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jeudi 14 décembre 2023

Schlitter de Pierre Mouchet (2023) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Schlitter... Avec un titre pareil, on pourrait croire à un Biopic consacré à l'un des plus grands dictateurs qu'ait connu l'Occident lors du siècle dernier et dont l'auteur se serait mélangé les pinceaux au moment de lui choisir un nom. Mais que celles et ceux dont l'histoire frise les moustaches se rassurent. Ici, pas de dégénérés en uniformes nazis, pas de petit bonhomme a l'air enragé doté d'une ''Moustache en brosse à dents''. Ni davantage d'apôtres prêts à s’entre-tuer pour une seule minute d'attention de leur ''Gourou''. Contrairement à ce que laisse penser le terme schlitter, il ne s'agit pas d'un terme barbare à consonance germanique mais d'un verbe transitif se rapportant à la schlitte, ce curieux traîneau servant à transporter du bois. Et pour ceux qui auraient encore un doute, un simple regard vers l'affiche du premier long-métrage à destination du petit écran signé de Pierre Mouchet suffit à confirmer la chose. Un type, le visage abîmé, souffrant le martyr semble-t-il, a dans le dos l'une des schlittes en question. Sous un titre de couleur d'un rouge sang délavé, une accroche : ''Impossible d'échapper au passé'' affirme-t-elle. D'accord, j'adhère au concept. Voyons désormais ce qu'il en retourne... En dehors du fait que le film de Pierre Mouchet nous permet d'ajouter un mot à notre riche vocabulaire de cinéphages (ouais, c'est ça, vous connaissiez tous l'existence de la Schlitte...) et à une période où la pire horreur pour un natalophobe serait de croiser n'importe quel signe en rapport avec les fêtes de fin d'année, Pierre Mouchet commémore cette millénaire tradition à sa manière. Qu'y-a-t-il de plus anxiogène que de se confronter une fois arrivé le temps de recevoir (ou pas) son comptant de cadeaux que de s'entendre infligé un ''J'espère que tu as été bien sage cette année...'' Ben non, merde, j'ai renversé un chien en janvier, volé trente euros dans le sac d'une vieille dame à sa sortie de la banque en juin, ait demandé à une jolie poupée si je pouvais l'embrasser dans le cou seulement après l'avoir fait, ai pissé une bonne soixantaine de fois sur le pourtour de la lunette des toilettes sans jamais nettoyer en un peu moins de douze mois. Alors ? J'ai droit à quoi ? ET merde ! Un abonnement d'un an à Télérama !!! Mais je m'égare... D'origine belge et non française ni canadienne comme le nom de l'auteur pouvait pourtant le laisser envisager, Schlitter est un film d'horreur très court, mais qui contrairement aux autres ne se prédispose pas à exploiter le filon du Père Noël comme cela est généralement le cas chaque fin d'année. Pas de nains ni de rennes mais un traîneau, c'est déjà pas si mal... Bon, c'est belge mais le film est tout de même interprété par des acteurs bien de chez nous. Si le plat pays est l'un des spécialistes en matière de comédies noires, il semble être également prompt à mettre en scène des téléfilms horrifiques qui dépassent de très loin le cadre habituel. Et notamment avec ce Schlitter qui brasse pas mal d'idées empruntées ailleurs.

Fumer tue...


Quel imbécile... Si seulement Lucas avait accepté de donner à son père la cigarette qu'il lui réclamait, jamais ce dernier n'aurait renversé Mathias, son jeune et meilleur ami. Le récit débute par un flash-back. Rien de véritablement innovant. D'autant plus que le réalisateur et le scénariste Nicolas Robin reprennent pour cette toute première partie le concept de Que la bête meure de Claude Chabrol ou de Ce soir je vais tuer l'assassin de mon fils de Pierre Aknine. Bref, celui consistant à faire de l'un des protagonistes un ''meurtrier'' de la route. Celui de Schlitter est d'ailleurs plus proche de Paul Decourt qu'incarnait Jean Yanne en 1969 que de Philippe Tessier qu'allait interpréter Jean-Paul Rouve presque un demi-siècle plus tard. Schlitter, c'est comme on le devine très rapidement, une histoire de vengeance. Celle d'un père pour son fils renversé par une voiture et dont le coupable ne fut jamais arrêté. Sauf que tout comme le spectateur, le père endeuillé sait qui a tué et est bien décidé à faire payer LES coupables. Et là, le téléfilm vire à un mélange entre slasher, torture-porn et survival. Entré à la Comédie Française en 2007, l'acteur Gilles David incarne le père de Lucas. Tourné en pleine campagne, le téléfilm prend des allures de ''Calvaire'' au sens propre tout comme au sens cinématographique (référence au film culte éponyme du belge Fabrice du Welz) ! Se permettant même quelques rares effusions de gore bienvenues. Schlitter offre quelques sympathiques twists et une ambiance digne des genres auxquels il se frotte. L’œuvre met en scène un trio de jeunes et sympathiques interprètes moyennement caricaturés mais s'éloignant par contre drastiquement du portrait lénifiant que fait l'Amérique de sa jeunesse. Ici, nos jeunes héros ont tout de même l'air beaucoup moins cons qu'outre-Atlantique, ce qui rendra plus rude leur expérience pour le spectateur. Louka Meliava et ses faux-airs de David Hallyday, Lena Laprès et ses yeux en amandes ou le plus connu des trois, Côme Levin interprète ce trio de jeunes adultes venus assister aux funérailles des parents de l'un d'entre eux. Les péripéties de Schlitter sont nombreuses. Classiques, certes, mais n'économisant pas ses effets. Et vu son statut de téléfilm, qui en voudrait à son auteur et à ses interprètes... ?

 

samedi 14 mai 2022

Trois fois rien de Nadège Loiseau (2022) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Autour de ceux que l'on évite, qui nous sont transparents, que l'on méprise (parfois) ou auxquels on donne une petite pièce ou un sandwich pour se donner bonne conscience, le cinéma et ses auteurs sont parfois bien plus généreux que le commun des mortels sans même avoir recours au don d'argent. Si mettre en scène clochards, SDF et marginaux de tous poils ne fera sans doute malheureusement jamais avancer les choses, les gagnants sont toujours les mêmes : ceux qui partagent le temps d'un long-métrage les galères de ces âmes perdues de la société avant de retourner vivre dans leur petit quotidien réconfortant. On parle évidemment là des spectateurs. Si l'on s'en tient exclusivement au cinéma français, le thème mériterait sans doute quand même que l'on s'attarde sur quelques films étrangers plus ou moins légers, plus ou moins cruels. Crazy Murder (2015) de de Doug Gerber et Caleb Pennypacker et son SDF serial killer schizophrène et scatophile. Street Trash (1987) de Jim Muro et ses amateurs de gniole à un dollar explosant ou fondant littéralement après absorption d'un alcool nommé Vyper. C.H.U.D (1984) de Douglas Cheek et ses clodos contaminés et transformés en d'affreuses créatures sanguinaires. Prince of Darkness (1988) de John Carpenter et sa horde de gueux alliés à un phénomène diabolique s'attaquant à des étudiants et des scientifiques dans une petite chapelle. Ou encore le magnifique The Fisher King (1991) de Terry Gilliam, rencontre improbable entre un animateur radio et un vagabond excentrique. Et la liste pourrait être rallongée à l'infini... En France l'on est moins porté sur une imagerie délirante que sur l'aspect social de ces femmes et ces hommes qui n'éveillent en général les consciences que lorsque l'hiver arrive et que les températures baissent drastiquement. On pense à La crise (1992) de Coline Serreau et le personnage de Michou qu'interprète savoureusement Patrick Timsit. Un individu obsédé par la bière mais dont la vision de notre société est des plus clairvoyante. Au formidable Sans toit ni loi (1985) d'Agnès Varda, lequel remonte le fil de l'existence d'une jeune marginale dont le corps vient d'être retrouvé dans un fossé au bord d'une route. À l'inoubliable Une époque formidable (1991) de et avec Gérard Jugnot, son histoire et ses personnages tous plus touchants les uns que les autres. Ou d'une manière beaucoup plus réaliste et donc radicale, l'excellent Les invisibles de Louis-Julien Petit qui a vu le jour sur les écrans français le 9 janvier 2019...


L'on est sans doute moins chez nous dans l'absurde et l'imaginaire qu'Outre-Atlantique, mais ces quelques exemples de cinéma hexagonal prouvent à eux seuls toute la richesse de notre patrimoine cinématographique. Trois fois rien est sorti sur les écrans français le 16 mars dernier et reste l'exemple le plus récent témoignant du sort de ''nos'' SDF. Réalisé par Nadège Loiseau, certains diront qu'il aura sans doute fallut toute la sensibilité d'une femme pour donner corps à ce trio de marginaux coincés entre la rue et des épreuves administratives parfois comparables à celles qui faillirent faire perdre la tête à deux de nos plus célèbres personnages de bande-dessinée, Astérix et Obélix lors de l'une des douze épreuves des Douze Travaux d'Astérix. Sur un ton nettement plus léger que Les invisibles et donc plus proche d'Une époque formidable, la réalisatrice signe une comédie sociale centrée sur trois SDF qui viennent tout juste de gagner au Loto. Avec un tel synopsis, on imagine déjà une comédie classique (genre, Ah si j'étais riche de Michel Munz et Gérard Bitton avec Jean-Pierre Darroussin et Richard Berry) dont la seule différence serait le statut de sans-abris des trois héros de cette histoire prénommés Casquette (Philippe Rebbot), Brindille (Antoine Bertrand) et La Flèche (Côme Levin). Mais là où Nadège Loiseau allie avec intelligence l'humour et le social, la distraction et les conditions de vie de ces trois exclus s'inscrit dans la subtile mixité des genres. Un regard objectif sur les galères de trois SDF liés par l'amitié mais également par les difficultés qu'ils vont rencontrer. Cette fameuse chaîne administrative qui contraint ces trois là à trouver un appartement s'ils veulent pouvoir toucher l'argent d'un gain estimé par une employée de La Française des Jeux à un peu plus de deux-cent vingt mille euros...


Trois fois rien, c'est aussi trois histoires personnelles, trois personnalités bien distinctes. La Flèche tout d'abord, qui après avoir été ballotté de foyers en foyers a décidé de voler de ses propres ailes dès l'âge de treize ans. Punk à chien, véritable électron libre à l'énergie débordante, son âge (la vingtaine tout au plus) justifie à peine son immaturité. Brindille, lui, est celui auquel la réalisatrice accorde sans doute le plus d'importance. Celui qui veut réussir. Sortir de la merde et pourquoi pas, revoir son ex-femme et ses deux enfants. On regrettera que le personnage de Casquette n'ait pas été un peu plus développé tant Philippe Rebbot s'avère convainquant. Mais comme le dit si justement La Flèche lors d'un dîner : ''Il ne dira rien. Pour faire comme dans les séries américaines...''. À mesure que le récit progresse, le récit devient de plus en plus intense, émouvant et parfois même, accablant. Nos trois principaux interprètes (auxquels ont ajoutera les touches féminines que représentent les actrices Émilie Caen et Nadège Beausson-Diagne) sont tous les trois formidables, chacun dans un registre sensiblement différent. Mais des trois, sans doute, l'on oubliera le plus difficilement l'incarnation de l'acteur d'origine québécoise Antoine Bertrand, lequel se montre parfois bouleversant. Une comédie douce, amère, sur l'amitié, la fraternité et une certaine forme de paternité, dans la droite lignée d'Une époque formidable même si ce dernier, dans sa catégorie, semble indétrônable...

 

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