Nous sommes en 2016, il y a dix ans tout rond, et nous avons
rendez-vous cette année là avec la rencontre au sommet de deux des
plus remarquables phénomènes surnaturels nés de l'esprit d'auteurs
japonais particulièrement créatifs. D'un côté, Koji Suzuki, le
créateur du roman Ringu en
1991. Et de l'autre, le réalisateur et scénariste Takashi Shimizu,
bien connu pour ses nombreuses œuvres faisant appel aux fantômes et
autres esprits maléfiques dont il a toujours majoritairement fait
son fond de commerce. Auteur prolifique de près d'une centaine d’œuvre en trente-cinq ans de carrière, le cinéaste Kōji
Shiraishi prend donc en 2016 la relève de ses prédécesseurs avec
long-métrage qui marquera sans doute l'histoire des franchises Ringu
et Ju-on
puisqu'à la manière d'un certain nombre de films d'horreur
américains tels Freddy vs. Jason
et Alien vs. Predator,
Sadako vs. Kayako
met donc en scène deux des plus iconiques Onryō représentants la
culture littéraire japonaise. Des esprits vengeurs quittant
ponctuellement le plan astral pour venir dans le plan matériel où
nous vivons. D'un côté, nous avons donc Sadako Yamamura (Elly
Nanami), jeune femme qui fut jetée dans un puits par un divers
personnages selon les récits et où elle agonisa longuement avant
que naisse la malédiction. De l'autre, nous avons Kayako Saeki (Runa
Endo) dont l'époux les noyèrent elle et leur fils Toshio (Rintarō
Shibamoto), persuadé qu'elle le trompait avec un autre homme. Tandis
que Sadako apparaît sur le plan matériel et assassine ses nouvelles
victimes après que celles-ci aient eu la mauvaise idée de visionner
une cassette vidéo réputée hantée, s'agissant de Kayako, ses
possibilités de déplacement s'avèrent relativement réduites
puisque son fantôme s'en prend à celles et ceux qui ont la
malchance de s'introduire dans la demeure qu'elle partageait en
famille avant d'être assassinée. Notons d'ailleurs qu'elle n'est
jamais vraiment seule puisque le fantôme de son fils Toshio apparaît
également à l'écran. Si le prénom de Sadako apparaît en premier
dans le titre, cela est sans doute du fait que le récit tourne
principalement autour de deux étudiantes qui ont eu le malheur de
tomber sur la fameuse cassette vidéo maudite qu'elles ont visionnées
chacune à leur tour. Bien qu'ayant fait appel à l'un de leurs
professeurs (Masahiro Komoto dans le rôle de Shin'ichi Morishige)
ainsi qu'à une exorciste supposée pouvoir les débarrasser de la
malédiction, la solution viendra plus probablement de l'intervention
du détenteur de pouvoirs psychiques Keizo Tokiwa (Masanobu Andō) et
de l'étrange petite fille aveugle prénommée Tamao (Mai Kikuchi)
qui l'accompagne partout.
Le
concept ? Opposer Sadako à Kayako afin de débarrasser Yūri
Kurahashi (Mizuki Yamamoto) et Natsumi Ueno (imi Satsukawa) de la
malédiction et ainsi de les garder en vie... Kōji Shiraishi resserre ici l'intrigue puisque les victimes n'ont plus sept jours pour
trouver un moyen de défier la malédiction mais plus que deux. En
outre, le cinéaste débarrasse l'intrigue de ce qui au fil du temps
est devenu superflu. À savoir que refiler la cassette vidéo à une
autre personne pour qu'elle la regarde ne suffit plus à se
débarrasser de la malédiction. Il y a deux camps. Peut-être même
trois si l'on compte celui qui réunit ceux qui ne font pas de
différences entre les deux franchises. D'un côté, les fans de Ring
et de l'autre, ceux qui lui préfèrent nettement Ju-on.
Le film, qui aurait dû permettre au réalisateur de mettre en scène
une confrontation dantesque entre les deux personnages du titre se
révèle de ce point de vue là, relativement décevant. Pas de
combat épique entre Sadako et Kayako mais une joute d'une poignées
de secondes seulement qui dessert malheureusement la seconde. Sadako
semble donc être ici privilégiée. Plus puissante, certes, mais
sans doute moins charismatique que Kayako dont les différentes
apparitions restent assez flippantes même après un peu moins d'une
vingtaine d'années (je rappelle que nous sommes alors en 2016).
Tandis que la plupart des adaptations des deux franchises ne
bénéficièrent pas de qualités techniques particulièrement
marquantes, le travail sur la photographie de Hidetoshi Shinomiya est
par contre ici tout à fait bénéfique. De très belles images, peu
colorées et accentuées par un choix de costumes et de décors dont
les teintes se résument à des gris clairs, des roses pâles et des bruns qui tranchent avec les noirs et bleux profonds lors des attaques surnaturelles. Si le combat ultime n'a donc pas vraiment lieu
entre les deux plus célèbres fantômes de la J-Horror, Sadako
vs. Kayako
parvient tout de même parfois à nous rappeler les grandes heures du
genre, lorsque l'on découvrait notamment pour la première fois
cette iconique séquence de Kayako, fantomatique et affreusement
blafarde descendant telle une araignée géante les escaliers de sa
demeure délabrée...

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