Après avoir émigré en
Espagne dans le courant des années 1950, le réalisateur, scénariste
et producteur argentin Léon Klimovsky se lance dans la mise en scène
de plus de soixante-dix longs-métrages parmi lesquels, de nombreux
westerns et films d'exploitation dont plusieurs films d'horreur. Il
signera d'ailleurs en 1971 La Noche de Walpurgis avec
l'emblématique interprète du cinéma d'horreur ibérique Paul
Naschy. Une œuvre qui pour beaucoup de spécialistes semble avoir
été à l'origine de l'intensification des productions de ce type en
Espagne... Quant à Último Deseo
que Léon Klimovsky réalisa cinq ans plus tard, aussi peu connu
qu'il puisse demeurer dans nos contrées, il ne faudrait surtout pas
prendre à la légère l'intérêt que tout bon cinéphile se doit de
lui porter tant celui-ci brasse des concepts dont il reprend certains
axes tout en ayant été sans doute le précurseur de schémas mis en
pratique des années après sa sortie en salle. Si le film évoque
bien entendu le I
Am Legend
du romancier américain Richard Matheson, source intarissable dont
l'on retrouve des traces bien au delà de ses seules adaptations
cinématographiques (The Last Man on Earth
d'Ubaldo Ragona et Sidney Salkow en 1964, The
Omega Man de
Boris Sagal en 1971 ou I
am a Legend
de Francis Lawrence en 2007), Último Deseo
peut
tout aussi bien faire penser au cinéma du réalisateur
hispano-mexicain Luis Buñuel qui en 1962 signa L'Ange
exterminateur
et dix ans plus tard Le Charme discret de la
bourgeoisie.
Tandis que le long-métrage de Léon Klimovsky écrit par Vicente
Aranda, Joaquim Jordà et Gabriel Burgos convie un groupe hétéroclite
de personnages à se réunir dans le luxueux manoir de leur
richissime hôte afin de participer à une orgie sexuelle sans tabous
(le film témoigne ainsi de la période post-franquiste lorsque le
pays, alors dans sa transition démocratique, est bouleversé par
l'évolution des mœurs, du monde des arts, etc...), une catastrophe
survient à l'extérieur. L'un des convives, le professeur Fulton,
incarné à l'image par Alberto de Mendoza, suppose qu'une explosion
nucléaire a eu lieu dans la région. Témoignent de cette hypothèse
deux femmes qui eurent le malheur de regarder dans la mauvaise
direction et qui depuis sont aveugles... Prévoyant de se retrancher
dans la cave, seul lieu sûr afin de parer à l'arrivée prochaine
des radiations, Fulton et les autres décident tout d'abord de partir
en ville afin de récolter le maximum de vivres car ils vont bientôt
être contraints de rester enfermés durant des semaines. Arrivés au
village, ils constatent bientôt que tous les habitants eux aussi ont
perdu la vue. Mais alors que l'un des convives à la petite fête
organisée par la châtelaine perd la tête et tue une dizaine de
villageois, ces derniers décident de ne pas en rester là.
Alors
que tout le monde est désormais retranché dans le manoir, la colère
gronde. Au dehors, les villageois vont tenter de faire payer aux
hôtes le massacre dont l'un d'eux (Tomás Picó dans le rôle de
Victor) s'est rendu coupable et de reprendre possession des biens que
ceux-ci ont volé quelques heures auparavant... Le coup de la cave
et de l'explosion nucléaire ne vous rappellent-ils rien ? Et
oui, en effet, tout ceci fleure bon le plagiat si résiduel soit-il
du roman de l'écrivain français Robert Merle Malevil
qui fut édité quatre ans avant la sortie en salle de Último
Deseo.
Un ouvrage qui connaîtra d'ailleurs une adaptation officielle en
1981 puisque le réalisateur et scénariste français Christian de
Chalonge s'appropriera le récit pour mettre en scène le film de
science-fiction post-apocalyptique, Malevil...
Tandis que l'on aurait pu espérer que Léon Klimovsky fasse preuve
d'un peu plus de transgression au vu de la caractérisation des
personnages et du sujet qui les regroupe avant que tout ne soit remis
en question dès l'explosion atomique, Último
Deseo
s'observera comme une critique plus ou moins féroce de la société,
avec son homme d'affaire immoral, ses prostituées, ses deux médecins
qui sous couvert d'être de parfaits notables ne s'avèrent pas moins
intéressés à l'idée de se vautrer dans la débauche (Image
chargée en symbolisme, l'un d'eux finira d'ailleurs nu, à quatre
pattes et grognant comme un porc), etc... Curieusement, si Último
Deseo
peut effectivement faire penser à I
Am Legend ou
à Malevil,
le film empreinte également à La nuit des
morts-vivants
de George Romero lorsque les aveugles du villages viennent assiéger
le manoir. À contrario, le réalisateur américain semble avoir à
son tour repris sa part du butin en 1985 lorsqu'il réalisa le
troisième volet de sa saga zombièsque, Le Jour
des morts-vivants.
Comment en effet ne pas comparer le fait que dans un cas comme dans
l'autre, les deux longs-métrages situent leur action ''sous terre''
(ou au moins en partie). Mieux, le personnage de Borne qu'interprète
l'espagnol Paul Naschy n'évoque-t-il pas l'odieux Capitaine Henry
Rhodes incarné par Joseph Pilato dans Le jour
des morts-vivants ?
Jusqu'à même reprendre la séquence durant laquelle Borne meurt ?
Tellement flagrant. Mais en dehors de ces considérations, Último
Deseo
est plutôt un bon film même si l'on regrettera que Léon Klimovsky
n'ose pas se lancer dans une forme d’irrévérence outrancière.
Trop poli, trop lisse malgré une fin nihiliste, le film échappe
malheureusement au statut de culte ou de chef-d’œuvre...
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