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mercredi 14 mai 2025

Donnant Donnant d'Isabelle Mergault (2010) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Affublée non pas d'un cheveu mais d'une véritable perruque sur la langue due à une dyslalie, l'actrice, scénariste et romancière Isabelle Mergault est connue pour avoir tout d'abord interprété des seconds rôles dans un certains nombres de films (son personnage de Caroline Derieux tombait notamment amoureuse du très indiscipliné professeur de littérature Frédéric Game qu'incarna Patrick Bruel en 1985 dans la comédie culte de Patrick Schulmann, P.R.O.F.S). On la vit également participer à plusieurs de ses propres pièces de théâtre qu'elle interpréta elle-même auprès d'autres comédiens. Mais avant cela, elle s'était essayée à la réalisation de longs-métrages cinématographiques dès 2005 avec Je vous trouve très beau, suivi en 2008 d'Enfin veuve et en 2010 avec Donnant Donnant. Il y a deux ans, elle est réapparue dans le costume de réalisatrice et de scénariste avec son dernier film, Des mains en or. Tout comme pour ce dernier, Isabelle Mergault a signé le script de Donnant Donnant aux côtés du scénariste Jean-Pierre Hasson. Le duo nous conte les déboires de Constant (Daniel Auteuil), condamné à de la prison ferme pour avoir été reconnu coupable d'assassinat. Pourtant, il le clame haut et fort : il s'agissait d'un accident. Lors de son dernier parloir avec son épouse, celle-ci lui annonce vouloir divorcer. Victime d'un accident vasculaire cérébral, il est emmené d'urgence à l’hôpital d'où il s'évade pour se réfugier à bord d'une péniche stationnée sur une rivière. Appartenant à une vieille femme aigrie prénommée Jeanne (Sabine Azéma), la fille de celle-ci tombe nez à nez avec Constant et reconnaît l'homme dont tous les médias parlent actuellement. Silvia (Medeea Marinescu) propose un marché au fugitif. S'il accepte de tuer sa mère, elle ne préviendra pas la police et le laissera partir une fois le méfait accompli. Pris à la gorge, Constant accepte. Mais rien ne va se dérouler comme prévu. En effet, alors que Jeanne a prévu de se suicider en se jetant d'un pont situé au dessus de la rivière, Constant la sauve. En outre, la vieille dame trouve une certaine ressemblance entre son sauveur et son époux décédé et tombe ainsi amoureuse de l'homme le plus recherché de France... Il me semble qu'à l'époque de sa sortie, Je vous trouve très beau avait pu jouir d'une petite réputation auprès de certains journalistes particulièrement indulgents envers Isabelle Mergault et ses interprètes d'alors. Sans doute cela était-il dû à la présence au générique de l'acteur Michel Blanc ? Tout aussi attachant qu'il eut toujours été, l'ancien membre de la troupe du Splendid ne parvint semble-t-il pourtant à convaincre qu'une toute petite partie des spectateurs.


Le film était en outre interprété par l'actrice roumaine Medeea Marinescu que l'on retrouve donc ici dans le rôle de la charmante Silvia. Coincée dans une vie non rêvée alors qu'elle ambitionnait de faire une carrière de pianiste, celle-ci trouve l'occasion d'hériter de sa mère adoptive en poussant un fugitif au meurtre. Donnant Donnant est un ''drôle'' de film. Dont la durée semble vertigineuse au regard de son contenu. La réalisatrice/scénariste semble vouloir à nouveau donner sa définition d'une rencontre amoureuse mais le fait d'une façon si désaccordée avec le cinéma d'aujourd'hui que la tentative est souvent vouée à l'échec. À commencer par ces personnages secondaires, ce trio de voisins incarnés par Jean-Louis Barcelona, Christian Sinniger et Julien Cafaro. D'un ringardisme absolu, on a l'impression qu'Isabelle Mergault est allée pécher dans le vivier des acteurs de seconde zone, oubliés du cinéma, et qu'elle met en scène sans jamais tenter de donner du corps à leur personnage respectif. Lourds, pas drôles et dont la fonction est ici parfaitement inutile. Seule Sabine Azéma semble s'amuser dans le rôle de Jeanne. Volontairement enlaidie lors de la première partie, elle illumine son personnage lorsque celui-ci fait la connaissance de celui qu'elle compare à son défunt mari. L'actrice passant de la vieille dame acariâtre à la MILF habillée de façon sexy. Quand à l'idylle entre Constant et Silvia, on a beaucoup de mal à y croire tant Isabelle Mergault semble s'être confondue en sous-intrigues inintéressantes pour mieux noyer le poisson et révéler sur le tard les véritables sentiments de la jeune femme pour le fugitif. Doter Daniel Auteuil de difficultés pour s'exprimer aurait pu être une grande idée mais le concept tombe finalement à plat. Là encore, l'on éprouve de grandes difficultés à rire devant des situations éculées. L'on regretterait presque que la toute dernière partie, qui demeure la plus intéressante, n'ait pas été privilégiée par rapport à cette facette de l'histoire qui se voulait sans doute proche de l'humour noir s'agissant de l'assassinat programmé de Jeanne. Bref, Donnant Donnant confirme qu'Isabelle Mergault n'est pas du tout à l'aise avec son sujet. Pas aussi médiocre que Michèle Laroque lorsque cette dernière s'essaie à la mise en scène (les deux femmes se rencontrèrent d'ailleurs sur le tournage d'Enfin veuve), il va décidément falloir qu'elle se reconvertisse rapidement dans un autre domaine...

 

mardi 29 août 2017

C'est beau la vie quand on y pense de Gérard Jugnot (2017) - ★★★★★★★☆☆☆



C'est vrai, C'est beau la vie quand on y pense. Pour son onzième long-métrage en tant que réalisateur, le cinéaste, scénariste, producteur et acteur français Gérard Jugnot décide de l'aborder sous un angle chaleureux, sans même penser un seul instant exploiter la part sombre de l'humanité. Sans même voir dans le personnage de Hugo, ce petit voyou, cette petite frappe des cités qu'il aurait pourtant été si facile pour lui de caricaturer. Gérard Jugnot préfère y voir un jeune adulte au sortir de l'adolescence. Pas tout à fait mature, mais apte à prendre des décisions qui iront toutes, d'une manière ou d'une autre, dans le bon sens. C'est aidé de Guy Laurent, Thibault Vanhulle et Romain Protat que Gérard Jugnot écrit le scénario tiré d'une idée que lui a inspiré sa propre imagination. Une belle histoire d'amitié. Une rencontre. Quelques ficelles un peu usées (le coup de la voiture de rallye à réparer) mais un cœur GROS comme ça. Jugnot aime les marginaux (Une Époque Formidable), les flics maladroits (Pinot Simple Flic), les Directeurs des Ressources Humaines (Fallait Pas !), Et les coiffeurs breton (Meilleur Espoir féminin). D'ailleurs, ici, il y retourne. En Bretagne. Et pas tout seul. Non, accompagné de Hugo, qui non content de vivre dans une cité, porte le cœur du fils de Loïc le Tallec que Jugnot campe lui-même.
Lassé de bosser pour un concessionnaire dont il possède des parts, il les revend et part à la recherche de Hugo dont il ne connaît tout d'abord pas l'identité. Il veut savoir qui porte le cœur de son fils. Peut-être sera-ce aussi l'occasion pour ce père qui ne s'est jamais trop occupé de son enfant, de rattraper ses erreurs avec Hugo. Et cela tombe bien puisque le jeune homme vit avec sa grand-mère. Se déplaçant jusqu'en Bretagne, patrie de Loïc, les deux hommes vont apprendre à se connaître. A s'apprécier, certes. Mais aussi, parfois, à se prendre la tête. Une belle amitié naît pourtant entre ces deux individus que tout ou presque sépare. Si à travers Hugo Loïc va tenter de rattraper ses erreurs passées, Hugo, lui, sans le savoir, va peut-être enfin savoir ce que c'est que d'être aimé, comme un fils...

Peut-être pas aussi fort et chargé en émotions que Une Époque Formidable, C'est beau la vie quand on y pense demeure tout de même une belle surprise. La rencontre entre l'ancien, Gérard Jugnot, et le petit nouveau, François Deblock. Même pas une dizaine de films au compteur, cet interprète qui semble préférer le théâtre au cinéma fera sûrement beaucoup parler de lui. De sa première apparition auprès de Gérard Jugnot, presque insignifiante, jusqu'aux échanges verbaux beaucoup moins drôles survenant vers la fin, François Deblock campe un Hugo fort attachant dont la verve arrache tout sur son passage. C'est beau la vie quand on y pense est une œuvre si optimiste que son auteur a préféré lui ôter tout ce que l'on aurait pu redouter du personnage de Hugo. On ne sait si lors de l'écriture, certains passages attendus ont été gommés par la suite, mais on ne saura sans doute jamais, hors témoignage du cinéaste, si à l'origine Gérard Jugnot avait de plus sombres projets pour le personnage d'Hugo. Que sont donc devenus les mystérieux projets entrepris par le jeune homme concernant la carte bleue de son hôte ou son étrange comportement face au site vente de voitures dont on devine qu'il projette de vendre celle de Loïc pour se faire un peu d'argent ?

Jugnot s'en fiche, et nous avec. On ne découvrira pas grand-chose de la Bretagne à part quelques paysages forts sympathique et surtout un village en Côtes-d'Armor, dans l'Ille-et-vilaine, à Toulon ainsi qu'à La Seyne-sur-Mer. Gérard Jugnot a convié pour l'occasion l'acteur Bernard Le Coq, la belle Gaia Weiss dont il s'agit ici du cinquième long-métrage, son fils Arthur Jugnot pour deux scènes irrésistibles de drôlerie, ainsi que Isabelle Mergault, seule fausse note commise par le réalisateur alors que Josiane Balasko s'imposait sans doute d'office. A part cela, C'est beau la vie quand on y pense est une comédie chaleureuse, pleine de bons sentiments. Des sentiments qui ne versent jamais dans la guimauve tant l'acteur-réalisateur parvient à saisir l'essentiel. Ah ! Une dernière chose, les plus attentifs auront sans doute remarqué la photo de Gérard Jugnot à l'époque où son personnage était censé être pilote de Rallye. Je ne voudrais surtout pas dire de bétises mais il me semble qu'elle provient du long-métrage que tourna Jugnot auprès d'Anémone en 1982, Le Quart d'Heure Américain. Si tel est le cas, c'aurait été une chouette idée que le personnage du onzième long-métrage de Gérard Jugnot porte alors le même nom... Non ?
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