Ce qui saute aux yeux
lorsque l'on découvre pour la toute première fois le septième
long-métrage du réalisateur, producteur et scénariste britannique
Robert Hartford-Davis est la relation qu'entretient son film avec un
classique de l'épouvante hexagonale. En effet, même si le
traitement infligé à Corruption
et aux yeux sans visage
de Georges Franju est sensiblement différent, l'un et l'autre
s'inscrivent dans une certaine idée de la culpabilité, de la beauté
et de la réparation. De manière beaucoup plus frontale et directe,
le cinéaste britannique explore l'obsession entourant le personnage
central. Et même celle de sa compagne, dont il est fou amoureux et
dont il est en partie responsable de l'accident qui l'a défigurée !
Jaloux, le chirurgien plasticien Sir John Rowan, tente de maintenir
son emprise sur Lynn Nolan (Sue Lloyd), mannequin de profession qui
lors d'une dispute entre son compagnon et un photographe du nom de
Mike Orme (l'acteur Anthony Booth) a reçu un projecteur en plein
visage. Ruinant ainsi la carrière de la jeune femme, John Rowan n'a
alors plus qu'une idée en tête : réparer sa faute en
expérimentant un procédé chirurgical basé sur l'emploi d'un laser
et de l'hypophyse qu'il prélève tout d'abord sur le cadavre d'une
jeune femme reposant à la morgue avant d'être poussé par Lynn à
l'extraire directement sur le corps de jeunes femmes qu'il agresse et
tue. Car si les résultats se révèlent très positifs, les effets
s'avèrent malheureusement temporaires... Quatre ans après The
Black Torment,
c'est la seconde fois que Robert Hartford-Davis réalise un film
d'horreur. Et pour cela, il confie le scénario à Derek et Donald
Ford qui semblent donc s'inspirer de l’œuvre du cinéaste
français. Qu'ils aient été officiellement ou non sensibles au
sujet du long-métrage de Georges Franju, Corruption
reste
de toute manière considéré comme une réinterprétation de ce
chef-d’œuvre de l'épouvante à la française. Dépouillé de
toute la poésie qui faisait partie intégrante des Yeux
sans visage,
le long-métrage de Robert Hartford-Davis s'inscrit ensuite dans une
contre-culture typique de l'époque et au sein de laquelle le
protagoniste principal à bien du mal à s'intégrer. Dans une
Angleterre post soixante-huitarde (le film sort en décembre 1968 au
Royaume-Unis), le film confronte un chirurgien établit comme étant
l'un des meilleurs de sa profession à un monde alors en pleine
mutation. Que l'on pourrait considérer, si l'on se positionne du
côté de John Rowan, comme étant dégénérée. Tandis qu'il est
le représentant symbolique d'une vieille garde campée sur des
valeurs supposément ''rétrogrades'' ou du moins
''traditionnelles'', la séquence situant son action lors de la
soirée peut se voir comme une confrontation culturelle et sociale
entre l'ancien monde et celui qui à cette époque très précise est
en train de bouleverser la société britannique. D'une contenance
plutôt rigide, le chirurgien est ainsi confronté à la décadence
d'une jeunesse sexuellement libérée, aux coutumes vestimentaires
extraverties, plongé ainsi dans un univers qui ne lui appartient
pas...
D'où
son objection lorsqu'il constate cet esprit de liberté qu'il refuse
d'accorder à sa compagne, préférant la maintenir sous une certaine
emprise de peur qu'elle ne lui échappe. De ce constat revendiquant
d'une part le maintient sous son joug de la jeune femme, une
contradiction s'impose pourtant, le chirurgien acceptant alors contre
son grès de se lancer dans un périple meurtrier qui, pour l'époque,
se révèle relativement graphique en terme de scènes d'horreur.
Incarné par un Peter Cushing que l'on avait généralement
l'habitude de voir dans des rôles de ''gentils personnages'',
l'acteur britannique interprète là un individu troublant. Le
représentant d'une certaine morale qui dans le contexte de l'époque
fait figure d'anomalie jusqu'à ce que la folie s'empare du
personnage. Si certaines séquences s'avèrent relativement pénibles
de part leur redondance, les meurtres expriment quant à eux le
manque d'objectivité du personnage qui se sait condamné à
commettre des meurtres puisque l'efficacité du traitement qu'il
applique à Lynn reste de toute manière temporaire. Robert
Hartford-Davis dézingue ici l'ordre moral en créant chez le
chirurgien un désintérêt progressif pour l'éthique face à une
Lynn qui risque de lui échapper. S'agissant des quelques meurtres
étalés à l'image, on peut supposer qu'ils furent un choc pour une
partie du public, peu habituée à assister à un tel étalage de
violence sur grand écran. Robert Hartford-Davis use d'ailleurs de
procédés qui accentuent la folie du personnage. Contre-plongée,
utilisation d'un objectif grand angle permettant de déformer le
visage de l'assassin, les proportions du meurtrier sont ainsi
déformées. L'on remarquera la résistance des victimes, prouvant
que d'origine, le chirurgien n'est pas ''constitué'' afin de
commettre des meurtres. Notons en outre que Robert Hartford-Davis
s'amuse à filmer les crimes en vue subjective. Positionnant non pas
la caméra dans le dos du tueur mais dans celui des jeunes femmes
qu'il assassine. Notons enfin cette conclusion pleine
d'interrogations et que l'on a bien du mal à s'expliquer. Tandis que
John Rowan semble rendre son dernier souffle, visage face caméra,
l'intrigue remonte le fil du récit jusqu'à ce moment très précis
précédant le drame qui eut lieu lors de la soirée. Quel est donc
le sens de cette fin de récit ? J'attends toujours et encore la
réponse...
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