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dimanche 29 mars 2026

L'étrange couleur des larmes de ton corps de ton corps de Hélène Cattet et Bruno Forzani (2013) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Hommage évident et très appuyé au genre Giallo, le second long-métrage des français Hélène Cattet et Bruno Forzani, L'étrange couleur des larmes de ton corps l'est dès son titre. Lequel peut faire références à divers types de fluides exhalés par l'organisme. Comme les larmes à proprement parler, qui sont les premières sécrétions biologiques et organiques à être sécrétées en cas de douleur physique ou morale. Bien entendu, le sang lui-même est évoqué à travers le titre. Surtout lorsque les deux réalisateurs et scénaristes font appel à lui, lors d'un dernier acte particulièrement sanglant ! Sans oublier la sueur, exsudées ici dans le cas des rapports physiques entretenus entre tel et tel protagoniste. Une fois résumé le sens du titre hautement poétique de ce long-métrage qui ne cache absolument pas ses références, il faut comprendre qu'ici l'on s'apprête à pénétrer un univers particulièrement opaque. Que certains s'amusent d'ailleurs à comparer à celui d'un certain David Lynch. À tort ou à raison, il est vrai qu'avec L'étrange couleur des larmes de ton corps, Hélène Cattet et Bruno Forzani ne sont pas partis sur le principe d'aider les spectateurs chaque fois qu'une séquence vient tout juste de déranger leurs habitudes de cinéphiles en leur assénant ensuite une scène explicative. Non, dans le cas de ce bien curieux objet cinématographique, les deux français laissent complaisamment leur public faire sa propre opinion et son propre chemin vers la résolution de l'intrigue. Ce qui d'ailleurs est souvent le cas lorsque l'on parle de Giallo, branche italienne du cinéma (érotico) policier dont certains réalisateurs et notamment Dario Argento se sont fait les spécialistes et se sont ainsi érigés en Maîtres es du genre !


À travers le titre, comment en effet ne pas repenser à L'oiseau au plumage de cristal ou aux deux autres volets de la trilogie animalière signée entre 1970 et 1971 par Dario Argento, à La Dame Rouge tua sept fois d'Emilio Miraglia ou encore à L'Étrange Vice de Madame Wardh ou Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clé tous deux signés du réalisateur italien Sergio Martino ? Et puis, comment ne pas soupçonner que derrière le prénom de l'épouse disparue du personnage central (Klaus Tange dans le rôle de Dan Kristensen) prénommée Edwige se cache une référence à l'une des plus remarquables interprètes du genre Giallo, la sublime Edwige Fenech ? Ensuite, tandis qu'Hélène Cattet et Bruno Forzani choisissent un style visuel et artistique qui leur est propre, certains des éléments typiques au genre viennent faire briller l’œuvre par son ajout des codes inhérents au giallo. Mains gantées. Meurtres accomplis à l'arme blanche, entre rasoir, couteau et longues aiguilles... On trouve dans L'étrange couleur des larmes de ton corps plus de Dario Argento que de n'importe quel autre cinéaste transalpin. À travers ces couleurs criardes, primaires... ces vitraux et même, ce retour à l'enfance typique du genre ! Peut-être même parfois à travers la bande musicale constituée d'un certain nombre d’œuvres signées de grands maîtres italiens tels Bruno Nicolai (qui signa la partition de Toutes les couleurs du vice de Sergio Martino en 1972), Riz Ortolani (Cannibal Holocaust de Ruggero Deodato en 1980) ou encore Ennio Morricone (Le Chat à neuf queues de Dario Argento en 1971) même si l'on aurait aimé entendre en outre quelques-une des sublimes compositions du mythique groupe de rock progressif italien créé en 1972 par Claudio Simonetti et Massimo Morante, Goblin !


Maintenant, s'agissant du film à proprement parler et de son déroulement, de son récit, de son style visuel et de son montage, L'étrange couleur des larmes de ton corps est à n'en point douter une œuvre qui artistiquement demeure monumentale. Peut-être même un peu trop percutante dans son approche esthétique. Faisant preuve d'un goût très prononcé pour le psychédélisme et les kaléidoscopes, pour les couleurs criardes et primaires comme énoncé un peu plus haut, pour la stylisation des meurtres et pour la méthode du split-screen souvent employée par l'immense Brian De Palma tout au long de sa carrière, L'étrange couleur des larmes de ton corps regorge de plans techniquement très aboutis. Un fleuve ininterrompu de montages et de découpages qui risquent malheureusement de déconcerter une bonne partie des spectateurs non habitués à ce genre de spectacle. Et à commencer par votre serviteur qui après avoir été tout d'abord envoûté puis singulièrement fasciné par le spectacle étalé devant ses yeux s'est très vite retrouvé dépité par l'amoncellement inextinguible de visuels parfois grandiloquents faisant certainement œuvre de cache-misère. Car le point noir du film reste le scénario. Simpliste au point qu'Hélène Cattet et Bruno Forzani se soient sans doute crus contraints de devoir tout miser sur le visuel à défaut de pouvoir proposer un script à la hauteur de leurs aînés. Quitte à produire de la redondance à la chaîne. Une technique tellement répétitive qu'elle en devient rapidement épuisante nerveusement ! Cachant son principal défaut derrière son style visuel, en effet, mais également derrière une complexité narrative artificielle si l'on résume l'histoire dans son ensemble. Bref, L'étrange couleur des larmes de ton corps est un giallo qui d'abord émerveille par sa technique, avant de ne plus reposer justement que sur l'art de la mise en scène d'Hélène Cattet et Bruno Forzani et du découpage de Bernard Beets. En résulte une œuvre considérable d'un point de vue artistique mais totalement creuse d'un point de vue scénaristique...

 

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