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lundi 23 mars 2026

L’Incroyable femme des neiges de Sébastien Betbeder (2026) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Dix ans après avoir mis en scène Thomas Blanchard et Thomas Scimeca dans Le Voyage au Groenland dans lequel les deux interprètes faisaient le connaissance d'une communauté inuit, le réalisateur et scénariste Sébastien Betbeder retourne côtoyer ce peuple autochtone de l'Arctique et y plonge désormais les personnages incarnés par Blanche Gardin, Philippe Katerine et Bastien Bouillon. Lesquels interprètent respectivement Coline, Basile et Lolo, une sœur et ses deux frères qui n'ont plus communiqué entre eux depuis des années depuis que la jeune femme a fait le choix de partir au Pôle Nord afin de rechercher le Yéti, une créature légendaire issue de divers folklores. L'Incroyable Femme des neiges commence alors que Coline, transite de froid, s'écroule au sol. Le récit opère alors un voyage dans le temps. Un temps effectivement indéfinissable passe et l'on retrouve la jeune femme dans le village natal du Jura où elle vécu sa jeunesse auprès de ses deux frères et de leurs parents. Coline retrouve Basile, lequel travaille dans un restaurant. Lolo, quant à lui, ne débarquera qu'un peu plus tard, lorsque son frère estimera qu'il est tant que la fratrie se réunisse alors que Coline est devenue mutique. Entre temps, celle-ci aura eu l'occasion de revoir Christophe (Laurent Papot), un ancien petit ami qui avait fait le choix de la quitter. Car Coline est une femme instable. Bipolaire. Tandis que sa mort approche, elle et ses deux frères vont partir retrouver la petite communauté inuit qui l'avait accueillie alors qu'elle risquait de perdre la vie quelques années auparavant avant d'être miraculeusement retrouvée par deux hommes de la communauté en question... Notons que pour une fois, Blanche Gardin nous épargne la vulgarité dont elle s'est rapidement faite l'une des ''spécialistes'' lors de ses spectacles pour au contraire approcher son personnage de manière plutôt sobre. De son côté, et bien que le rôle de Basile lui colle relativement bien à la peau, l'exubérance de Philippe Katerine est ici beaucoup moins visible.


Aux côtés de Bastien Bouillon, ils composent une fratrie quelque peu dysfonctionnelle qui s'explique notamment lors d'une périlleuse et vertigineuse randonnée devant mener nos trois protagonistes jusqu'au refuge de leur père décédé. Sans trop être caricaturaux, l'on peut tout de même considérer les personnages comme des ''originaux''. Un terme qui sied d'ailleurs parfaitement au récit, dont la sobriété ainsi qu'une certaine austérité range L'Incroyable Femme des neiges dans une catégorie de longs-métrages qui s'écartent drastiquement du cinéma populaire et grand public. Et même si le titre prétend à l'origine opérer une rencontre ''fabuleuse'' entre notre héroïne féminine et l'un des plus célèbres mythes relatant l'existence d'une créature parfois nommée Bigfoot, Basajaun ou Kaptar, le long-métrage de Sébastien Betbeder est aussi et surtout ancré dans une réalité tragique : la mort annoncée de Coline. L'occasion pour le réalisateur et scénariste français d'évoquer à travers le récit, des coutumes ancestrales inuit qui porteront nos trois protagonistes en un lieu sacré, une porte, un chemin emprunté par nombre d'habitants de la région lorsque la Mort se fait pressante. Une issue abordée de manière d'ailleurs très optimiste puisque même si Sébastien Betbeder évoque l'idée d'un adieu entre la sœur et les deux frères, rien ne semble véritablement inéluctable. Derrière cette idée originale emprunte de mysticisme se cache malgré tout une œuvre qui ne se départit pas d'un certain humour. À travers la personnalité des divers protagonistes, certes, mais également à travers certaines situations. Comme les retrouvailles on ne peut plus extravagantes entre Coline et Sophie Giroud (Clémentine Baert), cette gamine que l'héroïne détestait assez peu cordialement du temps de leur adolescence et qui depuis est mariée avec Christophe, son ancien compagnon ! L'Incroyable Femme des neiges demeure malgré tout une œuvre très particulière, dénuée d'une énergie propre à la comédie. Humour et drame s'imbriquent dans un récit qui fait la part belle à des décors parfois saisissants de beauté et à une communauté inuit que le réalisateur rend très attachante...

 

jeudi 5 décembre 2024

Le Comte de Monte-Cristo d'Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte (2024) - ★★★★★★★★★☆

 


 

À l'origine du Comte de Monte-Cristo version 2024, le roman éponyme de l'écrivain français Alexandre Dumas. Selon les version, celui-ci oscille entre environ trois-cent pages et des milliers selon que l'on tient entre ses mains la version intégrale ou l'une des versions expurgées de cet imposant ouvrage littéraire. Adapté des dizaines de fois sur petit et grand écran ou sur les planches de théâtre, Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte ont porté cette année au cinéma leur vision monstrueusement ambitieuse de l'une des œuvres les plus célèbres de l'auteur des Trois Mousquetaires en 1844 ou de La Reine Margot en 1845. Une œuvre si dense qu'il aura fallut aux réalisateurs et scénaristes s'imposer des coupes franches dans le récit. Des choix artistiques que les amateurs assidus de l’œuvre d'Alexandre Dumas repéreront sans mal mais que ceux qui n'en connaissaient jusqu'ici que le nom apprécieront à leur juste valeur. Centré sur une banale histoire de trahison puis de vengeance, Le Comte de Monte-Cristo permet à l'ancien ''adhérent'' de la Comédie Française Pierre Niney de briller à nouveau à l'image. À l'aise dans la comédie (Five d'Igor Gotesman), le drame (Sauver ou périr de Frédéric Tellier), le biopic (L'Odyssée de Jérôme Salle) ou dans le thriller (Boîte noire de Yann Gozlan), cette année 2024 l'aura vu incarner l'un des plus mythiques personnages de la littérature française en la personne d'Edmond Dantès. Jeune homme brillant et courageux qui après avoir sauvé une jeune et belle inconnue prénommée Angèle de la noyade alors qu'il se trouvait à bord d'un navire commandé par son Capitaine Danglars (Patrick Mille) malgré les ordres de ce dernier enjoignant le jeune homme de la laisser à l'eau. De retour sur terre au port de Marseille, l'armateur Morrel (Bruno Raffaelli) apprend l'acte héroïque d'Edmond ainsi que le comportement de Danglars et décide de renvoyer ce dernier et d'offrir son poste et le grade de Capitaine à Edmond. Alors qu'il a annoncé à son meilleur ami Fernand de Morcef (Bastien Bouillon) que sa cousine Mercédès (Anaïs Demoustier) et lui avaient l'intention de se marier, lors de la cérémonie, Edmond est arrêté par la police qui l'emmène auprès de Gérard de Villefort (Laurent Lafitte) qui invoque chez le jeune homme, des soupçons de bonapartisme. En effet, ce que ne sait pas Edmond, c'est que pour se venger, l'ancien capitaine Danglars a glissé dans la Bible d'Edmond une lettre écrite par Napoléon Bonaparte qui ne lui était cependant pas destinée. Jugé puis condamné pour acte de trahison, Edmond est alors jeté en prison dans l'une des cellules de la forteresse du Château d'If...


Devenus célèbres grâce à leur collaboration en 2012 pour Le prénom, Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte signent avec Le Comte de Monte-Cristo une œuvre forte, en trois actes dispersés sur cent quatre-vingt minutes environ. Une prouesse s'agissant de l'adaptation d'un roman dense décrivant la vengeance d'un homme ayant été trahit par son meilleur ami et envoyé en prison à cause du faux témoignage de son ancien capitaine et par intérêt personnel par un procureur du roi ! Avec Le Comte de Monte-Cristo, Pierre Niney offre une performance exceptionnelle en interprétant non seulement Edmond Dantès mais aussi ses diverses incarnations. Comme le Comte de Monte-Cristo, personnage forgé à partir de la rencontre entre le jeune homme et le touchant Abbé Faria (le formidable acteur italien Pierfrancisco Favino) qui lui indique pas moins que l'endroit où fut amassée la fortune des Templiers. Fuyant sa geôle mais perdant aussi un ami après plus de dix ans de détention, l'on retrouve un Edmond Dantès devenu riche mais ayant surtout changé d'identité pour mieux se rapprocher de ses ennemis et ainsi se venger du mal qu'ils lui ont fait. Le comte de Monte-Cristo est également l'occasion de faire la connaissance d'Haydée (Anamaria Vartolomei) et d'André de Villefort (Julien de Saint Jean) qui tout deux ont de bonnes raisons de vouloir épauler Edmond dans son projet. Pierre Niney est ici un véritable caméléon que l'on retrouve donc sous les traits de ces deux iconiques personnages que sont Edmond Dantès et le Comte de Monte-Cristo mais également sous ceux de l'abbé Busoni et d'un anglais, Lord Hallifax ! D'où un acteur contraint de porter régulièrement sur le visage des prothèses lui permettant de se cacher de ses ennemis Fernand de Morcef, Gérard de Villefort et de celui qui deviendra baron, Danglars ! Tourné en Seine-et-Marne et notamment à Meaux, mais également au Château d'If ou dans divers autres dont celui de Ferrières qui servira de demeure principale au héros, la reconstitution est remarquable de précision. Grâce aux décors de Stéphane Taillasson, aux costumes de Thierry Delettre, à la direction artistique de Patrick Schmitt ou à la photographie de Nicolas Bolduc nous voilà plongés dans une intrigue historico-romanesque passionnante. Une aventure palpitante sans temps-morts et parfois émotionnellement bouleversante, sublimée par de remarquables dialogues. Finesse et poésie se dégagent de certains échanges quand d'autres se montrent particulièrement cruels. Le Comte de Monte-Cristo d'Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte est l'un de ces instants magiques ou tout ce qui nous entoure se fige et disparaît. Un spectacle de tous les instants porté par une mise en scène et une interprétation (sans oublier la partition musicale de Jérôme Rebotier) qui insufflent au long-métrage une émotion permanente et palpable rarement tenue sur grand écran sur une aussi longue distance...


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