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dimanche 1 juillet 2018

Levy et Goliath de Gérard Oury (1987) - ★★★★★★★☆☆☆



Quatorze ans après l'énorme succès des Aventures de Rabbi Jacob dans les salles de cinéma (numéro un au box-office avec plus de sept millions d'entrées en 1973), le cinéaste Gérard Oury revenait en 1987 avec Levy et Goliath. Si entre-temps l'auteur du Cerveau, de La Carapate et de L'As des As n'a pas chaumé avec cinq long-métrages, il ne sera revenu avec le thème de prédilection de Rabbi Jacob que plus d'une décennie plus tard. Désormais, il ne confronte plus le français de souche, le juif et l'arabe mais deux frères de confession judaïque. Du moins à l'origine puisque si Moïse et Albert Levy ne s'adressent plus la parole depuis des années, c'est parce que le second a abandonné la religion et a intégré la laïcité dans son mode de vie alors que le premier est demeuré un juif traditionnel avec tout ce que cela sous entend. L'occasion est de retrouver le trop rare acteur et humoriste André Valardy qui jouait déjà dans Les Aventures de Rabbi Jacob et qui ici, travaille aux côtés de Moïse comme ouvrier diamantaire. Dans les rôles principaux, nous retrouvons Michel Boujenah dans celui d'Albert, le laïque, et Richard Anconina dans celui de Moïse, le juif orthodoxe.

Tout comme dans Les Aventures de Rabbi Jacob, Gérard Oury intègre un personnage d'origine arabe, signifiant ainsi le rapprochement des peuples à travers la relation d'amitié que vont tisser Moïse et Malika, interprétée par l'actrice française d'origine marocaine, Souad Amidou. Issu d'une famille d'origine juive, Richard Anconina est habitué des rôles dans lesquels il incarne justement celui du juif. On pense notamment au désastreux diptyque signé Philippe Clair qui a lancé la carrière de l'acteur Comment se faire Réformer et Les Réformés se Portent bien, mais aussi et surtout à la trilogie à succès La Vérité si je Mens ! de Thomas Gilou. L'acteur et humoriste Michel Boujenah a quant à lui tourné dans une trentaine de longs-métrages dont les mémorables Trois Hommes et un Couffin, de Coline Serreau, La Totale !, de Claude Zidi, ou encore Les Misérables de Claude Lelouch. Aux côtés des deux frères 'ennemis', le casting es notamment complété par l'acteur Jean-Claude Brialy dans le rôle du faux travesti prénommé Bijou mais du vrai flic, l'inspecteur Duroche. Maxime Leroux est le grand méchant de l'histoire puisqu'il incarne le Goliath du titre, un trafiquant de drogue. Dans le rôle de la mère des frères Levy, on retrouve Louba Guertchikoff, dans celui de Brigitte, l'épouse d'Albert, Sophie Barjac, quant au personnage de Sarah, l'épouse de Moïse, c'est l'actrice Muriel Combeau qui l'incarne.

Comparé aux Aventures de Rabbi Jacob, Levy et Goliath est très nettement en déca. Le sujet du communautarisme y est moins profond et les gags beaucoup moins drôles. Ce qui n'empêche bien évidemment pas Michel Boujenah et Richard Anconina d'être parfaits dans leur rôle respectif en désaccord avec la religion qui est la leur. L'affrontement entre les deux frères est l'occasion d'injecter au récit une sombre histoire de drogue. Un malentendu entre cocaïne et poudre de diamant assez amusant. Gérard Oury invoque la réalité de l'existence même de Dieu à travers des apparitions pour le moins étonnantes. On s'amusera surtout de la naïveté de Moïse face à la culture bien moins restrictive à laquelle il est bien malgré lui soumis et aux quelques engueulades entre frangins. Le film est relativement léger mais il incarne ce cinéma prônant la tolérance entre les peuples et les religions. Rien que pour ça et pour ses interprètes, Levy et Goliath mérite toute notre attention...

jeudi 19 mai 2016

10 Cloverfield Lane de Dan Trachtenberg (2016)



Michelle a claqué la porte de chez elle, abandonnant ainsi son compagnon. A bord de sa voiture, et alors que celui-ci tente de résonner la jeune femme, Michèle est percutée par un autre véhicule qui la fait basculer dans un ravin. Lorsqu'elle ouvre les yeux, elle est enfermée dans une pièce, une minerve à la jambe droite et une chaîne l'empêchant de se mouvoir. Persuadée d'avoir été kidnappée, elle supplie l'homme qui se présente à elle de ne pas lui faire de mal et de la laisser partir. Afin de bien lui faire comprendre qu'elle ne risque rien, l'homme, qui prétend s'appeler Howard lui apprend que le pays tout entier a été victime d'une attaque terroriste et que l'air, dehors, est devenu irrespirable. Personne selon lui n'a pu survivre à l'attaque chimique lancée contre les États-Unis mais pourtant, Michèle est persuadée d'avoir entendu une voiture au dessus de la pièce dans laquelle elle est enfermée.

Elle fait également la connaissance de Emmet DeWitt, un jeune homme qui aida Howard à construire ce qui se révèle être en réalité un bunker souterrain. Comme l'affirme le propriétaire des lieux, Michèle n'est pas sa prisonnière, et c'est de plus grâce à lui qu'elle est encore en vie. Doutant encore de la véracité des faits relatés par les deux hommes, la jeune femme tente de fuir les lieux mais constate que dehors, d'étranges événements ont bien eu lieu.

La grande question que l'on se pose lorsque l'on découvre la bande-annonce de 10 Cloverfield Lane, du moins tous ceux qui avaient déjà vu Cloverfield, est de savoir si les deux œuvres ont un quelconque rapport. Si le nom du producteur apparaît dans les deux projets et que les titres ont tout deux une curieuse similitude, il y a dans l'affichage du titre de 10 Cloverfield Lane lors du générique quelque chose qui nous pousse encore davantage à croire que les deux films ont un lien on ne peut plus probable.

Pourtant, tout y semble bien différent : à commencer par les réalisateurs. Ce n'est plus Matt Reeves qui réalise 10 Cloverfield Lane mais Dan Trachtenberg. Par contre, ne plus y retrouver le moindre personnage de Cloverfield premier du nom est une évidence puisqu'aucun d'entre eux n'a survécu à cette éprouvante nuit de cauchemar qu'ils ont vécu. Exit le found-footage. Terminés les buildings, les rues encombrées de voitures et d'habitants ne sachant vers qu'elle issue de secours s'enfuir. On plonge cette fois-ci dans un univers qui tranche nettement avec l'urbanisme du premier volet puisque le bunker de Howard, admirablement interprété par le génial John Goodman, vit dans une ferme, à la campagne, et entourée de champs de maïs. Pourtant, malgré un univers qui se veut idyllique se cache le vrai décor du film. Ce bunker aménagé par l'un de ces américains paranoïaques que l'on nomme désormais survivalistes et qui révèle tout d'abord un esprit confus. Et même totalement barré puisque Howard n'a que peu d'humour et surtout un sens très personnel de l'hospitalité.

10 Cloverfield Lane n'est pas tout à fait un sans faute mais presque. Ce huis-clos angoissant servi par un trio d'acteurs excellent part un peu dans toutes les directions. Mais ce qui ailleurs aurait pu générer un résultat brouillon et impersonnel aide ici à maintenir un suspens de plus en plus inquiétant. Howard est-il fou ? Un événement s'est-il réellement produit à l'extérieur ? Et quels sont ces bruits étranges qui parviennent du dehors ? Bien d'autres questions nous viennent en tête. John Goodman est parfois terrifiant, son comportement instable nous préparant (ainsi que les personnages de Michèle (Mary Elizabeth Winstead) et Emmett (John Gallagher)) parfois au pire.

10 Cloverfield Lane est donc un bon film. Et même très réussi. Mais pourquoi alors avoir nécessairement voulu plomber l'ensemble avec une fin d'une navrante bêtise, ruinant presque l’homogénéité d'une œuvre qui aurait dû pourtant se conclure lorsque l'héroïne se trouve face à cet vaisseau qui rode à quelques lieues de là au dessus du champ de maïs. Que dire de la suite. Quinze petite minutes éprouvantes de naïveté. Comme si les producteurs avaient insisté pour que le film se conclue par une vision aussi marquante que la première apparition de la créature dans le film de Matt Reeves. La sobriété générale du film est brisée par une intervention gagesque, digne d'un très mauvais blockbuster. Une surenchère inutile et surtout, une invraisemblance qui termine de se moquer des spectateurs qui jusque là avaient religieusement, et sans un mot, regardé une œuvre qui demeurait alors sans faute. A voir donc, sans hésitation, malgré un choix de conclusion parfaitement grotesque...
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