Hommage évident et très
appuyé au genre Giallo, le
second long-métrage des français Hélène Cattet et Bruno Forzani,
L'étrange couleur des larmes de ton corps
l'est
dès son titre. Lequel peut faire références à divers types de
fluides exhalés par l'organisme. Comme les larmes à proprement
parler, qui sont les premières sécrétions biologiques et
organiques à être sécrétées en cas de douleur physique ou
morale. Bien entendu, le sang lui-même est évoqué à travers le
titre. Surtout lorsque les deux réalisateurs et scénaristes font
appel à lui, lors d'un dernier acte particulièrement sanglant !
Sans oublier la sueur, exsudées ici dans le cas des rapports
physiques entretenus entre tel et tel protagoniste. Une fois résumé
le sens du titre hautement poétique de ce long-métrage qui ne cache
absolument pas ses références, il faut comprendre qu'ici l'on
s'apprête à pénétrer un univers particulièrement opaque. Que
certains s'amusent d'ailleurs à comparer à celui d'un certain David
Lynch. À tort ou à raison, il est vrai qu'avec L'étrange
couleur des larmes de ton corps,
Hélène Cattet et Bruno Forzani ne sont pas partis sur le principe
d'aider les spectateurs chaque fois qu'une séquence vient tout juste
de déranger leurs habitudes de cinéphiles en leur assénant ensuite
une scène explicative. Non, dans le cas de ce bien curieux objet
cinématographique, les deux français laissent complaisamment leur
public faire sa propre opinion et son propre chemin vers la
résolution de l'intrigue. Ce qui d'ailleurs est souvent le cas
lorsque l'on parle de Giallo,
branche italienne du cinéma (érotico) policier dont certains
réalisateurs et notamment Dario Argento se sont fait les
spécialistes et se sont ainsi érigés en Maîtres es du genre !
À travers le titre, comment en effet ne pas repenser à L'oiseau
au plumage de cristal
ou
aux deux autres volets de la trilogie animalière signée entre 1970
et 1971 par Dario Argento, à La Dame Rouge tua
sept fois d'Emilio
Miraglia ou encore à L'Étrange Vice de Madame
Wardh
ou Ton vice est une chambre close dont moi seul
ai la clé
tous deux signés du réalisateur italien Sergio Martino ? Et
puis, comment ne pas soupçonner que derrière le prénom de l'épouse
disparue du personnage central (Klaus Tange dans le rôle de Dan
Kristensen) prénommée Edwige se cache une référence à l'une des
plus remarquables interprètes du genre Giallo,
la sublime Edwige Fenech ? Ensuite, tandis qu'Hélène Cattet et
Bruno Forzani choisissent un style visuel et artistique qui leur est
propre, certains des éléments typiques au genre viennent faire
briller l’œuvre par son ajout des codes inhérents au giallo.
Mains gantées. Meurtres accomplis à l'arme blanche, entre rasoir,
couteau et longues aiguilles... On trouve dans L'étrange
couleur des larmes de ton corps
plus de Dario Argento que de n'importe quel autre cinéaste
transalpin. À travers ces couleurs criardes, primaires... ces
vitraux et même, ce retour à l'enfance typique du genre !
Peut-être même parfois à travers la bande musicale constituée
d'un certain nombre d’œuvres signées de grands maîtres italiens
tels Bruno Nicolai (qui signa la partition de Toutes
les couleurs du vice
de Sergio Martino en 1972), Riz Ortolani (Cannibal
Holocaust
de Ruggero Deodato en 1980) ou encore Ennio Morricone (Le
Chat à neuf queues de
Dario Argento en 1971) même si l'on aurait aimé entendre en outre
quelques-une des sublimes compositions du mythique groupe de rock
progressif italien créé en 1972 par Claudio Simonetti et Massimo
Morante, Goblin !
Maintenant,
s'agissant du film à proprement parler et de son déroulement, de
son récit, de son style visuel et de son montage, L'étrange
couleur des larmes de ton corps
est à n'en point douter une œuvre qui artistiquement demeure
monumentale. Peut-être même un peu trop percutante dans son
approche esthétique. Faisant preuve d'un goût très prononcé pour
le psychédélisme et les kaléidoscopes, pour les couleurs criardes
et primaires comme énoncé un peu plus haut, pour la stylisation des
meurtres et pour la méthode du split-screen souvent employée par
l'immense Brian De Palma tout au long de sa carrière, L'étrange
couleur des larmes de ton corps
regorge de plans techniquement très aboutis. Un fleuve ininterrompu
de montages et de découpages qui risquent malheureusement de
déconcerter une bonne partie des spectateurs non habitués à ce
genre de spectacle. Et à commencer par votre serviteur qui après
avoir été tout d'abord envoûté puis singulièrement fasciné par
le spectacle étalé devant ses yeux s'est très vite retrouvé
dépité par l'amoncellement inextinguible de visuels parfois
grandiloquents faisant certainement œuvre de cache-misère. Car le
point noir du film reste le scénario. Simpliste au point qu'Hélène
Cattet et Bruno Forzani se soient sans doute crus contraints de
devoir tout miser sur le visuel à défaut de pouvoir proposer un
script à la hauteur de leurs aînés. Quitte à produire de la
redondance à la chaîne. Une technique tellement répétitive
qu'elle en devient rapidement épuisante nerveusement ! Cachant son
principal défaut derrière son style visuel, en effet, mais
également derrière une complexité narrative artificielle si l'on
résume l'histoire dans son ensemble. Bref, L'étrange
couleur des larmes de ton corps
est un giallo qui d'abord émerveille par sa technique, avant de ne
plus reposer justement que sur l'art de la mise en scène d'Hélène
Cattet et Bruno Forzani et du découpage de Bernard Beets. En résulte
une œuvre considérable d'un point de vue artistique mais totalement
creuse d'un point de vue scénaristique...
.png)
.png)
.png)
.png)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire