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jeudi 22 janvier 2026

Good Luck, Miss Wyckof de Marvin J. Chomsky (1979) - ★★★★★★★★★★

 


 

''Ce film est un chef-d’œuvre... !'' Voici le genre de phrase qu'il m'arrive parfois d'éructer comme un fait inéluctable et qui aujourd'hui est renvoyée à toute sa futilité lorsque surgit l'instant où il faut savoir peser et différencier ce qui tient véritablement de l'exploit, du film le plus ordinaire. Encore aujourd'hui ai-je envie d'ouvrir les fenêtres du salon pour que tout le monde entende ce que j'ai à hurler au sujet du long-métrage tout à fait inattendu qu'est Good Luck, Miss Wyckof de Marvin J. Chomsky et qui m'est tombé entre les mains puis entre les yeux presque par hasard. Prêt à passer pour le fou du quartier si même un seul de mes nombreux voisins décide le jour même de se procurer puis de projeter dans son salon cet extraordinaire expérience cinématographique. Auteur de nombreux épisodes de séries télévisées durant sa carrière, Marvin J. Chomsky a osé avec Good Luck, Miss Wyckof, donner une véritable leçon de caractérisation. L'un de ces critères essentiels que tout bon cinéphile exige généralement mais qui manque en réalité dans la majeure partie des cas. Surtout, le long-métrage demeure plus de quarante-cinq ans après sa sortie comme l'un des plus beaux mais aussi dans doute, l'un des plus cruels portraits de femmes bafouées. D'abord par Mère Nature, qui afflige l'héroïne Evelyn Wyckoff d'une ménopause précoce alors qu'elle n'est âgée que de trente-cinq ans. Ensuite par la société, à une époque qui officiellement ne pratique plus la ségrégation raciale depuis deux ans (comme le prouvent les quelques élèves afro-américains mêlés aux étudiants blancs de l'établissement scolaire où l'intrigue se déroule majoritairement) mais qui n'accepte toujours pas qu'un de ces derniers puisse fréquenter un individu de couleur. L'affliction intervenant ensuite d'un point de vue intime puisque la vie sexuelle de cette charmante professeur de latin se résume au néant... Jamais Evelyn n'a connu l'amour. Jamais elle n'eut l'occasion d'être au bras d'un homme. Et c'est pourquoi le Docteur Neal (Robert Vaughn) choisit de la confier aux bons soins de son ami psychiatre le docteur Steiner (Donald Pleasence). Mais pour cela, la jeune femme doit se rendre régulièrement à Wichita où se trouve le cabinet du spécialiste. L'occasion en outre de retrouver lors de chaque voyage, le chauffeur du car, Ed Eckles (Earl Holliman) avec lequel elle va sympathiser et surtout découvrir qu'elle est capable de plaire aux hommes...


Retrouvant le sourire, ses amies et collègues de travail sont ravies de découvrir qu'Evelyn qui jusque là était au bord de la dépression, a retrouvé sa joie de vivre... Mais ne croyez surtout pas pour autant que Marvin J. Chomsky et la scénariste Polly Platt aient choisi de laisser leur personnage principal nager dans les eaux tranquilles de l'amour et de la passion. Car en effet, plus que la jolie idylle que promet la rencontre entre le chauffeur de car et la prof de latin qui pour le coup aura les effets d'un pétard mouillé, Good Luck, Miss Wyckof entre dans cette catégorie très particulière de drames qui vous torturent aussi méticuleusement l'esprit que son auteur traite sa protagoniste ! Autant dire qu'il va falloir profiter du court vent de fraîcheur dont Evelyn et le spectateur bénéficieront puisque après cela, l'existence de cette femme respectée mais réservée ressemblera à un véritable chemin de croix. Et autant dire que la pression qu'impose parfois la mise en scène Marvin J. Chomsky pousse à la suffocation. S'il existe en général une frontière entre la réalité et la fiction, ici, l'interprétation de l'actrice Anne Heywood est d'une justesse et d'un vérisme absolument remarquables. Tout dans l'expression du visage signifie la souffrance physique et morale de l'héroïne. Les jugements de valeurs sont ici bouleversés par l'entremise d'une relation ''amoureuse'' entamée dans la douleur, dans le secret et la honte. Marvin J. Chomsky n'y allant pas avec le dos de la cuillère, Evelyn tombe dans une spirale infernale, entre désir et soumission. Terreur et plaisir charnel. Et dont les conséquences atteindront un point de non retour dans une société qui n'aura pas encore su évoluer et accepter ce qui à l'époque était encore envisagé comme une transgression. À l'issue du récit l'on ressort bouleversé, essoré par tant d'acharnement et de pessimisme. Face à cette projection d'un désir refoulé et d'un statut social renversé, les éléments extérieurs et intérieurs se déchaînent jusqu'à la conclusion. L'une des très grandes qualités de l'œuvre ici adaptée du roman éponyme de William Inge publié douze ans auparavant, en 1967 se trouve également dans l'écriture des dialogues. D'une puissance rare, comme lors des échanges entre l'héroïne et le psychiatre (Donald Pleasence se révélant tout autant admirable dans son rôle), l'étude sociale et psychologique est ici fouillée en profondeur. Ajoutons à cela la mélancolique bande musicale du compositeur américano-autrichien Ernest Gold et l'on tient là une œuvre sublime, dépressive certes, mais assurément inoubliable...

 

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