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samedi 18 avril 2026

Organ de Kei Fujiwara (1996) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Sept ans après avoir été l'une des interprètes du cinéaste Shinya Tsukamoto dans le film culte Tetsuo, l'actrice et réalisatrice Kei Fujiwara se place cette fois-ci derrière la caméra pour pondre sa première réalisation en 1996. Organ est une œuvre organique, qui avec Tetsuo partage quelques similitudes, l'hybridation mécanico-organique en moins. De ces deux « matières » qui jusqu'en 1989 apparaissaient incompatibles, la cinéaste japonaise n'en conserve que la seconde. Car si Organ porte un nom qui lui sied à ravir, c'est parce que le film est tout entier un réservoir à viande particulièrement craspec. Dans des quartiers insalubres, les anti-héros du film barbotent dans un mélange assez écœurant de sang et de matières en décomposition.
Le récit de Organ est confus. C'est vrai, difficile de comprendre le spectacle que l'on a sous les yeux. Dès les premiers instants, on a du mal à cerner le parti-pris des personnages. Qui est flic, qui au contraire est un criminel ? Ici, le but étant pour le « héros » (terme à prendre avec des pincettes puisqu'aucun des personnages n'en est vraiment un) de retrouver son ancien collègue qu'il abandonna lors d'une enquête pour sauver sa propre existence. Organ est très gore. A partir du moment où l'on accepte le principe même du montage anarchique, inutile de chercher la moindre cohérence.

Kei Fujiwara filme à l'instinct, sans même se rendre compte des invraisemblances qui émaillent son œuvre. Le montage est nerveux mais échappe à toute logique. Comme certaines situations d'ailleurs, qui rendent totalement caduque toute recherche de point d'accroche. La post-synchronisation est catastrophique et certains bruitages accentuent le dégoût ressenti lors de scènes graphiquement très éprouvantes. Le pire dans Organ n'est pas l'hémoglobine qui coule à flot mais toutes ces substances que le corps sécrète. On a presque le sentiment de sentir les odeurs épouvantables qui se dégagent des organismes en mutation.
La monstruosité telle que l'individu se la représente généralement face aux actes barbares est ici extrapolée par la vision d'organismes qui se dégradent lentement mais sûrement vers des états qui n'ont pratiquement plus rien d'humain. Kei Fujiwara fait preuve d'une grande imagination en matière d'horreur. Le sang disparaît au profit de matières plus inquiétantes lorsque l'organisme n'est plus en mesure de combattre l'infection.

Au delà du spectacle tordu que nous propose la cinéaste viennent s'apposer des images riches de symbole qui faudra sans doute étudier un peu pour en comprendre le sens. Comme cette jeune femme accouchée dans la douleur par un immense cocon-vagin. Organ est une recherche permanente dans le domaine de l'expérimentation. Mais alors que Shinya Tsukamoto parvenait à créer une certaine cohérence dans le récit de Tetsuo, Kei Fujiwara laisse ses interprètes avancer en roue libre avec plus ou moins de bonheur.
Organ fera sans doute date dans le cinéma underground japonais. Du moins pour ceux qui sont friands de ce genre de performance, car les autres, les non-initiés, risquent de rejeter l'objet en bloc ! Vous êtes prévenus...

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