Ce film n'est pas un
film. Juste une blague. Bonne ou mauvaise, d'ailleurs. C'est à
chacun d'estimer si le réalisateur et scénariste espagnol Jaume
Balagueró a définitivement choisi de tourner la page du bon goût
en matière de cinéma d'horreur et d'épouvante ou si c'est le
public qui dans le cas de son dernier long-métrage intitulé Venus
qui date déjà de trois ans n'a pas décodé le sens de son propos.
Car si l'auteur du remarquable Los sin Nombre
à la fin du siècle dernier ou celui du classique du film d'infectés
[REC] qu'il
réalisa en 2007 et en compagnie de son ancien comparse Paco Plaza a
parfois su mettre en scène des scénarii pas inintéressants (comme
Mientras Duermes
vu à l'époque en 2011 sur grand écran avec ma compagne), son
dernier bébé semble marquer le signe d'un affaiblissement dont la
plupart des cinéastes spécialisés dans le genre souffre
généralement au crépuscule de leur carrière. Mais bon sang !
Jaume Balagueró n'a que cinquante-sept ans. Un âge suffisamment
jeune pour avoir encore le choix de tourner des films qui valent
véritablement que l'on s'y implique et non pas des œuvres qui ne
sont que l'ombre de toutes celles qui les précédèrent. L'un des
points de ralliement de l’œuvre propre à celle du cinéaste
espagnol est son goût pour les lieux clos. De [REC]
et son immeuble mis en quarantaine pour cause de présence d'un virus
rendant ses victimes particulièrement ''agressives'' en passant par
Frágiles
et son hôpital qui s'apprête à être fermé pour cause
d'insalubrité et jusqu'à Mientras Duermes
et son curieux gardien d'immeuble, Jaume Balagueró concentre souvent
toutes les peurs de ses personnages dans des lieux dont il est
parfois compliqué de s'échapper. C'est une fois de plus le cas avec
Venus
dans lequel il tente un mix entre horreur, fantastique et...
thriller !
Le
film met en scène la jeune et jolie Lucía (Ester Expósito). Une
danseuse de charme qui travaille pour l'un des patrons de la pègre
madrilène et qui un soir, avec la complicité d'un homme dont nous
ne connaîtrons l'identité que plus tard, décide de dérober une
grande quantité de drogue avant de fuir et de se réfugier chez sa
sœur qu'elle n'a pas revue depuis des années. Hostile à sa venue,
Rocío
(Ángela Cremonte) vit avec sa petite fille Alba (Inés Fernández).
Laquelle est très amie avec une jeune fille intellectuellement
déficiente qui vit avec sa mère, sa tante et sa grand-mère.
Prénommées Marga, Romina et Rosita, elles sont respectivement
interprétées par Magüi Mira, Aten Soria et María José Sarrate.
Trois personnages relativement étranges mais qui jusque là se
montrent plutôt sympathiques envers notre héroïne qui plus tôt a
donc débarqué chez sa sœur un sac rempli de pilules et la jambe en
sang après qu'elle ait été attaquée par l'un des hommes de son
employeur. En tout cas, nettement plus que sa propre sœur qui
espère qu'elle déguerpira rapidement de chez elle. Et pourtant,
après une nuit emplie de cauchemars, Lucia se réveille pour
constater que sa sœur à filé en abandonnant Alba. Maintenant seule
avec sa nièce, notre héroïne va désormais devoir affronter des
forces qui dépassent l'entendement ainsi que les hommes de son boss
venus jusqu'ici afin de récupérer la drogue et d'en découdre avec
la voleuse... Si l'idée de mêler horreur, fantastique et thriller
n'est en soit pas une mauvaises idée, il faut pourtant voir ce qu'en
a fait Jaume Balagueró. Loin d'être aussi dispensable que le
piètre Influencers de
Kurtis David Harder découvert juste avant et que je risque avoir
beaucoup de mal à critiquer sans m'énerver, Venus
n'en est pas moins un long-métrage qui interroge sur les véritables
intentions du cinéaste espagnol...
Car
si en terme de frissons, le public risque d'être surtout impacté
par le froid qu'il fait en ce moment que par les quelques rares
saillies horrifiques qui surgissent ça et là lors du récit, le
film est ponctué de tant de séquences invraisemblables qu'elles
finissent par nourrir le sentiment que le film se parodie lui-même.
Invraisemblances, disais-je ? Imaginez qu'à la manière d'un
célèbre ''Jack'' de la fin du dix-neuvième siècle massacrant une
poignée de prostituées dans le sinistre quartier de Whitechapel à
Londres, notre héroïne se retrouve éventrée du nombril jusqu'au
sternum mais que celle-ci ait la chance de survivre à ses blessures
au point de pouvoir reprendre des forces après avoir seulement
refermé sa très large plaie à l'aide d'une agrafeuse et l'avoir
pansée à l'aide d'un rouleau d'adhésif ! N'ayant visiblement
pas conscience du nombre de litres de sang que renferme un corps
humain, Jaume Balagueró laisse son héroïne se vider de son sang.
De sa première blessure à la jambe qui semble avoir touché
l'artère fémorale comme en témoigne la giclée de sang qui s'en
dégage jusqu'à cette séquence lors de laquelle une sorcière lui
plante donc un couteau dans le bide pour remonter jusqu'au sternum,
Lucia aurait dû mourir ''mille fois'' ! Mais non, toujours en
mesure de se relever, la protagoniste va se lancer dans une vengeance
qui ne prendra pas plus de... dix secondes. Le temps de faire
exploser une bonbonne de gaz! Passons sur cette autre extravagance
qui montre sa sœur, égorgée, capable malgré tout de parler ou du
complice qui après s'être donné autant de mal pour organiser le
vol de la drogue choisit finalement de faire machine arrière et
ainsi trahir Lucia. Venus
fait partie d'un projet initié en 2020 par le génial Álex de la
Iglesia et notamment produit par Carolina Bang, Amazon
Prime Video
et Sony
Pictures Espagne.
Constituée ''pour l'instant'' de quelques longs-métrages, The
Fear Collection
fut complétée la même année avec La
Abuela
de Paco Plaza, Veneciafrenia
d'Àlex de la Iglesia et deux ans plus tard avec Anatema
de Jimina Sabadú. Question frissons promis par l'intitulé, ça
n'est généralement pas le cas. Et surtout pas s'agissant de Venus
qui prête surtout à involontairement sourire. Un film mineur dans
la carrière de Jaume Balagueró qui depuis n'a pas fait grand chose
puisque la même année, il réalisa l'épisode El
Televisor
pour la série Historias para no
dormir à
laquelle participèrent notamment Paco Plaza, Nacho Vigalondo ou
encore Rodrigo Sorogoyen. Depuis, plus rien...
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