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mardi 7 novembre 2017

Excision de Richard Bates Jr. (2012) - ★★★★★★★☆☆☆



Un père soumis, sans une once d'autorité. Une sœur atteinte de mucoviscidose nécessitant une attention de tous les instants. Une mère dominante, bigote, pétrie de valeurs étouffantes... après cela, comment voulez-vous que Pauline, dix-huit ans, grandisse dans une ambiance saine ? Une jeune femme dont les premières règles arrivent sur le tard. Le visage abîmé par une disgracieuse acné. Pas un ami et des camarades de classe qui se moquent de son physique un brin androgyne. Pâle, le cheveu gras, des vêtements amples qui cachent une physionomie qui dans le genre, n'a déjà pas grand chose de féminin. Pourtant, Pauline s'en fiche. Contrairement au stéréotype qui veut que le souffre-douleur de son école en prenne plein la gueule, subisse tout un tas d'affronts sans jamais oser braver le regard des autres, elle, Pauline, a toujours le bon mot qui met mal à l'aise, empêche de trop grandes dérives, mais surtout, malheureusement pour elle, accentue l'écart se creusant de jour en jour entre cette toute nouvelle adulte et les autres.
Dans le confort de la cellule familiale, là où Pauline devrait se sentir à l'abri, rien n'y est plus reluisant que partout ailleurs. Sous ses apparences de famille américaine modèle, il y a une faille dans les rapports qu'entretiennent Pauline et sa mère. La jeune femme sait-elle déjà depuis longtemps que sa génitrice tente, mais sans y parvenir, d'aimer sa propre fille ? Comment expliquer le rapport à l'amour et à la mort qu'entretient Pauline ? Cette fascination morbide pour les actes sexuels contre-nature ? Ces cauchemars récurrents, ces visions morbides qui la séduisent, l'excitent, et lui servent désormais d'inspiration ?

Le cinéaste américain Richard Bates Jr. dont il s'agissait ici apparemment du premier long-métrage (il a signé depuis la réalisation de Suburban Gothic en 2014 et Trash Fire en 2016) signe une œuvre qui va bien plus loin que le simple film d'horreur qu'évoquent certains parmi ceux qui l'ont vu. Un courant, en réalité, auquel on aurait la précaution d'ajouter le terme de « psychologique » pour que ne s'y égarent pas, les seuls amateurs de films gore. Car en effet, Excision n'a que peu de rapports avec la plupart des films d'épouvante. Une œuvre qui s'emploierait davantage à nous triturer les méninges que l'estomac même si ce dernier aspect n'est pas négligé.
Une vision de la féminité particulièrement osée. Du passage de l'adolescence à l'âge adulte dans des conditions inconfortables. Une émancipation débouchant sur un acte que certains prendront pour de la cruauté, certainement, mais dont les origines sont bien plus profondes. Le besoin de reconnaissance.

Autour de sa principale interprètes orbite l'actrice Traci Lords qui malgré le poids des années demeure toujours aussi séduisante. Même dans le rôle de la mère castratrice. Un personnage déjà vu mille fois mais dont le contexte lui confère une fois encore une aura plutôt dérangeante. Ariel Winter, dans le rôle de Grace. La petite sœur, malade, objet de toutes les attentions. Antinomie de Pauline tant elle représente l'image de la petite fille idéale quand sa sœur apparaît sous les traits d'une jeune femme, souvent, épouvantables. Roger Bart dans celui de Bob. Le père de famille. Presque le troisième enfant de cette famille décidément atypique (il faut le voir, tel un gamin, faire disparaître la glace qu'il a sur le visage en s'essuyant sur ses vêtements). Quant à la principale interprète, celle sur laquelle repose en grande partie la valeur de Excision, c'est l'actrice AnnaLynne McCord qui jusque là avait surtout participé à des séries télévisées et avait notamment joué dans le désastreux Jour des Morts-Vivants de Steve « House » Miner en 2008.
 
Pour ceux qui connaissent l’œuvre dérangeante du TRÈS regretté cinéaste polonais Andrzej Żuławski, impossible de ne pas faire la comparaison entre la jeune actrice et Iwona Petry, l'héroïne du cauchemardesque Szamanka que l'ancien compagnon de notre Sophie Marceau nationale réalisa en 1996. Autre parallèle évident : l'approche de Richard Bates Jr. lui confère cette même impression désespérée que celle que l'on ressent devant l’œuvre toute entière du génial Todd Solondz qui depuis des années déjà remue la bienséance en malmenant l'image idyllique de la famille américaine moyenne.
Tombé dans une catégorie qui ne lui appartient pourtant pas (il a remporté le Prix du Public : Meilleur film d'horreur au Samain du cinéma fantastique de Nice en 2012), Excision, s'il n'est pas le choc frontal tant attendu, mérite tout de même toute notre attention. D'abord pour l'interprétation de AnnaLynne McCord et de Traci Lords qui, toutes deux, sont impeccables, pour l'esthétisme apporté aux visions cauchemardesques de son héroïne, et pour les quelques sujets tabous que combat frontalement son auteur. Pas un chef-d’œuvre donc, mais une surprise relativement bonne...

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