plus de deux pour Les Évadés de la Planète des Singes.
En relisant le roman de Pierre Boule, le scénariste Paul Dehn imagine pour cette troisième aventure, un voyage dans le temps devant ramener ses principaux protagonistes sur la Terre des années soixante-dix, et plus précisément en 1973. Une date correspondant à deux années postérieures seulement à celle de la sortie du film. La Fox et les producteurs du film peuvent se frotter les mains. Les décors ainsi que les costumes ne nécessitent pratiquement aucun financement puisque le film se tournera cette fois-ci directement dans les « décors en dur » de la ville de Los Angeles. L'autre économie importante que feront les financiers de cette troisième aventure se situant au niveau des maquillages, bien moins nombreux puisque les gorilles, les orangs-outangs ainsi que les chimpanzés laissent désormais la place à seulement trois individus de cette dernière espèce. Alors qu'il lui faut généralement beaucoup plus de temps pour écrire le script d'un film, Paul Dehn se dépasse et propose un scénario après seulement trois semaines d'écriture. Alors que l'actrice Kim Hunter demeurait fidèle au personnage du Docteur Zira qu'elle interprétait depuis le premier volet, c'est après avoir abandonné le rôle du Docteur Cornelius dans le second que l'épatant Roddy McDowall réapparaît sous les traits du très attachant chimpanzé.

En substance, le résultat des Évadés de la Planète des Singe au cinéma se révèle une assez bonne surprise et sans doute demeure-t-il comme la meilleure suite au long-métrage original. D'une certaine manière, ou d'un point de vue strictement chronologique, ce troisième épisode peut se voir comme une préquelle aux aventures de Taylor puisque l'intrigue se situant dans le passé, elle remonte bien avant que la Terre ait vécu le renversement majeur qu'on lui connaît dans le premier et le second opus. Puisque les méchants des deux premiers épisodes ne sont plus, il fallait leur trouver un remplaçant. Ici, il s'agit du Docteur Otto Hasslein, conseiller scientifique du président des États-Unis. Un individu suspect dirigeant ses actions en fonction de ses craintes envers le futur de la planète. Car Zira et Cornelius, seuls survivants en compagnie du Docteur Milo et témoins du drame qui se jouera deux millénaires plus tard ont bien du mal à retenir leur langue. Sur la femelle qui au contact de Hasslein livrera bientôt le terrible secret que son compagnon la contraignait à garder pour elle.
Aux côtés de Roddy McDowall et Kim Hunter, le casting est constitué de Bradford Dillman et Natalie Trundy qui campent respectivement les personnages du Docteur Lewis Dixon et du Docteur Stephanie Branton, deux zoologistes qui prendront soin des deux primates lors de leurs différentes escapades. De la séance devant une commission jusqu'à leur exposition devant les médias en passant par l'intérêt que leur porte Hasslein (l'acteur Eric Braeden), nos deux singes vont avoir fort à faire pour conserver tout leur calme. D'une très bonne facture, Les Évadés de la Planète des Singe pêche parfois en raison de quelques grotesques et inutiles situations, à l'image de la réunion féminine à laquelle participe Zira. Une fois encore, la conclusion est le théâtre d'une fin pessimiste qui laisse pourtant cette fois-ci une porte de sortie à l'éventualité d'un quatrième épisode. Un opus qui verra le jour dès l'année suivante en 1972 sous la houlette du cinéaste J. Lee Thompson. A noter la présence de l'acteur Riccardo Montalban dans le rôle d'Armando, le propriétaire d'un cirque. Un rôle qu'il reprendra l'année suivante. Quant au compositeur Jerry Goldsmith, après avoir été écarté du second long-métrage, il a ici composé pour la seconde et dernière fois la bande originale des Évadés de la Planète des Singes...

lundi 8 juillet 2024

Le secret de la planète des singes de Ted Post (1970) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

L'une des plus mythiques œuvres de science-fiction elle-même adaptée d'un célèbre roman écrit par le français Pierre Boulle et publié pour la première fois en 1963 n'allait pas rester bien longtemps orpheline. En effet, alors que cinq ans plus tard La planète des singes allait rapporter sur le territoire américain plus de trente-deux millions de dollars et qu'en France il allait attirer plus d'un million et sept-cent mille spectateurs Franklin J. Schaffner allait abandonner la place de réalisateur au profit de Ted Post auquel l'on devait notamment jusque là, des épisodes de séries télévisées ainsi que quelques westerns dont Pendez-les haut et court en 1968 avec Clint Eastwood. Après la réalisation d'un épisode pour la série Peyton Place et pour Bracken's World en 1969, il incomba donc à Ted Post la difficile tâche de donner une suite à ce véritable monument au final absolument démentiel, repris d'ailleurs en ouverture de cette première séquelle sortie sur les écrans en 1970 sous le titre de Le secret de la planète des singes. Les fans de Charlton Heston, acteur à la gigantesque carrière qui allait persévérer dans la science-fiction (Soleil Vert de Richard Fleischer en 1973), apparaître dans l'un des classiques du film catastrophe (Tremblement de terre de Mark Robson en 1974) ou tenir la vedette du réaliste Un tueur dans la foule de Larry Peerce en 1976 allaient peut-être être déçus de constater que pour le deuxième volet de cette première franchise qui serait constituée de cinq longs-métrages, celui-ci n’apparaîtrait que lors de courtes séquences. La raison ? L'acteur estima que tout fut dit lors du premier film et qu'envisager de reprendre le rôle de Tyler n'aurait aucun intérêt. Et pourtant, Charlton Heston apparaît bien dans Le secret de la planète des singes. À commencer par la séquence d'ouverture lors de laquelle le personnage de Tyler découvrait que la planète en question était la Terre du futur sur laquelle, désormais, les singes régnaient en maîtres. À l'issue de cette mythique séquence l'on découvre James Franciscus dans le rôle de Brent. Un astronaute parti à la recherche de Tyler et qui tout comme lui s'est retrouvé dans une faille spatio-temporelle qui les projetèrent le capitaine de la navette et lui jusqu'en 3955. dDailleurs, à ce sujet, les observateurs noteront une incohérence chronologique puisque dans La planète des singes, le compteur temporel de la navette à bord de laquelle Tyler s'était écrasé sur le sol de la planète indiquait l'année 3978. Il est donc fort logique de penser que Brent et lui n'auraient pas dû se croiser à sa surface. Du moins, ce dernier aurait dû alors patienter durant vingt-trois ans avant de pouvoir espérer retrouver Tyler !


Dans cette seconde aventure, les personnages de Zira et de Cornélius seront minorés puisque le récit se concentrera essentiellement sur les personnages de Brent, de la sauvageonne Nova (Linda Harrison), du docteur Zaïus (Maurice Evans), du général Ursus (James Gregory) et des adorateurs d'un dieu à l'effigie d'une bombe atomique figurés par des humains mutants et télépathes auxquels se confrontera le héros ainsi qu'une armée constituée de gorilles. L'acteur Roddy McDowall ne reprendra d'ailleurs pas le rôle de Cornélius, lequel sera ainsi interprété par David Watson. Bénéficiant d'un budget revu à la baisse de trois millions de dollars, le compositeur Jerry Goldsmith laissant sa place à Leonard Rosenman, le film sort sur le territoire américain le 26 mai 1970 et une semaine plus tard dans l'hexagone. Le principal intérêt de cette séquelle repose sur cette étrange communauté qui voue un véritable culte à une bombe atomique qui trône dans une sacristie souterraine au cœur d'un vestige enfoui sous la surface de la Terre. Si l'effet de surprise n'y est plus s'agissant des origines de la planète sur laquelle se déroulent les événements, Brent se retrouve dans cette même position que Tyler en son temps lorsque celui-ci découvre effaré qu'il s'agit de la Terre lorsqu'il explore en compagnie de Nova un métro new-yorkais en ruines. Des Matte-painting qui de nos jours paraissent relativement grossiers mais qui permettent à Brent d'évoluer dans des environnements post-apocalyptiques. Au vu du succès de l’œuvre originale, il était fort envisageable de lui donner une suite à travers Le secret de la planète des singes qui en comparaison et qualitativement s'avère pourtant très en deçà. Les scénaristes Mort Abrahams et Paul Dehn conçoivent pour cette seconde mouture une conclusion des plus nihiliste, laquelle signe purement et simplement la fin de toute vie sur Terre puisque non seulement Tyler et Brent y connaîtront une fin tragique, mais la bombe atomique sera également activée, condamnant la planète à sa propre destruction. Ce qui n'empêchera pas les studios 20th Century Fox, au vu du succès du secret de la planète des singes, d'exiger de la part du producteur Arthur P. Jacobs, une nouvelle suite. Celle-ci, intitulée Les Évadés de la planète des singes, sortira sur les écrans un an seulement après le second volet. Kim Hunter et Roddy McDowall y réinterpréteront les rôles de Cornélius et de Zira et deviendront les principaux personnages/interprètes d'une œuvre se déroulant désormais dans le passé...

 

dimanche 7 juillet 2024

La planète des singes de Franklin J. Schaffner (1968) - ★★★★★★★★★★

 



Après avoir redécouvert l'intégralité de la franchise La planète des singes, du classique de Franklin J. Schaffner sorti en 1968, jusqu'au récent La Planète des Singes : Le Nouveau Royaume de Wes Ball et en passant par la purge signée en 2001 par Tim Burton, il est un fait accompli auquel adhéreront certainement plus facilement les anciens que les spectateurs fraîchement sortis des entrailles de leur mère : rien ne pourra jamais remplacer un bon scénario. Pas même la moindre profusion d'effets-spéciaux, aussi exceptionnels puissent-ils être ou une quelconque mise en scène définie comme remarquable. C'est en cela qu'il me paraît objectif de penser que le tout premier volet de cette somptueuse saga également adaptée sur le petit écran au travers d'une série en quatorze épisodes diffusés pour la première fois en 1974 reste le meilleur d'entre tous. Sa sobriété demeurant telle que la lisibilité du et DES messages qu'il transmet est d'une admirable fluidité. Œuvre de science-fiction mythique parmi les plus fondamentalement nécessaires de la seconde moitié du vingtième siècle, La planète des singes de Franklin J. Schaffner délivre un message social et politique sans doute aussi importants que le sera celui promut par un autre classique du genre qui verra le jour quatre ans plus tard : Soleil vert de Richard Fleischer. L'adaptation du roman de l'écrivain français Pierre Boule n'a absolument pas perdu la moindre parcelle d'intérêt dans sa particularité de long-métrage témoignant des conditions d'existence d'un peuple que nous jugeront jusqu'au dernier instant du récit, d'humanoïdes.


Car comme nombre de (télé)spectateurs ont pu jusque là le découvrir, la sidérante conclusion du film absorbe tous les préjugés liés à la suprématie du peuple single sur cette espèce très proche de nous, renvoyant systématiquement notre humanité vers la déchéance à laquelle elle semble sciemment être promise. Les CGI n'étant pas encore à l'ordre du jour, c'est à l'aide de maquillages prosthétiques que leurs concepteurs vont donner vie à un peu de singes dont les différents groupes seront ici bien déterminés. C'est ainsi que l'on distingue trois d'entre eux : les chimpanzés, qui en grande majorité représentent le peuple mais sont aussi à travers les personnages de Zira (Kim Hunter) et de Cornélius (Roddy McDowall), les scientifiques du récit. Deux individus prompts à reconnaître des valeurs rationalistes rejetées en bloc par ceux qui représentent de leur côté, la justice et le gouvernement. Les orangs-outangs, principalement figurés à l'écran par le Docteur Zaïus (Maurice Evans), ministre incrédule des sciences et surtout, défenseur en chef de la foi simiesque. Quant aux gorilles, ceux-là sont les bras armés du peuple singe. Agressifs, ils chassent l'homme jusqu'à sa capture (dans le meilleurs des cas) ou son éradication (dans le pire). Mais revenons justement à ce qui va bientôt opposer nos deux sympathiques chimpanzés au ministre des sciences dont les valeurs reposent davantage sur d'anciens écrits que sur d'authentiques preuves qui remettraient en question la supériorité des singes. C'est ainsi que débarquent sur cette étrange et lointaine planète trois astronautes dont le chef d'équipage semble être le capitaine George Taylor, lequel est incarné par l'immense Charlton Heston.


Un quatrième est mort lors de leur traversée dans l'espace. Alors que la navette des trois survivants s'enfonce dans les eaux du lac où elle est venue s'écraser, Taylor découvre sur le compteur du tableau de bord que plus de deux siècles se sont écoulés depuis le décollage de leur navette en 1972. Survivant à un long périple dans un désert aride, Taylor ainsi que ses deux compagnons Landon (Robert Gunner) et Dodge (Jeff Burton) vont se retrouver dans un champ où ils seront traqués au même titre qu'un groupe de sauvages par des gorilles à cheval et armés de fusils ! Dodge y perdra la vie tandis que Landon disparaîtra des radars durant un bon moment. Quant à Taylor, blessé à la gorge, celui-ci se retrouvera enfermé dans une cage, devenant ainsi un objet de curiosité scientifique pour le chimpanzé femelle prénommé Zira... Un homme oui, mais un danger qui sans doute pourrait remettre en question la validité du concept selon lequel, celui-ci ne serait au mieux qu'un chaînon manquant dans l'évolution du singe. Hypothèse amusante, surtout si d'un point de vue strictement humain nous la confrontions nous-mêmes à La théorie de l'évolution émise par le naturaliste et paléontologue britannique Charles Darwin dans son ouvrage L'origine des espèces en novembre 1859... Bénéficiant d'un budget n'excédant pas les six millions de dollars, La planète des singes repose donc essentiellement sur ce sujet central et moins sur le combat d'un homme pour sa survie contre des singes qui auraient tout intérêt à le faire disparaître. Film éminemment divertissant, au message parfaitement clair, doté de séquences possédant un haut potentiel de stress quand d'autres s'avèrent particulièrement glaçantes (la découverte de Dodge, empaillé et exhibé dans un musée ou de Landon, lobotomisé), excellemment incarné et offrant des effets-spéciaux pour l'époque, très satisfaisant, le long-métrage de Franklin J. Schaffner est un véritable chef-d’œuvre. Un modèle de sobriété dans sa mise en scène, d'écriture logique mais terriblement implacable, où chaque interprète et donc chaque personnage est à sa place. Bref, difficile d'y trouver la moindre remarque négative...

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