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lundi 23 septembre 2019

Der Goldene Handschuh de Fatih Akın - ★★★★★★★☆☆☆



Bienvenue au Golden Glove (Der Goldene Handschuh), repaire des épaves où se côtoient des alcooliques, des prostituées en fin de carrière, des clochards ainsi que Fritz Honka. Un petit ouvrier sans envergure, d'une très grande laideur, arborant le cheveu gras, un nez en forme de grappe de raisin, un œil torve couplé à un important strabisme. Le Golden Glove est son terrain de chasse. C'est là et quelques rues plus loin qu'il pêche ses futures victimes. De vieilles femmes au regard embué par le schnaps, fripées, édentées, les seules qu'il est en mesure de ramener chez lui pour laisser libre court à ses fantasmes sexuels pervers avant de les tuer, de les découper en morceaux et de cacher ces derniers derrière une planque située dans l'un des murs du dépotoir qui lui sert d'appartement. Le domaine d'un tueur qui se fond littéralement dans ce portrait d'un individu, mais aussi d'une société qui se délite en cette moitié des années soixante-dix situant son action à Hambourg.

Pour son dernier long-métrage, Fatih Akın, qui n'est pas réputé pour avoir froid aux yeux, repousse un peu plus les limites en réévaluant sans doute ici le barème en matière d'environnement glauque. Le cinéaste allemand dresse le portrait d'un homme, d'une rue, d'un pays abandonnés aux mains des voyous, de l'alcool et de la prostitution en n'offrant que des visions nihilistes d'un coin de pays gangrené et conquis par une faune marginale et à ce point stéréotypée que Fatih Akın l'honore en l'érigeant telle une œuvre d'art malodorante, crue et craspect. Der Goldene Handschuh est l'antithèse du rêve outre-atlantique. Une vision de la vieille Europe désargentée. Un décor de fin du monde dans lequel rats et cafards n'osent même pas foutre les pieds.
Comme si l'histoire personnelle de Fritz Honka, cet authentique tueur en série qui tua au moins quatre prostituées durant la première moitié des années soixante-dix, ne suffisait pas à révulser, il fallait que le réalisateur y rajoute une couche de crasse bien profonde. Si l'on s'en tient uniquement à cet homme, nécrophile et complexé par sa petite taille qui choisissait parmi ses victimes des femmes édentées en raison de sa peur irraisonnée d'être mordu lors des fellations, le bonhomme possédait un sacré pedigree. Car non content de tuer des prostituées, il les découpait en morceau et les conservait chez lui, l'appartement dégageant alors une abominable odeur de viande en décomposition.

Ici, la mort est lente et douloureuse...

À l'écran, c'est l'acteur allemand Jonas Dassler, qui après avoir déjà tourné auprès de Fatih Akın dans La révolution Silencieuse l'année précédente, prête ses traits au personnage de Fritz Honka. Du moins, une partie à peine visible de sa personne puisque planqué sous un maquillage en latex lui offrant une apparence quelque peu repoussante, l'acteur incarne un monstre froid, violent, sexuellement déviant et aussi touchant que repoussant. C'est dans la misère que constitue l'existence de cet homme fade et répugnant vivant dans une crasse qui donnera sans doute quelques nausées à certains spectateurs que l'on perçoit l'humanité d'un individu qui a sans doute forgé sa personnalité en fonction des moqueries et des rejets dont il a toujours été victime mais également de ses propres complexes qui lui ont refusé une vie sociale normale et saine. À côté de lui, la galerie de portraits que nous présente Fatih Akın est proprement ahurissante. Des gueules brisées, cassées, détruites par la gnôle, la prostitution, ou par certains relents de l'histoire de l'Allemagne Nazie. Un spectacle où être un ''Freak'' est ici un atout majeur pour se fondre dans des décors ''dégénérés''...
Derrière la monstruosité du personnage, la deuxième partie de Der Goldene Handschuh constitue une sorte de rédemption de la part d'un homme qui après un accident choisi de laisser tomber l'alcool, de changer de boulot (pour celui d'agent de sécurité) et de mener une vie plus saine. Mais l'habit ne faisant pas le moine, ce Fritz Honka de fiction finira-t-il son existence comme celle du véritable tueur... ? Une belle réussite, entre drame et comédie morbide. Une œuvre qui suinte admirablement la vermine et dont la violence ne peut laisser indemne...

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